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Posts Tagged ‘somnambule’

Je te hante ma nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek 3

IL N’Y A PAS PLUS SOLITAIRE QUE LA NUIT

Je te hante ma nuit pour chaque épi qui n’a pas mûri
pour chaque paume qui ne s’est pas épanouie
je te hante dans mon acceptation et dans mon cri

Nuit tu héberges les somnambules rescapés du miracle que le soleil n’a pu liquider
Tu es omniprésence de l’obscur effeuillaison de bruit et chuchotement de silence
Tu es confessionnal de discrétion plénière sans parois
sans confiteor ni contrition
sans pénitence ni rémission

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Il est une douleur — si absolue — (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



Il est une douleur — si absolue —
Qu’elle engloutit toute substance —
Puis voile l’Abîme d’une Transe —
Ainsi la Mémoire peut se mouvoir
À travers — autour — au-dessus —
Comme un Somnambule —
Sans danger avance — là où l’oeil ouvert —
Os après Os — Le ferait choir —

***

There is a pain — so utter —
It swallows substance up —
Then covers the Abyss with Trance —
So Memory can step
Around — across — opon it —
As One within a Swoon —
Goes safely — where an open eye —
Would drop Him — Bone by Bone —

(Emily Dickinson)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Pouvoir qui m’utilises, comme un médium somnambule (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

Martin Jarrie _serpent

Pouvoir qui m’utilises,
comme un médium somnambule,
pour tes mystérieuses communications ;
je te vaincrai, oui,
je saurai bien ce que tu dis,
ce que tu me fais dire, quand tu me saisis ;
je saurai bien, un jour, ce que je dis !

***

Poder que me utilizas,
como medium sonámbulo,
para tus misteriosas comunicaciones;
ihe de vencerte, sí,
he de saber qué dices,
qué me haces decir, cuando me cojes;
he de saber qué digo, un día!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Martin Jarrie

 

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LE FIL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
LE FIL

Seule la vierge connaît l’histoire de la vie,
Le mythe implicite dans le bourgeon soyeux
Dont les feuilles sont les pages jamais ouvertes du coeur.

Les filandres de son rêve flottent dans la nuit;
Leurs fils fragiles portent la somnambule
(Que nul n’éveille ma bien-aimée, ou elle est perdue).

Quand l’ange est venu elle connaissait son visage
Et à une question étrange de l’étranger
Elle donna la réponse de tout temps prédestinée.

Les jeunes araignées tissent d’abord des toiles parfaites
Puis avec l’âge leur travail devient moins sûr.
La vieillesse tisse des haillons, des lambeaux, des loques.

Mater Dolorosa, à la fin d’un mythe usé,
Se souvenant du passé, mais non du futur,
A perdu son fil, telle une vieille araignée.

Car le temps nous défait, l’obscurité efface
Les figures du rouet nocturne de Pénélope.
Les étoiles qui tournent cassent les fils ténus de la rêverie
Et la vieille fileuse emmêle ses écheveaux de mort.

***

THE CLUE

Only the virgin knows the life story,
The myth implicit in the silk-spun bud
Whose leaves are the unopened pages of the heart.

The gossamer of her dream frets out across the night;
Its fragile thread upholds the somnambulist —
(Let none awaken my beloved, or she is lost)

When the ange’ came, she knew his face
And to the stranger asking a strange thing
Gave the answer predestined before time.

Young spiders weave at first their perfect webs,
Later, less certain, they weave worse.
Old age spins tattered cobwebs, rags and shreds.

Mater Dolorosa, at the end of a spent myth,
Remembering the part, but not the future,
Has lest ber due, like an old spider,

For time undoes us, darkness defaces
The figures of Penelope’s night loom.
Revolving stars wind up the tenuous threads of day-dream
And the old spinner ravels skeins of death.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Finies les douces métamorphoses (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




finies les douces métamorphoses d’une enfant toute de soie
somnambule à présent sur la corniche de brouillard
son réveil de main qui respire
de fleur que le vent fait éclore

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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Ainsi allais-je (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018




Illustration: Paul Delvaux
    
ainsi allais-je dévorant des ténèbres
une fleur dans ma main de somnambule
un sourire d’autre cloué à mes lèvres
mon corps nu comme un mot
mes désirs enlacés à son image
si seulement ils faisaient un brasier sur mes lèvres
pour brûler les syllabes qui ne s’unissent pas

