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Poésie

Posts Tagged ‘sombrer’

PASTEL (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



PASTEL

L’automne pleure et crie
— Agonisant buccin —
Et les oiseaux s’enfuient
Vont se cacher au loin.

La pluie hélas ! crépite…
Aucun sur le chemin ;
Qui délaisse son gîte
Sombre dans le crachin.

Dans les noirs guérets glissent
Et plongent les corbeaux.
Les beuglements emplissent
Le parc à bestiaux.

Tristement les clarines
Tintent dans ce décor…
Si tard… le jour décline
Et point encor suis mort.

(George Bacovia)

Illustration

 

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Nostalgie (Habib Tengour)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Nostalgie à sombrer en fragments réversibles
sous la caresse du bleu
l’écume aux lèvres

(Habib Tengour)


Illustration: Odilon Redon

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Fidèle (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Christian Schloe 4 [1280x768]

Fidèle

1. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des choses sans importance pour vous
Un soir d´été, le vol d´une hirondelle
Un sourire d´enfant, en rendez-vous
Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des riens qui pour moi font un tout
Un vieux toutou, une boite d´aquarelle
Le port de La Nouvelle au mois d´août.

2. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des lieux et des amis très doux :
Un drôle d´Albert et sa sœur en dentelles
Un castillet tout neuf, un Canigou.
Une rue de Béziers, une tante Emilie
Une maman partant pour Budapest
Ma vieille maison avec sa tonnellerie
Et près de la gendarmerie, les express.

3. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
Au souvenir d´un soir à Montauban
Candides ardeurs, nos cœurs je me rappelle
S´étaient donnés si jeunes sur un vieux banc
J´étais parti dans la nuit des vacances
Plus léger qu´un elfe au petit jour
Mais à présent à présent quand j´y pense
Je pleure toujours mon premier amour.

4. Fidèle, fidèle pourquoi rester fidèle
Quand tout change et s´en va sans regrets
Quand on est seul debout sur la passerelle
Devant tel ou tel monde qui disparaît
Quand on regarde tous les bateaux qui sombrent
Emportant les choses qu´on espérait
Quand on sait bien que l´on n´est plus qu´une ombre
Fidèle à d´autres ombres à jamais.

(Charles Trenet)

Illustration: Christian Schloe

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Le vieillard (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Le vieillard

il se tait devant la grande table
ses enfants parlent plaisantent
ses petits enfants jouent et se chamaillent
quels souvenirs sombrent dans ses yeux vides?

(Alain Jean-André)


Illustration

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LA CHUTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Jacob-Peter Gowi
    
LA CHUTE

C’est la chute, la chute éternelle
d’eau, de pierre, d’oiseaux blessés, le coeur blessé,
la cascade de la délivrance. Les anges tombent
comme des amants de l’azur, séparés,
et meurent de cette même mort qui nous achève tous.

Tombant dix millions d’années, nous nous jetons
dans les bras accueillants du temps;
notre vol nuptial doit finir dans la mort,
délivrance toujours recommencée
tandis que le mystique acharné„ retient son souffle.

La surface aux aguets de la mer vivante
toujours intacte, offre le sourire de l’amour,
là où le sang vivant se noie dans son extase,
régi par la nature qui fait bouger les montagnes,
se croyant délivré quand il est le moins libre.

Allons-nous sombrer, sombrer ensemble dans l’abîme?
Ici, sur le pic, neige et vent nous invitent
à tomber dans leurs gouffres.
La voie est tracée, inconnaissable la fin,
la mer nous emportera là où mènent courants et marées.

***

THE FALL

It is the fall, the eternal fall of water,
of rock, of wounded birds, and the wounded heart,
Me waterfall of freedom. Angels fall
like loyers from the azure, separate,
and die by that saine death that ends us ail.

Falling ten million years, we fling ourselves
again info the inviting arms of time;
our nuptial flight must end again in death
that serves for freedom time and lime again
while the hard labouring mystic holds his breath.

The watching surface of the living sea
ever intact, :miles with the face of love,
where living blood drowns in its ecstasy,
impelled by nature that can mountains move,
feeling most freedom when it least is free.

Shall we go down, shall ive go down together?
here on the mountain top, the wind and snow
urge us to fall, and go the way they go.
The way is clear, the end we shall not know,
the sea will carry us where tides run and currents flow.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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La Maison (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




La Maison

Dans la maison de mon amour
Il y a des collines et des pâturages tapissés de fleurs,
Son toit est le ciel bleu, sa lampe l’étoile du Berger,
Les portes de sa maison sont les vents, et son rideau la pluie.
Dans sa maison nombreuses sont les montagnes, chacune est seule,
Et les îles où les oiseaux de mer font retour.

Dans la maison de mon amour
Il est une cascade qui coule toute la nuit
Tombant du sommet neigeux de la montagne
Blanche dans le bleu miroitant de l’été perpétuel —
Tombant du rocher escarpé où plane l’aigle.
Sur le seuil montent les marées de l’océan,
Et les marsouins suivent les poissons dans les baies tranquilles
Où l’étoile de mer luit sur les algues sombres sous l’eau immobile.

