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Poésie

Posts Tagged ‘s’opposer’

Passage du démon (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2019




    
Passage du démon

Au commencement
À l’Amour, s’oppose l’Orgueil
Moi!
Moi opposé à l’autre
L’Amour dit Oui!
L’Orgueil dit Non !
Non serviam.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les chants de la Merci suivi de Chants des Quatre-Temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES BOUTONS DE ROSE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Illustration: Cornelis van Haarlem
    
LES BOUTONS DE ROSE

Je vois deux boutons de rose
Près d’éclore sur ton sein;
Mon Eglé, permets que j’ose
Les caresser de ma main.
Eh quoi ! ta vigueur s’oppose
A mon amoureux dessein !

Mais ta résistance est vaine !
Tu veux me favoriser !
Je veux, ma belle inhumaine,
Les couvrir d’un long baiser…
Rends-toi, je suis hors d’haleine,
L’amour doit m’autoriser !

Je suis heureux, je les touche.
Oh ! moment tant souhaité !
Je vais y coller ma bouche
En dépit de ta fierté…
Ciel ! une épingle farouche
Trouble mon activité !

De mon mal, tu ris, mutine !
Mais je ne m’en fâche pas…
Même accident, j’imagine,
Serait moins rare ici-bas,
Si la rose sans épine
N’offrait que peu d’appas !

(Anonyme)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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PASSERELLES (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2018


 


Alla Chakir  7afb

 

PASSERELLES

D’un souffle sur les vitres
qui se ramifie,
se dissipe, la nuit entière,
tu recrées la confiance.

Si tendre, la paume,
les yeux grands ouverts,
aucun mur ne s’oppose
à l’aube, à l’odeur du large.

Ces fleurs qui tressaillent
entre des pierres :
qu’un mot te franchisse,
toi aussi tu es libre.

Plein été, tu dis «neige»,
ce sera «fruit », l’hiver,
le plaisir est le même
d’aller plus loin.

Le front toujours nu,
le vent des falaises,
peu importe où l’on va,
un enfant nous devance.

(Pierre Dhainaut)

Illustration: Alla Chakir

 

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LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS… (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS…

La douceur de l’angélus matinal et divin
que dispensent d’ingénues cloches provinciales,
dans l’air innocent, avec la force des pétales,
des prières, des visions virginales et des refrains

du rossignol, s’opposant en tout au rude destin
qui en Dieu ne croit pas… La pelote du jour en déclin
que le soir dévide derrière d’opaques cristaux
pour tisser d’une seule pièce l’étoffe de nos maux,

tout entiers faits de chair et parfumés de vin…
Et cette atroce amertume de n’avoir point de goût,
de ne pas savoir vers où diriger notre proue,

tandis que le pauvre esquif dans la nuit calfeutrée,
avance sur les vagues hostiles et de l’aurore privé…
(O cloches suaves, que l’aube fasse son entrée !)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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La douce Amie (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



Illustration: Josephine Wall
    
La douce Amie

Voilà ma douce amie : une grande Nature !
Souvent elle s’oppose à toute créature.
On peut donner son cœur : elle ne trahit pas.
Sur ces sentiers fleuris acheminez vos pas

Et sans vous retourner tendez les bras vers elle ;
Elle est toute splendeur — elle est toujours nouvelle.
Elle vit plus que vous. Les changeantes saisons
Étendent à vos yeux d’éternels horizons.

Si vous savez l’aimer même dans sa folie,
L’hiver, en la poudrant, vous la rendra jolie,
Mettra dans ses cheveux un blanc bouquet de fleurs.
Vous l’aimerez toujours… et même dans ses pleurs !