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Encore plus loin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Encore plus loin

Encore plus loin
que la route qui mène nulle part

(Stanislas Rodanski)

Tout entre
en résonance
chez les mordus d’éternité

insurgés plein soleil
toujours prompts au rebond
pied au plancher

ceux-là sont semblables
à des capteurs de particules
soufflées par les vents solaires

ne sommes-nous plus
que des pianos désaccordés
disent-ils

n’avons-nous plus rien
à faire entendre
aurions-nous égaré le verbe

capable
de faire résonner
notre la souverain

écoutons vraiment
écoutons
au plus chaviré

écoutons
ce bleu ardent
la plus ancienne lumière du monde

arpentant ses pistes enflammées
nous pouvons tout délaisser
nous retrouvons notre espace

notre souffle
notre centre
le centre des centres

celui qui se laisse porter
emporter par l’ardeur
est un archange de l’énergie

aimanté
sans fin par l’oeil
de la cible

il enlace les angles morts
glisse en bulle d’éternité
entre deux vies

calligraphiant une poésie ultrasensible
qui défie toute gravité
à l’écoute du chant

au fond des impasses
ou des neurones
il danse à chaque respiration

il sait le secret cher à Michaux
d’une pente
qui dévale vers le haut

bouche d’ombre
en souffle continu
frère d’embuscade

tourbillon somnambule
il retrace l’histoire de la lumière
à travers les espaces-temps

empli tout entier
d’un oui qu’il offre
à perte de coeur

il ne fait qu’un avec le mystère
et sa dimension frémissante
il vibre et vibre encore

une confiance étrange
nous vient soudain
étrange autant qu’illimitée

qui traverse le chant
à l’écoute de l’intuition fusante
à l’écoute du bleu ardent

comment laisser flotter les choses
en rebelle éveillé
comment se redonner de l’espace

comment retrouver cet art
si parfait
du contrôle des accidents

l’absolue justesse
du tempo de l’univers
le continuum de l’énergie

dix mille photons
lancés il y a cinq millions d’années
par quelque géante gazeuse

percutent à l’instant
notre rétine
larmes à ciel ouvert

se dessine
devant nos yeux éblouis
une perle de pur enthousiasme

plus démesurée
plus abyssale même
que le désespoir

sortons du labyrinthe
chevauchons le bleu ardent
captons l’alexandrin du big bang

(Zéno Bianu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Pour m’endormir (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



    

Pour m’endormir, je mets
le masque du sommeil : un léger voile
que je tisse avec les événements du jour
et les mots dont je perds le fil en m’endormant.
Une toile aussi fine que celle de l’araignée
où restent au matin des lambeaux de rêves :
des images prises au piège, les discours décousus
d’un somnambule qui se réveille.

Le masque du cauchemar est un masque de fer
et de bois dur. La corne et l’ivoire,
c’était pour les dieux qui parlaient latin
et les grands mammifères dont on faisait
des trophées. Les bibelots nous suffisent:
la jungle des images a remplacé les grandes battues.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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LES PROMENEUSES DU SOIR (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018




LES PROMENEUSES DU SOIR

Eloge
Eloge des sommeils d’amies

Eloge d’épouses de doges
Et de stratèges villes grèges
Ocrées de ceinturons de briques

Eloge à pas de somnambule
Des noctambules promeneuses
Noires cavales de bijoux
Plus grandes, couples sans époux
Que des reines prostituées

Eloge de mélancolie

Femme pour un temps d’avène
Femme pour un temps d’exil
Est-ce que l’enfance était plus claire
Etait plus sombre que mémoire

Que les pas
les palais
les pavés du hasard

(Henry Bauchau)

 
Illustration: Paul Delvaux

 

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Fenêtres somnambules (Michelle Le Gal)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



Fenêtres somnambules

Sur mon front le frisson
d’une aile
et la lumière dentelle
Las paroles autour de moi
sans couleur
sans écho

Je chante pour la pluie froide le soleil
qui marche sur l’ombre

Et mon âme funambule
A l’aube suspendue
tangue et se réfléchit
A l’infini
sur le miroir brisé des fenêtres
Somnambules.

Attrait d’un éclat de feu…
Oser
de l’autre côté du miroir
Une alouette
chante.

(Michelle Le Gal)


Illustration: Patrick Boussignac

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