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SONNET DE LASSITUDE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019




    
SONNET DE LASSITUDE

Je suis las d’être au gîte et suis las d’être errant,
Je suis las de mon masque et de mon vrai visage,
Je suis las d’être fou, je suis las d’être sage,
Je suis las d’être instruit, et las d’être ignorant.

Je suis las de déplaire et las d’être attirant,
Et las d’être fidèle et las d’être volage,
Je suis las d’être jeune et je suis las de l’âge,
Et je suis las de vivre et las d’être mourant.

Je suis las d’être moi, seul dans ma solitude,
Et las de mes pareils, las de leur lassitude;
Je suis las du hourrah, je suis las de l’hélas,

Las du temps qui recule et de l’heure indolente,
Las de la longueur longue et de la lenteur lente,
Las du lent, las du long, las du loin, las du las.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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SONNET DE LA JOCONDE RANIMÉE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019




    
SONNET DE LA JOCONDE RANIMÉE

Errant dans mon sommeil par cette galerie
Où de nuit et de jour sourit Mona Lisa,
Sur la bouche, soudain, de l’image chérie
D’un spontané transport ma bouche se posa.

Sa joue à mon toucher se fit tiède et fleurie;
A son front vint un feu, son regard s’attisa;
Un fin pleur remouilla sa paupière tarie;
Sa lèvre reprit musc, soufflant : « Dolce cosa!

« Ah! depuis cinq cents ans que, muette figure,
Je restais là figée en ma sèche peinture,
Sans que nul pour ma chair fit plus qu’un froid passant!

« Mais, en retour, prends-moi, toi qui crus à ma vie! »
Elle m’ouvrait les bras, à son cadre ravie.
L’étoffe s’abaissait sur son sein frémissant.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Sonnet pour éventail (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Sonnet pour éventail

Stupeur! Derrière moi, sans que j’aie existé,
Semant par l’infini les sphères vagabondes
En les renouvelant de leurs cendres fécondes,
A coulé lentement toute une éternité.

Jamais! Puis me voilà dans la nuit rejeté.
Tout est fini pour moi, cependant que les mondes,
L’autre éternité, vont continuer leurs rondes,
Aussi calmes qu’aux temps où je n’ai pas été.

Juste le temps de voir que tout est mal sur terre,
Que c’est en vain qu’on cherche un coeur à l’univers,
Qu’il faut se résigner à l’immense mystère,

Et que, sanglot perdu, lueur aux cieux déserts,
Pli qui fronce un instant sur l’infini des mers,
L’homme entre deux néants n’est qu’un jour de misère.

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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Quand j’écris le premier vers (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
quand j’écris le premier vers
j’ignore tout du deuxième
j’allais dire du second
voici déjà le quatrième

la quatrain c’est le second
il n’y a pas de troisième
les tercets bientôt viendront
si le courage m’entraîne

et je commence un tercet
mû par la nécessité
d’aller au bout du sonnet

au fond ce n’est pas chinois
n’importe qui a le choix
de pratiquer comme moi

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Sonnet de printemps (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Sonnet de printemps

Avril met aux buissons leurs robes de printemps
Et brode aux boutons d’or de fines collerettes,
La mouche d’eau sous l’oeil paisible des rainettes,
Patine en zig-zags fous aux moires des étangs.

Narguant d’un air frileux le souffle des autans
Le liseron s’enroule étoilé de clochettes
Aux volets peints en vert des blanches maisonnettes,
L’air caresse chargé de parfums excitants.

Tout aime, tout convie aux amoureuses fièvres,
Seul j’erre à travers tout le dégoût sur les lèvres.
Ah! l’Illusion morte, on devrait s’en aller.

Hélas! j’attends toujours toujours l’heure sereine,
Où pour la grande nuit dans un coffre de chêne,
Le Destin ce farceur voudra bien m’emballer.

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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L’indifférence (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Duy Huynh autumn

L’indifférence

Me rejoignit dans sa cape de neige
L’indifférence et je lui pris les mains.

Hiver, hiver, je ne sais rien de vous.
Ni les sonnets de Michel-Ange, ni
Les Vers Dorés qu’écrivit Pythagore
Ne charment plus ma mémoire infidèle.

Chantons, veux-tu, l’écoulement du temps,
Les vieux désirs quand tempêtes s’endorment,
Et la mosquée où tu connus l’exil,
Toi que l’Église avait déjà chassé.

Pétrarque ? Oubli. Ronsard, Apollinaire ?
Oublis. Tristesse, oubli des mots de l’autre.
Accomplis-moi, ma seule indifférence.

(Robert Sabatier)

Illustration: Duy Huynh 

 

 

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Que penseront de mon chapeau (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Que penseront de mon chapeau,
d’ici cent ans, les Polonais ?

Que diront de ma poésie
ceux qui n’ont pas touché mon sang ?

Comment mesure-t-on l’écume
qui glisse hâtive de la bière ?

Que fait une mouche en prison
si c’est un sonnet de Pétrarque ?

(Pablo Neruda)


Illustration: René Magritte

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Notre rencontre (Pierre Thiry)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Notre rencontre fut la plus belle des merveilles.
Mais je n’ose dire à personne qu’on se connaît.
J’y rêve dans le noir, puis j’en fais un sonnet.

(Pierre Thiry)

 

Recueil: Sansonnets un cygne à l’envers
Traduction:
Editions: BOOKS ON DEMAND

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COLLIER DE PERLES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Auguste Macke
    
COLLIER DE PERLES

Perles… rare collier… pures gouttes de pierre :
Sonnet… à son épaule apporte ta fraîcheur.
Je t’offre à cette femme. Et pourtant, plein d’ardeur,
Étrangle-la, Sonnet, si, ne daignant se taire,

Elle répond au scélérat cossu, prospère.
Sonnet, maudis-nous tous… si la fuit le bonheur.
Ses rêves, défends-les comme on défend la fleur.
Jette ton feu dès que se mouille sa paupière.

Tous mes pleurs sont pour elle. Oh! ne le dis jamais !
Elle en rirait. Tous les poèmes que je fais,
Mais ne le lui dis pas non plus, tous, sont pour elle.

Dans l’immense folie aboutit mon chemin.
Mais quand brille, à minuit, ta lumière si belle,
Sur ses cheveux, pour moi, dépose un baiser fin.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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J’écris (Pierre Thiry)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



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J’écris

J’écris parce que je sais pas
Compter, j’écris car je sais pas
Danser, j’écris car je sais pas
Chanter, j’écris car je sais pas

Jouer du piano des dix doigts
J’écris car j’ignore les lois
Car je sais pas scier du bois
Et j’ai cassé ma deux-cent-trois.

J’écris pour une île et sa crique
J’écris pour partir en Afrique
J’écris car j’ai peur des poneys.

J’écris car j’ai très peur de l’eau
J’écris car je suis dactylo
J’écris pour pondre des sonnets.

(Pierre Thiry)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Recueil: Sansonnets un cygne à l’envers
Traduction:
Editions:Books on Demand

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