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Poésie

Posts Tagged ‘soir’

Ce jeu d’exister (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020



Ce jeu d’exister

Dans la maison refermée
il fixe un objet dans le soir
et joue à ce jeu d’exister.

(Jean Follain)

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Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

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Un soir se refait (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020


Un soir se refait
dans les tremblements d’herbes
battement de portes
armoires vidées
quittant des genoux pris sous la robe noire
à tâches de soleil
une bête gagne son coin
sans l’horreur du temps
qui reprend un couple
au tournant d’un chemin
accablé d’oiseaux.

(Jean Follain)

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« Demain » (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2020



Illustration: Stéphane Texereau
    
« Demain »

Âgé de cent mille ans, j’aurais encor la force
De t’attendre, ô demain pressenti par l’espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l’oreille
À maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore
Qui prouvera qu’enfin nous vivons au présent.

(Robert Desnos)

 

Recueil: État de veille
Traduction:
Editions:

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Lorsque le feu se meurt (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020




    

Lorsque le feu se meurt

Lorsque le feu se meurt
Plus profonde est la nuit
Le calme et la douceur
Ont remplacé la nuit
Lorsque le feu se meurt
Plus profonde est la nuit
La paix emplit les coeurs
Lorsque le feu se meurt meurt.
La paix emplit les coeurs
Le feu se meurt

Pour la dernière fois
Autour d’un même feu
Ce soir montent nos voix
Pour un dernier adieu.

(Suzanne François)

 

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Les branches (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2020



Illustration: Jean Louis Jabalé
    
Les branches

Les branches se balancent
Au souffle du matin
Les feuilles tournent, dansent
Le vent leur prend la main

Les branches se reposent
Au calme du midi
La brise qui e pose
S’endort dans chaque nid

Les branches se balancent
Au vent léger du soir
De l’arbre un chant s’élance
L’oiseau nous dit bonsoir

(Suzanne François)

 

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JE T’ECRIRAI (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2020




    
JE T’ECRIRAI

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque dans la grisaille du soir
un oiseau épuisé
cherche en vain
un abri.

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque la lanterne de la lune
offre à la nuit
un soupçon de lumière

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque le soleil de son rouge éclat
peint l’espérance de l’aube.
Je t’écrirai un poème d’amour
lorsqu’une douce brise caresse
le visage ridé du cœur.

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque haut dans le ciel
deux nuages s’enlacent
en un baiser d’amour.

(Germain Droogenbroodt)

Recueil: ITHACA 603
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Bord d’âtre (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2020



 

 

Les communs sans grand usage
subissent les pluies
une paysanne
a pour s’asseoir
un bord d’âtre noir
dans les remous de son haleine
tourne le soir
dans l’arbre creux le vent
pourquoi êtres et choses sont-ils
plutôt que rien
pense-t-elle.

(Jean Follain)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Voyage en montagne (Du Mu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



Illustration
    
Voyage en montagne

Sentier pierreux serpentant dans la montagne froide
Là où s’amassent de blancs nuages, une chaumière…
J’arrête le char et aspire la forêt d’érables au soir
Feuilles givrées : plus rouges que les fleurs du printemps

(Du Mu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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La rivière de l’Ouest à Chu-zhou (Wei Ying-wu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
La rivière de l’Ouest à Chu-zhou

Au bord de l’eau, seul à chérir ces herbes cachées
Un loriot jaune chante là-haut au fond des feuillages
Chargée de pluie, monte au soir la crue printanière
Embarcadère désert : flottant de travers, une barque…

(Wei Ying-wu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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