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Il luit dans l’ombre (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



 

Anne-Marie Zilberman (16)

Il luit dans l’ombre,
Le beau fruit d’or,
Il luit comme un trésor
Entre ces feuilles.
C’est pour toi qu’il a mûri,
Le beau fruit du paradis.
Quelles roses lui sont pareilles ?

Voilés de leurs ailes,
Les anges sommeillent…

Voici que la nuit vient,
Pas une étoile ne se lève.
Oh ! rien
Qu’un effleurement
De tes lèvres…
Qui peut savoir ?
Le souffle du soir le touche bien.

Écoute ma chanson ;
Elle murmure à ton oreille :
Approche et cueille.
Les anges sommeillent…

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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LE PROMENOIR DES DEUX AMANTS (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



LE PROMENOIR DES DEUX AMANTS

Auprès de cette grotte sombre
Où l’on respire un air si doux,
L’onde lutte avec les cailloux,
Et la lumière avecque l’ombre.

Ces flots, lassés de l’exercice
Qu’ils ont fait dessus ce gravier,
Se reposent dans ce vivier
Où mourut autrefois Narcisse.

L’ombre de cette fleur vermeille
Et celle de ces joncs pendants
Paraissent être là dedans
Les songes de l’eau qui sommeille

Crois mon conseil, chère Climène :
Pour laisser arriver le soir,
Je te prie, allons nous asseoir
Sur le bord de cette fontaine.

Penche la tête sur cette onde,
Dont le cristal paraît si noir ;
Je t’y veux faire apercevoir
L’objet le plus charmant du monde.

Je tremble en voyant ton visage
Flotter avecque mes désirs,
Tant j’ai de peur que mes soupirs
Ne lui fassent faire naufrage.

Veux-tu par un doux privilège
Me mettre au-dessus des humains ?
Fais-moi boire au creux de tes mains
Si l’eau n’en dissout point la neige.

(Tristan l’Hermite)

Illustration

 

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ENTRÉE LE MATIN (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



ENTRÉE LE MATIN

Le goéland à manteau noir, ce marin du soleil, garde le cap.
Sous lui, la mer.
Le monde sommeille encore telle
une pierre multicolore qui repose dans l’eau.
Journée inexpliquée. Des jours –
pareils à l’écriture des Aztèques!

La musique. Et j’étais prisonnier
de sa haute lice,
les bras levés – comme une figure
de l’art populaire.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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LA MAIN AU FEU (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



LA MAIN AU FEU

Au bout de la journée
Je cherche un point d’appui :
Le soleil a choisi
Un talus pour l’épaule.
Dans les décombres vains
Bat le coeur fou du temps,
Dans l’abîme s’entasse
Le sable fin des rêves,
Sous la ronce et la pierre
L’éternité sommeille.
Vienne le vent qui blesse
Le velours de tes lèvres.
Chaque pas fait le bruit
De la mer qui recule.
Immortelle et cachée
Dans le terreau des caves,
La révolte grandit
Et calcule ses chances.
La muraille est griffée
De traits blancs et de chiffres.
Objet de ton délire,
Sur le dernier caillou
Le vieil été se saigne.
Il suffoque et je crie.

(Albert Ayguesparse)

 

 

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Au fond de la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



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Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le cœur.

(Luc Bérimont)

 

 

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Je parle (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration    
    
Je parle

Je parle
non je nage dans le sang
non je marche sur les toits
non je siffle dans la mer
non je joue de la raison
c’est la neige qui m’enroule
c’est la glace qui me griffe
des lueurs et des lumières
non je souffle sur mes manches
tant de craie qui nous salit
tant de bleu qui m’envahit
non je dors dans la prairie
non je branche des rêves
non je parle
devant des têtes qui s’alignent
devant du sable qui m’écoute
qui me file entre les doigts
des galets qui ont compris
des filets qui s’en balancent
devant la mer qui me regarde
oui je parle
je souffle du vent je siffle du chant
six étoiles qui sommeillent
j’ouvre ma cosse adieu les graines
c’est l’heure
rangez vos livres.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Passionnaire (Alain Borer)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018




Illustration: Rene Magritte
    
Passionnaire
Noèmes

en un mot commençant
le temps mort d’écrire
entre nous soit dit

le désir
né du corps
meurt dans vie

la courbe devient femme
au bout du doigt de qui
se perd à dessein

condamné à vie
dans ce corps-là
je n’en sors qu’en toi

la nuit d’amour se prolonge
tandis que je sommeille au loin
changeant sans fin de position

d’un pont inemprunté

le bond d’amour:
arche pure
d’être à pensée

payse de la nuit
disparue
entre ma lampe et l’aube

nus au balcon
dans la nuit étoilée
jusqu’aux fleurs de midi.

(Alain Borer)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Je t’ai nommé l’indienne (Ernest Pépin)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



    

Je t’ai nommé l’indienne
(Extrait)

1
Femme d’embruns brûlés
Et de bourgeons d’étoile
Qui crayonne les cyclones
La monture des marées
Et par ravine chaude où sommeille ta chaleur
Redonne au monde le bel incendie
La première étincelle
La parole inconsolée des mythes

2
Il fait toujours soleil
Dans la splendeur des songes
Et la roue de tes mains
Lavée du plus beau sang
Au nom du chant des mers disparues
Témoigne

3
Femme aux tempes de pierre polie
Aux temples couleur de jungle
Qui conjure un mauvais sort
Danse de couleuvres
Terre tremblée
Cri mouillé
Femme du fond des nuits
Qui sort les pagaies lumineuses
De sa révolte
Épouse des aurores boréales
Ruche zélée des moussons
Remuant les vagues du commencement

4
Femme
Plus tendre que le coeur du déluge
Un grand sillage phosphorescent
Ta liberté
Feu de l’amour libre
Qui nourrit le soleil
Ta liberté
Mémoire
Tressant
La gerbe des rosées
L’impossible poinçon rouge cousu au front
Des voyances

(Ernest Pépin)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Ardeur (Bruno Doucey)(Thierry Renard)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2018




    
Étincelle.
Incandescence.
Rougeoiements du charbon enflammé.

Chaleur fiévreuse de l’été.
Vie, vivacité, vigueur et volupté.
Sens, sensualité,excitation, extase.

Fougue batailleuse ou conquérante, généreusement créatrice.
Combustion naturelle de l’existence.
Zèle des dieux qui sommeillent en nous
à la manière des rupestres dans leur abri sous roche…

Ardeur.

Le mot vibre de la charge solaire qui est en lui.
Qu’elles soient provençale, italienne ou espagnole,
ses parentés linguistiques puisent invariablement dans la même matière en fusion:
« ardeur » vient du latin ardor, de ardere qui signifie « brûler ».

(Bruno Doucey)(Thierry Renard)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La Forêt (François-René de Châteaubriand)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




La Forêt

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestige de mon coeur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons, une douce tristesse.
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fonds des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, dans ce lieu solitaire,
Qu’ignoré, je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Forêts ! agitez-vous doucement dans les airs !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous confieront des amours étrangères ;
Moi, de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.

(François-René de Châteaubriand)

 

 

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