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Posts Tagged ‘soir’

ÉLÉGIE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

Dorina Costras whispers_and_waves_mic_inset

ÉLÉGIE

Je ne vous parlerai que lorsqu’en l’eau profonde
Votre visage pur se sera reflété
Et lorsque la fraîcheur fugitive de l’onde
Vous aura dit le peu que dure la beauté.

Il faudra que vos mains pour en être odorantes,
Aient cueilli le bouquet des heures et, tout bas,
Qu’en ayant respiré les âmes différentes
Vous soupiriez encore et ne souriiez pas;

Il faudra que le bruit des divines abeilles
Qui volent dans l’air tiède et pèsent sur les fleurs
Ait longuement vibré au fond de vos oreilles
Son rustique murmure et sa chaude rumeur;

Je ne vous parlerai que quand l’odeur des roses
Fera frémir un peu votre bras sur le mien
Et lorsque la douceur qu’épand le soir des choses
Sera entrée en vous avec l’ombre qui vient;

Et vous ne saurez plus, tant l’heure sera tendre
Des baumes de la nuit et des senteurs du jour,
Si c’est le vent qui rôde ou la feuille qui tremble,
Ma voix ou votre voix ou la voix de l’Amour…

(Henri De Régnier)

Illustration: Dorina Costras

 

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ATYS A CYBÈLE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Helena Paroucheva Cybele 0

ATYS A CYBÈLE

La chair encore endormie,
Je pars au petit jour sombre,
Sans pouvoir sortir de l’ombre
Que ton corps fait sur ma vie.

Je m’étends, quand midi luit,
Au feu de ta chair perdue.
Il n’est pas jusqu’à la nuit
Que ton corps n’ait épandue.

Sous l’herbe, l’argile est dure.
Ta rosée ou ma sueur
Donnent au soir son odeur
De terre et de chair obscure.

(François Mauriac)

Illustration: Helena Paroucheva

 

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MON RÊVE DE CE SOIR (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



MON RÊVE DE CE SOIR

Mon rêve de ce soir est d’un cristal
Où tu verserais le vin de ton rire
Diaphane comme une source qui bouillonne
Et qu’on boit à pleines lèvres de désir;
Mon désir de ce soir est d’un heurt de métal
Clair et vibrant à l’unisson de mon désir,
Vainqueur et joyeux — comme une armure sonne —
Mâle et rieur et clair — que l’on s’y mire.

Mon amour de ce soir est de toi, toujours telle,
Fuyante comme un rayon au mur
En ta gaîté de feuillée;
Puis, lasse, qui te pends en guirlande mortelle,
Et bonne comme une flamme en la vallée
Et sapide au coeur comme un limon sûr;
Mon amour est de toi, toujours telle.

(Francis Vielé-Griffin)

 

 

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Parce que tu as froid (Sabine Sicaud)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



 

David Alfaro Siqueiros enough-1961

Parce que tu as froid, ce soir,
Ne nie pas le soleil

(Sabine Sicaud)

Illustration: David Alfaro Siqueiros

 

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МОNSTRES (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
МОNSTRES

Il y a des monstres qui sont très bons,
Qui s’assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leur patte velue.

Un soir —
Où tout sera pourpre dans l’univers,
Où les roches reprendront leurs trajectoires de folles,

Ils se réveilleront.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cimetière aérien (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

René Lannoy _Cimetiere-d-Arlinde-Gard

Cimetière aérien

Beau cimetière à tous vents,
en haut du mont vers la France,
dans mon manchon de silence,
je pense et me ressouviens.

Toi qui passes sur ma rive,
dis ton Ave, joins les mains.
La mort toujours en chemin
guette ceux qui veulent vivre.

Sonne le soir, le matin,
l’Angélus à la volée :
Je ne suis que la durée
sans hier et sans lendemain.

***

Chim’tière au vint (en dialecte picard)

Bieau chim’tière à tous lés vints
in heaut du Meont vers la France,
acouveiné dins l’silence
ej’busie et j’m’orsouviens.

Ta qui t’pourmèn’ d’zeur em’rife,
dis t’n’ave et jouins tés mains,
el’mort est toudis in qu’min
et guett’ « ceus’» qui veul’tent vife.

Séonn’ el’soir, séonn’ el’matin
l’Ingélus à plein’ volée,
je n’sus pus foqu’ que l’durée
sans hier et sans lind’main.

(Géo Libbrecht)

Illustration: René Lannoy

 

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CRI (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019



 

CRI

Le soir venu
Je reposais dans l’herbe monotone,
Et je pris goût
A ce désir interminable,
Cri trouble ailé
Que retient la lumière quand elle meurt.

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: Erich Heckel

 

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OU SE FABRIQUENT LES CRAYONS (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



OU SE FABRIQUENT LES CRAYONS

La dernière hirondelle
A tresser une corbeille
Pour retenir la lumière
La dernière à dessiner
Cet œil déserté

Dans la paume du village
Le soir vient manger les graines
Du sommeil animal

Bonne nuit à la pensée

Et j’appelle le silence
Par son plus petit nom.

(René Char)

Illustration: Sonia Mandel

 

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Loupiotes (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019




    
Loupiotes

Le tilleul fait ses feuilles. Des centaines de petites
feuilles toutes fraîches. Presque transparentes. Le soir,
quand le soleil s’étale derrière les collines, elles brillent
comme des guirlandes de loupiotes en papier sur nos
crânes fatigués.

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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SOIR COMPLICE… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



Soir complice, soir triste où rôde le péché
— Ta fumée immobile au ras des toits penchés
Est là, comme un désir fiévreux que rien n’apaise.
Je suis l’enfant que trouble une pensée mauvaise
Dans l’éparse douceur d’énervants crépuscules
— Celui que j’ai connu, déchiré de scrupules,
Et qui fermait les yeux et secouait la tête…
Mais il sent mieux hélas! Que ta douceur persiste,
O chaud baiser du soir sur mon âme inquiète!
Et rêvant d’un amour qui le laisserait triste,
Et goûtant la langueur morte du paysage
— Il attend de brûlantes mains sur son visage…

(François Mauriac)

 

 

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