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Posts Tagged ‘sonneur’

Le Sonneur (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Le Sonneur

Cependant que la cloche éveille sa voix claire
A l’air pur et profond du matin
Et passe sur l’enfant qui jette pour lui plaire
Un angélus parmi la lavande et le thym,

Le sonneur effleuré par l’oiseau qu’il éclaire,
Chevauchant tristement en geignant du latin
Sur la pierre qui tend la corde séculaire,
N’entend descendre à lui qu’un tintement lointain.

Je suis cet homme. Hélas! de la nuit désireuse,
J’ai beau tirer le câble à sonner l’Idéal,
De froids péchés s’ébat un plumage féal,

Et la voix ne me vient que par bribes et creuse !
Mais, un jour, fatigué d’avoir en vain tiré,
O Satan, j’ôterai la pierre et me pendrai.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration

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LE VILAIN GAS ! (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018




    
LE VILAIN GAS !

Ohé ! Là-bas,
Vous qui dansez en rondes claires,
Écoutez ça : c’était un pauvre gâs !

Au temps des contes de grand’mères,
C’était un rustaud si laid,
Si laid, si pauvre, et si bête
Que, pour danser dans les fêtes,
Nulle fille n’en voulait !

Ohé ! Là-bas,
Vous qui tournez par couples roses,
Écoutez ça : c’était un pauvre gâs !

Ses vingt ans murmuraient des choses
Et son cœur n’était point sourd.
Il en eut telle souffrance
Qu’il mourut, un soir de danses,
Au son des crincrins d’amour.

Ohé ! Là-bas,
Vous qui savez les baisers tendres,
Écoutez ça : c’était un pauvre gâs !

Le vieux sonneur alla descendre
Son méchant corps au tombeau.
Mais du froid cercueil de planches
Son cœur, au temps des pervenches,
Monta vers l’amour nouveau.

Ohé ! Là-bas,
Vous qui passez, les gais dimanches,
Écoutez ça : c’était un pauvre gâs !

Son âme prit corps de pervenche…
Et, comme une fille allait
Vers les danses coutumières,
Cueillit la fleur printanière
Pour la mettre à son corset…

Ohé ! Là-bas,
Vous qui tournez en rondes claires,
Écoutez ça : c’était un pauvre gâs !…

(Gaston Couté)

 

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MON FRÈRE L’OMBRE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



MON FRÈRE L’OMBRE

Avec ses souliers de pierre
Qu’il tenait à chaque main
Le portier du cimetière
A fait danser le chemin

Avec ses sabots de cendre
Sur les lèvres d’un amant
Le sonneur est venu prendre
Ce qu’il disait en dormant

L’absence aux souliers de feuilles
Donne son coeur pour toujours
Au seul galant qui la veuille
Le vent qui change les jours

La vieille aux souliers de paille
Hisse un fagot sur ses reins
Et dans une ombre à sa taille
Porte la lune à la main

La nuit tous les pas se mêlent
Ce qui nous mène est perdu
L’air est bleu de tourterelles
Le ciel le vent se sont tus

Et pareil à la colombe
Qui meurt sans toucher le sol
Entre l’absence et la tombe
L’oubli referme son vol

Mais il survit du murmure
Où tout se berce en mourant
L’amour des choses qui dure
Au coeur d’un mort qui m’attend

(Joë Bousquet)

Illustration: André Jolly

 

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L’un et l’autre, s’efface (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2017



Le sonneur se suspend, s’élance,
Perd pied contre le mur,
Et monte: on dirait un fruit mûr
Que la branche balance.

Une fille passe. Elle rit
De tout son frais visage:
L’hiver de ce noir paysage
A-t-il soudain fleuri?

Je vois briller encor sa face,
Quand elle prend le coin.
L’Angélus et sa jupe, au loin,
L’un et l’autre, s’efface.

(Paul-Jean Toulet)

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