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LE SAINT SUAIRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




LE SAINT SUAIRE

Visage depuis longtemps mort
Qui monte à la surface, surgi des vagues profondes
Du temps — nous cherchons à le voir,
A le tirer vers nous d’un regard plus intime : il s’éteint
Jusqu’à n’être pas plus clair qu’une ombre,
La brume s’épaissit comme le soir autour d’un roi mort ;
Ce visage, même sondé au plus intime, toujours disparaît
Sans nous interroger, sans nous répondre. Il reste silencieux,
Entier — ayant tout connu, aimé, souffert,
Puis de nouveau tout ignoré.
Ce visage d’homme
Nous ignore à présent. Quel que soit l’être qui a rejoint
Par-delà ce saint suaire l’esprit de Dieu,
Il ne voit plus cette terre : nous sommes seuls.

***

THE HOLY SHROUD

Face of the long-dead
Floating up from under the deep waves
Of time, that we try to see,
To draw towards us by closer looking, that fades
And will not become more clear than shadow,
Mist gathering always like dusk round a dead king,
That face, however closely we look, is always departing,
Neither questions nor answers us. It is still,
It is whole, has known, loved, suffered all,
And un-known all again.
That face of man
Un-knows us now; whatever being passed
Beyond that holy shroud into the mind of God
No longer sees this earth: we are alone.

(Kathleen Raine)

 

 

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Parler (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



XIR201627

Parler —

Art de laisser filer la sonde dans la profondeur
que ne peut soupçonner l’homme de surface, l’homme actif, psychique.
Car nous, riverains ou nageurs,
toujours nous péririons dans l’ignorance de l’altitude sous nous,
sans la parole qui opère à tout instant le sondage pour nous,
et qui ainsi est notre profondeur,

Ecrire, c’est écrire malgré tout.
Comme une barque assemblée contre l’Océan sans mesure
— et la barque tire sa forme de l’Enorme qu’elle affronte en craignant la défaite,
et différents sont les esquifs autant que les ports d’un pôle à l’autre —
ainsi le style est ajointement malgré tout, manière de se jeter à cœur perdu mesure de l’immense;
et chacun reçoit figure de l’aspect que montre l’Elément où de son côté il se trouve jeté,
de la terreur déterminée que lui inspire l’indéterminé.

Faire front dans le tumulte pour m’y tenir à flot, quelque temps, sur l’inconnaissable.
—La phrase, ligne de flottaison.

(Michel Deguy)

Illustration: Hokusai

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