J’ai été portée ici dans le sommeil,
Au réveil j’ai trouvé rivières et vagues mes servantes,
Soleil, nuages, vents, les oiseaux-messagers,
Tous les troupeaux de ses collines et les poissons de ses mers.
Je me repose, dans la chaleur du jour, dans l’ombre légère des feuilles
Et les voix de l’air et de l’eau me parlent.
Tout cela il me l’a donné, lui dont jamais je n’ai vu le visage,
Mais dans ses bras qui tout étreignent je sombre dans le sommeil.

***

The House

In my love’s house
There are hills and pastures carpeted with flowers,
His roof is the blue sky, his lamp the evening star,
The doors of his house are the winds, and the rain his curtain.
In his house are many mountains, each alone,
And islands where the sea-birds home.

In my love’s house
There is a waterfall that flows all night
Down from the moutain summit where the snow lies
White in the shimmering blue of everlasting summer,
Down from the high crag where the eagle flies.
At his threshold the tides of ocean rise,
And the porpoise follows the shoals into still bays
Where starfish gleam on brown weed under still water.

In sleep I was borne here
And waking found rivers and waves my servants,
Sun and cloud and winds, bird-messengers,
And all the flocks of his hills and shoals of his seas.
I rest, in the heat of the day, in the light shadow of leaves
And voices of air and water speak to me.
All this he has given me, whose face I have never seen,
But into whose all-enfolding arms I sink in sleep.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alain DENEFLE

 

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L’amante (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
L’amante

Voici ma fenêtre. Je viens
de m’éveiller si doucement.
Il me semblait flotter.
Où donc atteint ma vie,
où commence la nuit ?

Il me semble que tout
autour de moi soit Moi;
clair comme l’épaisseur
d’un cristal, muet et noir.

Je pourrais prendre encore
les étoiles en moi;
mon coeur paraît si vaste;
il laisse sans regret

celui-là que j’allais
peut-être aimer, garder…
Étranger, page vierge,
mon destin me regarde.

Pourquoi suis-je placée
dans cette immensité,
embaumant comme un pré,
bercée de tous côtés,

appelant et craignant
qu’on entende l’appel,
destinée à sombrer
dans un Autre.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Au loin (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




Au loin

Au loin, au loin
Luisent les étoiles de ma vie,
Et je contemple avec tristesse,
Mon bonheur de jadis,
Regardant si volontiers, si volontiers
Avec un frisson de plaisir en arrière.
Comme un voyageur sur les hauteurs se tient
Et surplombe du regard les lointains,
Les prés fleuris
Où passent en murmurant les douces, tièdes
Brises, et prête l’oreille
Avec un effroi secret :
Ainsi s’étendent devant moi
De vastes époques heureuses et arrachent
Mon esprit aux misérables bornes
De négatives pensées
pour l’élever jusqu’aux joies éternelles de là-bas.
Je vois osciller la barque de Charon :
Je rappelle aux accents de la lyre d’or
Celles qui ont sombré
Et elles s’approchent et m’enserrent
De leur lumière magique.
Je m’efforce de les saisir — elles pâlissent
Et je dois les laisser s’évanouir :
Mon espérance est anéantie !

(Friedrich Nietsche)

Illustration: Jose Benlliure Gil

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ADAGIO POUR UN POEME (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Marc Chagal
    
ADAGIO POUR UN POEME

D’un ciel qui n’a jamais pleuré, j’ai fait jaillir des larmes.
D’un arbre qui n’a jamais fleuri, j’ai fait jaillir des fruits.
D’un piano poussiéreux, j’ai fait jaillir des rires.
D’une mer calme et bleue, j’ai fait jaillir des cris.

D’un soleil ardent, j’ai fait jaillir de l’ombre.
D’un rocher de montagne, j’ai fait jaillir des perles.
D’un glacier enneigé, j’ai fait jaillir des flammes.
D’un visage sans sourire, j’ai fait jaillir l’amour.

Poésie Amie, Poésie Chérie, ton antre est mon arme,
Ton refuge d’opale que si souvent je fuis,
Est un peu ma raison, est un peu mon empire,
Poésie Chérie, Poésie Amie, aide-moi, à l’infini.

Poésie Amie, Poésie Chérie, permets qu’enfin je sombre,
Permets qu’enfin au fond de moi le chant du merle
Revive et transforme un peu cette dame
Qu’est mon âme, et qui pleure toujours.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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LE LAC (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



LE LAC

Remémore, mon coeur, devant l’onde qui fuit
De ce lac solennel, sous l’or de la vesprée,
Ce couple malheureux dont la barque éplorée
Y vint sombrer avec leur amour, une nuit.

Comme tout alentour se tourmente et sanglote !
Le vent verse les pleurs des astres aux roseaux,
Le lys s’y mire ainsi que l’azur plein d’oiseaux,
Comme pour y chercher une image qui flotte.

Mais rien n’en a surgi depuis le soir fatal
Où les amants sont morts enlaçant leurs deux vies,
Et les eaux en silence aux grêves d’or suivies
Disent qu’ils dorment bien sous leur calme cristal.

Ainsi la vie humaine est un grand lac qui dort
Plein sous le masque froid des ondes déployées,
De blonds rêves déçus, d’illusions noyées,
Où l’Espoir vainement mire ses astres d’or.

(Emile Nelligan)


Illustration

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