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On célébrait à perdre haleine la lumière (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2021



 

On célébrait à perdre haleine la lumière
Les soirs où le soleil bas
Rougissait la gorge des hirondelles volant à ras de terre.
Désormais et toujours plus vif
Sera le désir de faire la nuit en moi seul
Et de chercher salut et repos
Dans mon histoire la plus lointaine.
Chaque soir je vais à ma rencontre à reculons.

***

La luce era gridata a perdifiato
Le sere che il sole basso
Arrossava il petto delle rondini rase.
Ora e sempre più viva
Sarà la smania di far notte in me solo
E cercar scampo e riposo
Nella mia storia più remota.
Ogni sera mi vado incontro a ritroso.

(Leonardo Sinisgalli)

Illustration: Hartig Kopp Delaney

 

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SOUVENIR AU BORD DU FLEUVE (Zhao Gu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2021




    
SOUVENIR AU BORD DU FLEUVE

Le coeur serré,
je monte sur la tour,
au bord du fleuve.
La lune brille comme les eaux,
les eaux reflètent l’éclat du ciel.
Mais celui qui m’a emmenée
ici pour admirer la lune
où est-il aujourd’hui?
Ce soir la vue est aussi belle
qu’elle l’était l’année dernière.

(Zhao Gu)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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LE VENT S’EST APAISÉ (Li Qingzhao)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2021




    

LE VENT S’EST APAISÉ
(Sur l’air « Printemps à Wouling »)
Le vent s’ est apaisé

et la terre exhale
le parfum des fleurs tombées.
Le soir descend,
mais je suis trop lasse
pour arranger mes cheveux.
A quoi bon, pour qui ?
Ses vêtements sont là,
mais lui n’est plus
et rien n’a plus de sens.
Je voudrais en parler,
mais je fonds en larmes.
Les gens disent
que sur le lac
le printemps est encore beau.
Moi aussi, je voudrais y aller
faire un tour dans une barque,
mais je crains
que la barque légère sur le lac
ne puisse pas porter
un chagrin aussi lourd.

(Li Qingzhao)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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SOLEIL COUCHANT (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOLEIL COUCHANT

Les rayons obliques du soleil
scintillent sur les perles des rideaux.
Les fleurs du printemps resplendissent sur les rives.
Un parfum enivrant.
monte des jardins,
le long du fleuve.
Sur les chalands immobiles
s’allument les feux
pour le repas du soir.
Les moineaux piailleurs
bataillent farouchement
dans les branches.
Une nuée d’insectes a envahi la cour.
Qui a inventé ce vin trouble ?
Un seul verre suffit
à dissiper mille chagrins !

(Du Fu)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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AUBE DE PRINTEMPS (Meng Haoran)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration
    
AUBE DE PRINTEMPS

Printemps,
je dors,
insouciant de l’aurore.
Et maintenant
j’entends partout.
le chant des oiseaux.
Hier soir, c’était
le bruit du vent
et de la pluie…
Les fleurs sont tombées,
qui sait combien ?

(Meng Haoran)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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Un papillon entra en collision avec une bulle de savon (Harry Martinson)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2021




    

Un papillon entra en collision avec une bulle de savon.
Et voilà, c’est le papillon qui survécut.
Il fut alors tout joyeux de son privilège
de robuste rescapé et s’envola vers une fleur,
près d’une pierre brûlante de soleil,
où il demeura la moitié du jour,
savourant longuement, longuement,
l’éternité de cette demi-journée.
Et, le soir venu, il mourut heureux.

(Harry Martinson)

 

Recueil: Le livre des cent poèmes
Traduction: Traduit du suédois par Caroline Chevallier et Philippe Bouquet
Editions: Cénomane

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Saisir (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2021



Saisir

Saisir, saisir le soir la pomme et la statue,
Saisir l’ombre et le mur et le bout de la rue.

Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d’oiseaux lâchés

Combien d’oiseaux perdus qui deviennent la rue,
L’ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue.

Mains, vous vous userez
A ce grave jeu-là.
Il faudra vous couper
Un jour, vous couper ras.

(Jules Supervielle)

 

 

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SUR LA POINTE DES PIEDS (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2021



 

    

SUR LA POINTE DES PIEDS

Mon âme, vent léger et lumière, murmure
sur tes paupières closes. Ma poésie se libère
à présent des mesures, réduit les mots,
cherche à les effacer ; jusqu’au soir
elle sera une brise.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

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SI JE DEVAIS (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021



    

SI JE DEVAIS

Si je devais
t’offrir un lys,
je planterais
une tige
à l’étoile du soir.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

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TRISTESSE EN MAI (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021




    
TRISTESSE EN MAI

C’est la douceur fondue du soir
Transparent vers dix-sept heures au mois de Mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
Tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris — qui sait si c’est de haine ? —
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
Corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
Pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,

Pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
Pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
Pas un livre pour accompagner la solitude du soir, Pas même un livre !

(Léopold Sédar Senghor)

Extrait de Poèmes perdus (1984)

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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