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Poésie

Posts Tagged ‘solennelle’

A un crâne qui n’avait plus sa mâchoire inférieure (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Mon frère! — où vivais-tu? dans quel siècle? Comment?
Que vécut le cerveau qui fut dans cette boite?
L’infini? la folie? ou la pensée étroite
Qui fait qu’on passe et meurt sans nul étonnement?

Chacun presque, c’est vrai, suit tout fatalement,
Sans rêver au-delà du cercle qu’il exploite.
L’ornière de l’instinct si connue et si droite,
Tu la suivis aussi, — jusqu’au dernier moment.

Ah! ce moment est tout! C’est l’heure solennelle
Où, dans un bond suprême et hagard, tu partis
Les yeux grand éblouis des lointains paradis!

Oh! ta vie est bien peu, va! si noire fut-elle!
Frère, tu crus monter dans la Fête éternelle,
Et qui peut réveiller tes atomes trahis ?

(Jules Laforgue)

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Crépuscule (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Crépuscule

Crépuscule, comme vous êtes doux et tendre!
Les lueurs roses qui traînent encore à l’horizon
comme l’agonie du jour sous l’oppression victorieuse de sa nuit,
les feux des candélabres qui font des taches d’un rouge opaque
sur les dernières gloires du couchant,
les lourdes draperies qu’une main invisible attire des profondeur de l’Orient,
imitent tous les sentiments compliqués
qui luttent dans le cœur de l’homme aux heures solennelles de la vie.

(Charles Baudelaire)

Illustration

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Je suis du temps des lents et vieux romans d’amour (Andrée Sodenkamp)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Je suis du temps des lents et vieux romans d’amour,
Des grands Meaulnes poussant des portes solennelles.
On se mangeait le cœur en guettant sur la tour
Un pays balancé de bois et d’hirondelles.
C’étaient les temps heureux des grandes fautes tendres
Des confessionnaux pleins de voix murmurées,
Et de chagrins si beaux qu’on ne pouvait attendre
Pour les souffrir déjà de n’être plus aimée.

(Andrée Sodenkamp)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Arthur Hughes

 

 

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La vie n’est pas tragique (J.M.G. Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



 

Minutes, secondes, centièmes, millièmes de secondes,
du temps réel,
poussières, poudre, pollen,
fractions de matière dansant dans les rayons de la lumière.

La vie n’est pas tragique,
n’est pas solennelle;
elle est aussi dans ces signes minuscules.

(J.M.G. Le Clézio)

Illustration

 

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Sanglot perdu (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Sanglot perdu

Les étoiles d’or rêvaient éternelles;
Seul, sous leurs regards, songeant, loin de tous,
Devant leur douceur tombant à genoux,
Moi je sanglotais longuement vers elles.

« Ah! pourquoi, parlez, étoiles cruelles!
La Terre et son sort? Nous sommes jaloux!
N’a-t-elle pas droit aussi bien que vous
À sa part d’amour des lois maternelles?

« Quelqu’un veille-t-il, aux nuits solennelles?
Qu’on parle! Est-ce oubli, hasard ou courroux?
Pourquoi notre sort? C’est à rendre fous! »…
— Les étoiles d’or rêvaient éternelles…

(Jules Laforgue)


Illustration

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Intarissablement (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Intarissablement

Dire qu’au fond des cieux n’habite nul Songeur,
Dire que par l’espace où sans fin l’or ruisselle,
De chaque atome monte une voix solennelle
Cherchant dans l’azur noir à réveiller un coeur!

Dire qu’on ne sait rien! et que tout hurle en choeur.
Et que pourtant, malgré l’angoisse universelle,
Le Temps qui va roulant les siècles pêle-mêle,
Sans mémoire, éternel et grave travailleur,

Charriant sans retour engloutis dans ses ondes
Les cendres des martyrs, les cités et les mondes,
Le Temps, universel et calme écoulement,

Le Temps qui ne connaît ni son but, ni sa source,
Mais rencontre toujours des soleils dans sa course,
Tombe de l’urne bleue intarissablement!

(Jules Laforgue)


Illustration: Gilbert Garcin

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La pierre et la jeune fille (Michael Edwards)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2015



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Tu danses, et la frise immobile
Tremble du souvenir. Des jeunes filles avancent
Et lèvent les épaules au soleil du matin,
Tourbillons de jupes dans des parfums de pomme.
Les mains des yeux sentent le froid
Du marbre se chauffer dans les plis,
Touchent les cheveux tressés, effleurent
La joue solennelle prête pour l’amour.

***

Stone and Girl

You dance, and the immobile frieze
Trembles with memory. Stepping girls
Lift their shoulders to the morning sun,
Turning their skirts in the apple wind.
The hands of the eye feel the cold
Marble warming in the draperies,
And touch the braided hair, and brush
The solemn cheek ready for love.

(Michael Edwards)

Illustration: Miki de Goodaboom

 

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