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MES VOYELLES (Kôichi lijima)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



 

Voyelles

MES VOYELLES
WAGA BOIN

Naissance par l’espace des voyelles
Pures.
Rêves qui me stimulent
Dans leur absence,
Que faire? Répéter!
Mais c’est alors
Que les images sonnent entre elles
Comme les premières voyelles de l’aube.
Mes voyelles sont plus fortes
Que le remords qui nous vole l’énergie d’une vie merveilleuse
Et nous pousse à nous pendre.
Voyelles, transparence qui suivez la lumière,
Pourquoi oublions-nous de vous voir!

Trouver des voyelles claires
Doit donner sa couleur à chacun de nos jours.
Car nous avons le droit
Bonheur difficile
De braver le monde.
Comme des cailloux ronds je fais sauter mes premières voyelles
Et aujourd’hui encore je m’enfonce dans la foule.
Dans la foule on peut être seul et soi-même
Et seul, on peut aimer quelqu’un.
Comme les serments d’amour secrets
Que se font deux amants
Je cultive furtivement mes voyelles : ne pas les perdre
Est l’art que j’apprends.

(Kôichi lijima)

 

 

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Pigeon inerte sur le pavé (Ying Chen)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



 

Pigeon inerte
Sur le pavé où
Sonnent les pas habituels

(Ying Chen)

 

 

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Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout et que tous les Morts, gisent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
]e sentais – ramper — des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire —

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit —

Quand tout ce qui tictaque — stoppe —
Et que partout — bée l’espace —
Ou que l’Affreux gel — aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant —

Mais, surtout, le Chaos — Sans bornes — froid —
Sans une Chance, ou un espar —
Ni même l’Annonce d’une Terre —
Pour justifier – le Désespoir.

***

It was not Death, for I stood up,
And all the Dead lie down —
It was not Night for all the Bells
Put out their Tongues, for Noon.

It was not Frost, for on my Flesh
I felt Siroccos — crawl —
Nor Fire – for just my marble feet
Could keep a Chancel, cool —

And yet, it tasted like them all,
The Figures I have seen
Set orderly, for Burial
Reminded me, of mine —

As my life were shaven,
And fitted to a frame,
And could not breathe without a key,
And ’twas like Midnight, some —

When everything that ticked — has stopped —
And spaces stares — all around —
Or Grisly frosts — first Autumn morns,
Repeal the Beating Ground —-

But, most, like Chaos — Stopless — cool —
Without a Chance, or spar —
Or even a Report of Land —
To justify — Despair

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Où suis-je? (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



Où suis-je?
Je ne suis pas là.
Il y a de longs moments
où je ne suis pas là
des instants des heures des mois
des saisons des ans
parfois.
Je ne suis là pour personne
pas même moi
encore moins moi.

Où suis-je?
Dans le coeur d’une pomme
dans la main d’un ami
dans le bond d’un écureuil
dans le tonneau
ou dans le pain ?
Je ne suis là pour personne
pas même pour moi
et cela dure longtemps
trop longtemps.
Je suis triste je me cherche
je ne sais plus où j’habite
je ne vis plus dans mes empires
ou je m’oublie
ou je fais comme si
comme si de rien n’était
mais c’est gênant
d’être ainsi absent
à soi-même
sans que nul s’en doute.

Si je savais où j’étais
ah! comme je me rejoindrais
vite
n’importe où
n’importe quand
dans le rire d’un enfant
dans l’éclair d’une faux
dans le fond du temps
dans le tain du miroir
dans un jour de l’an Quarante
dans une joie d’hier
ou dans les flancs
de Mman.

C’est peut-être là
que je suis
quand je n’y suis pour personne
quand la vieille cloche de l’ancienne grille sonne
et que cela dure longtemps.

(Armand Lanoux)


Illustration: Gilbert Garcin

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Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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Chanson d’été (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Chanson d’été

Le soleil brûlant
Les fleurs qu’en allant
Tu cueilles,
Viens fuir son ardeur
Sous la profondeur
Des feuilles.

Cherchons les sentiers
A demi frayés
Où flotte,
Comme dans la mer,
Un demi-jour vert
De grotte.

Des halliers touffus
Un soupir confus
S’élève
Si doux qu’on dirait
Que c’est la forêt
Qui rêve…

Chante doucement ;
Dans mon coeur d’amant
J’adore
Entendre ta voix
Au calme du bois
Sonore.

L’oiseau, d’un élan,
Courbe, en s’envolant,
La branche
Sous l’ombrage obscur
La source au flot pur
S’épanche.

Viens t’asseoir au bord
Où les boutons d’or
Foisonnent…
Le vent sur les eaux
Heurte les roseaux
Qui sonnent.

Et demeure ainsi
Toute au doux souci
De plaire,
Une rose aux dents,
Et ton pied nu dans
L’eau claire.

(Albert Samain)

Illustration: Pascal Giroud

 

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CE SOUVENIR D’ELLE (Jean-François Agostini)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017




CE SOUVENIR D’ELLE

La cour aux teints criards se récréait sans joie Alors s’ouvrit le vent
Elle apparut sans fard écroulant de sa cyme les vagues alentours
Et son regard impie aux jades impénétrables incrusta d’un éclat
Mon être irrésolu Nous étions jeunes enfin et tout semblait passé
Elle m’emmena au loin sur son île aux seins bleus faner les immortelles
Et les chardons ardents que les souffles d’un grain distribuaient à la houle

Nous dérivâmes ainsi quelques secondes intimes au gré des hirondelles
Accompagnant ses pas et mes pas dans les siens effleurant les pavés
Conjuguèrent innocence et voyage incertain

Le temps des cours sonna elle rejoignit son rang je quittai le portique
Un frisson cadencé percutant mes iris Sur les fleuves étroits
Ceignant mes pans rebelles s’écoule infiniment ce vain souvenir d’Elle.

(Jean-François Agostini)

Illustration

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Le saut dans lequel on survole l’univers (Pascal Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017



 

Le saut dans lequel on survole l’univers brise les frontières
on monte jusqu’au plus haut des clôtures
on descend vers les lacs blancs au creux des vallées
tout s’élève et s’abaisse
on sait où aller en quête d’un nouvel amour
notre heure sonne à chaque instant
dans la soudaineté du tranchant

(Pascal Boulanger)

 Illustration: Henri Matisse

 

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Les amitiés (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



Les amitiés

Mes yeux sont fatigués de lire.
Mon cœur est triste et mon corps las.
J’attends quelqu’un qui ne vient pas…
J’aurais besoin d’un clair sourire.

J’écoute le vent froid bruire.
Une cloche sonne, là-bas.
Si j’entendais monter des pas !…
J’aurais tant de choses à dire !

Je pense aux chères amitiés,
Aux réconfortantes pitiés,
Aux regards, aux doux mots des femmes…

Elles seules savent guérir
Les langueurs des corps et des âmes,
Rien qu’à nous regarder souffrir…

(Albert Lozeau)

Illustration: Bernard Rolland

 

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Encore des lettres aujourd’hui (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



Encore des lettres aujourd’hui
toutes sortes de phrases
mêlées aux vôtres
Parfois je réponds et parfois non
C’est comme le téléphone
il sonne je le regarde sonner
il y a des jours
où je ne suis pas dans mon nom
pas dans mon sang pas dans mes yeux
des jours des semaines des mois
je laisse
les lettres parler le téléphone hurler
C’est une affaire de bon sens
Je ne peux répondre qu’en ma présence
Seulement voilà que faire
quand je n’y suis pas

(Christian Bobin)

 

 

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