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Personne et cependant l’immensité de l’être (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019



    

Personne et cependant l’immensité de l’être
L’infini lègue aux choses un vêtement d’éther

Chemin de l’un vers l’unité
Le présent se donne à l’instant

Ici l’intensité
L’arc du corps

Ici l’effort
La corde raide

Ici l’énergie
La flèche en vérité

La cible sans circonférence ni centre coïncide avec la visée
L’archer s’éveille à la réalité

C’est l’éclair de haute pression physique
Où la terre sombre dans l’eau

Et la noyade appelle la fièvre
Et l’eau sombre dans le feu

De ce brasier les corps s’évadent
Le feu sombre dans l’air

Alors du vide de la chute
Monte le souffle en partage

Avec la lumière
Et la lumière de la lumière

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dieu (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel
    
Dieu

Je sens Dieu marcher
tellement en moi, avec le soir et la mer.
Ensemble nous allons avec lui. La nuit tombe.
Ensemble nous sombrons dans la nuit, orpheline Solitude…

Mais je sens Dieu. Et même il semble
qu’il me dicte je ne sais quelle bonne couleur.
Comme un hospitalier, il est bon et triste;
s’étiole un tendre dédain d’amoureux :
son coeur doit lui faire très mal.

Oh, mon Dieu, je m’approche tout juste de toi,
maintenant que j’ai tant d’amour ce soir; maintenant
que dans la fausse balance des seins,
je mesure et pleure une fragile Création.

Et toi, comme tu pleureras… Toi, amoureux
d’un si énorme sein giratoire…
Je te sacre DIEU, parce que tu aimes tant;
parce que tu ne souris jamais; parce que ton coeur
toujours doit te faire très mal.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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UNE NUIT PRÈS DU PONT DES ÉRABLES (Zhang Ji (Yisun))

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2019



Hanshan]

UNE NUIT PRÈS DU PONT DES ÉRABLES

La lune décline
Les corbeaux se lamentent
Le ciel est plein de givre
Au bord de la rivière
Les érables s’illuminent aux feux des pêcheurs
Je sombre dans un sommeil mélancolique
En dehors de la ville de Gusu
Se dresse le temple de Hanshan
A minuit le tintement de sa cloche
Parvient jusqu’à ma barque

(Zhang Ji (Yisun))

Illustration

 

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PRODIGUE NUIT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




Illustration: ArbreaPhotos Saint Jean Pied de Port – Roncevaux
    

PRODIGUE NUIT
Rater dan

Au bout du chemin le jour s’éteint,
l’heure du chant se meurt que voici —
que te reste-t-il pour passer la nuit ?

Elle n’est point stérile la nuit,
elle qui dans l’obscurité fait éclore
la fleur aux regards dérobée,
celle qui sous l’âpre feu du jour
ne put s’épanouir,

celle dont le grain de miel
fut au coeur du bois si enfoui
que l’abeille de ton jardin
lasse d’en requérir vainement
la grâce s’en fut par le ciel
il y a longtemps.

La fleur dans les ténèbres éclose
ne se porte pas à la chambre
ni ne sera tressée en couronne ;
seulement à la faveur de sa fragrance
elle me rend sensible au coeur
le regard que jadis je perdis
parmi l’épaisse foule du jour,
les mots sombrés dans le silence.

Elle n’apporte que le nom
de ce que je ne pus saisir,
que l’éperdue souvenance
de ce qui pût advenir.

La brassée d’étoiles lointaines
de mon rêve que portait la nuit
jamais ne se fit prendre.
La fleur de nuit me parlera
dans mon recueillement du distant,
me fera ressentir l’insaisissable
accomplissement des choses.

Ce don ultime du chemin
don hors visibilité hors atteinte
te comblera à l’heure du départ.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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PASTEL (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



PASTEL

L’automne pleure et crie
— Agonisant buccin —
Et les oiseaux s’enfuient
Vont se cacher au loin.

La pluie hélas ! crépite…
Aucun sur le chemin ;
Qui délaisse son gîte
Sombre dans le crachin.

Dans les noirs guérets glissent
Et plongent les corbeaux.
Les beuglements emplissent
Le parc à bestiaux.

Tristement les clarines
Tintent dans ce décor…
Si tard… le jour décline
Et point encor suis mort.

(George Bacovia)

Illustration

 

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Nostalgie (Habib Tengour)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Nostalgie à sombrer en fragments réversibles
sous la caresse du bleu
l’écume aux lèvres

(Habib Tengour)


Illustration: Odilon Redon

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Fidèle (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Christian Schloe 4 [1280x768]

Fidèle

1. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des choses sans importance pour vous
Un soir d´été, le vol d´une hirondelle
Un sourire d´enfant, en rendez-vous
Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des riens qui pour moi font un tout
Un vieux toutou, une boite d´aquarelle
Le port de La Nouvelle au mois d´août.

2. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des lieux et des amis très doux :
Un drôle d´Albert et sa sœur en dentelles
Un castillet tout neuf, un Canigou.
Une rue de Béziers, une tante Emilie
Une maman partant pour Budapest
Ma vieille maison avec sa tonnellerie
Et près de la gendarmerie, les express.

3. Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
Au souvenir d´un soir à Montauban
Candides ardeurs, nos cœurs je me rappelle
S´étaient donnés si jeunes sur un vieux banc
J´étais parti dans la nuit des vacances
Plus léger qu´un elfe au petit jour
Mais à présent à présent quand j´y pense
Je pleure toujours mon premier amour.

4. Fidèle, fidèle pourquoi rester fidèle
Quand tout change et s´en va sans regrets
Quand on est seul debout sur la passerelle
Devant tel ou tel monde qui disparaît
Quand on regarde tous les bateaux qui sombrent
Emportant les choses qu´on espérait
Quand on sait bien que l´on n´est plus qu´une ombre
Fidèle à d´autres ombres à jamais.

(Charles Trenet)

Illustration: Christian Schloe

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Le vieillard (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Le vieillard

il se tait devant la grande table
ses enfants parlent plaisantent
ses petits enfants jouent et se chamaillent
quels souvenirs sombrent dans ses yeux vides?

(Alain Jean-André)


Illustration

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LA CHUTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Jacob-Peter Gowi
    
LA CHUTE

C’est la chute, la chute éternelle
d’eau, de pierre, d’oiseaux blessés, le coeur blessé,
la cascade de la délivrance. Les anges tombent
comme des amants de l’azur, séparés,
et meurent de cette même mort qui nous achève tous.

Tombant dix millions d’années, nous nous jetons
dans les bras accueillants du temps;
notre vol nuptial doit finir dans la mort,
délivrance toujours recommencée
tandis que le mystique acharné„ retient son souffle.

La surface aux aguets de la mer vivante
toujours intacte, offre le sourire de l’amour,
là où le sang vivant se noie dans son extase,
régi par la nature qui fait bouger les montagnes,
se croyant délivré quand il est le moins libre.

Allons-nous sombrer, sombrer ensemble dans l’abîme?
Ici, sur le pic, neige et vent nous invitent
à tomber dans leurs gouffres.
La voie est tracée, inconnaissable la fin,
la mer nous emportera là où mènent courants et marées.

***

THE FALL

It is the fall, the eternal fall of water,
of rock, of wounded birds, and the wounded heart,
Me waterfall of freedom. Angels fall
like loyers from the azure, separate,
and die by that saine death that ends us ail.

Falling ten million years, we fling ourselves
again info the inviting arms of time;
our nuptial flight must end again in death
that serves for freedom time and lime again
while the hard labouring mystic holds his breath.

The watching surface of the living sea
ever intact, :miles with the face of love,
where living blood drowns in its ecstasy,
impelled by nature that can mountains move,
feeling most freedom when it least is free.

Shall we go down, shall ive go down together?
here on the mountain top, the wind and snow
urge us to fall, and go the way they go.
The way is clear, the end we shall not know,
the sea will carry us where tides run and currents flow.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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La Maison (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




La Maison

Dans la maison de mon amour
Il y a des collines et des pâturages tapissés de fleurs,
Son toit est le ciel bleu, sa lampe l’étoile du Berger,
Les portes de sa maison sont les vents, et son rideau la pluie.
Dans sa maison nombreuses sont les montagnes, chacune est seule,
Et les îles où les oiseaux de mer font retour.

Dans la maison de mon amour
Il est une cascade qui coule toute la nuit
Tombant du sommet neigeux de la montagne
Blanche dans le bleu miroitant de l’été perpétuel —
Tombant du rocher escarpé où plane l’aigle.
Sur le seuil montent les marées de l’océan,
Et les marsouins suivent les poissons dans les baies tranquilles
Où l’étoile de mer luit sur les algues sombres sous l’eau immobile.

J’ai été portée ici dans le sommeil,
Au réveil j’ai trouvé rivières et vagues mes servantes,
Soleil, nuages, vents, les oiseaux-messagers,
Tous les troupeaux de ses collines et les poissons de ses mers.
Je me repose, dans la chaleur du jour, dans l’ombre légère des feuilles
Et les voix de l’air et de l’eau me parlent.
Tout cela il me l’a donné, lui dont jamais je n’ai vu le visage,
Mais dans ses bras qui tout étreignent je sombre dans le sommeil.

***

The House

In my love’s house
There are hills and pastures carpeted with flowers,
His roof is the blue sky, his lamp the evening star,
The doors of his house are the winds, and the rain his curtain.
In his house are many mountains, each alone,
And islands where the sea-birds home.

In my love’s house
There is a waterfall that flows all night
Down from the moutain summit where the snow lies
White in the shimmering blue of everlasting summer,
Down from the high crag where the eagle flies.
At his threshold the tides of ocean rise,
And the porpoise follows the shoals into still bays
Where starfish gleam on brown weed under still water.

In sleep I was borne here
And waking found rivers and waves my servants,
Sun and cloud and winds, bird-messengers,
And all the flocks of his hills and shoals of his seas.
I rest, in the heat of the day, in the light shadow of leaves
And voices of air and water speak to me.
All this he has given me, whose face I have never seen,
But into whose all-enfolding arms I sink in sleep.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alain DENEFLE

 

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