Soit que ses yeux profonds de bleus deviennent glauques,
Soit que des vents, soudain, passent en souffles rauques
Ou, qu’en murmure, un aquilon, un doux zéphyr
Viennent rider les eaux dormantes, de saphir…

(Bernard de Louvencourt)

 

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Le Moi doit jouer le rôle du zéro, dans une écriture du Tout (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



zéro [800x600]

Le Moi doit jouer le rôle du zéro,
dans une écriture du Tout
– Le non – moi = 1.

Ce sont des symboles essentiels qui permettent d’écrire.
Ce zéro est sous-entendu dans toute relation.
Le moi réduit à son être le plus général,
et indiscernable et unique
n’est plus que ce qui s’oppose à Tout,
– ce dont Tout à besoin pour être pensée ou écrit.
En dehors du tout, il a nécessairement ce qui constate, nomme, ce tout.
Ce Moi est la déficience du tout –

Or le contraire de tout c’est rien.
Il faut donc que ce Rien soit en quelque manière.
On ne peut pas le penser, mais on peut l’écrire.
On ne peut pas penser le Tout sans l’opposer à quelque chose.

[…]

Le zéro 4-4 est le même que le zéro 7-7.
Le zéro est donc obtenu d’une infinité de façons.
Il est le symbole de cette infinité

(Paul Valéry)

 

 

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ODELETTE (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2016



ODELETTE

Demain ce sera l’automne,
Hier c’était le printemps ;
La vie au pas monotone
Parcourt le cercle du temps.

L’hiver a l’été s’oppose.
Janvier passe comme fuit Avril,
Et l’on voit la rose
Fleurir quand est mort le gui.

Tout s’achève et recommence,
Meurt ni renaît tour à tour,
Car de joie et de souffrance
Est fait l’éternel amour !

Le ciel s’argente ou se cuivre,
Aube ou couchant radieux…
L’essentiel est de vivre
Sous le regard de vos yeux !

(Henri de Régnier)

 

 

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Les Moutons (Madame Deshouliéres)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015




Les Moutons

Hélas ! petits moutons que vous êtes heureux,
Vous paissez dans nos champs sans soucis, sans alarmes
Aussitôt aimés qu’amoureux,
On ne vous force point à répandre des larmes ;
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs ;
Dans vos tranquilles corps l’amour suit la nature ;
Sans ressentir ses maux vous avez ses plaisirs.
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous,
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux,
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède ;
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit ;
Et déchirer un coeur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit ;
Toujours impuissante et sévère,
Elle s’oppose à tout et ne surmonte rien.
Sous la garde de votre chien
Vous devez beaucoup moins redouter la colère
Des loups cruels et ravissants,
Que, sous l’autorité d’une telle chimère,
Nous ne devons craindre nos sens.
Ne vaudrait-il pas mieux vivre comme vous faites
Dans une douce oisiveté ?
songe,
Ces prétendus trésors, dont on fait vanité,
Valent moins que votre indolence :
Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ;
Par eux plus d’un remords nous ronge ;
Nous voulons les rendre éternels,
Sans songer qu’eux et nous passerons comme un
Il n’est, dans ce vaste univers,
Rien d’assuré, rien de solide ;
Des choses ici-bas la fortune décide
Selon ses caprices divers.
Tout l’effort de notre prudence
Ne peut nous dérober au moindre de tes coups.

(Madame Deshouliéres)

 

 

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LE MIROIR (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2015



LE MIROIR

Ville aveuglée à moins que ne la montre
A soi une rivière
Elle tire partage de l’eau
Et s’assied chez soi sur les berges
Un côté garde l’autre ils s’opposent et se voient
La rive se reflète en l’autre
Et chacune soi-même en le fleuve
Lui la dédouble et ainsi la redouble
Et permet qu’elle se connaisse

(Michel Deguy)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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« Instant» (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2015



 

… à l’endroit où nous étions arrêtés se trouvait justement une poterne.
« Regarde cette poterne, gnome, lui dis-je encore.
Elle a deux issues. Deux chemins se rejoignent ici ; nul ne les a suivis jusqu’au bout.
Cette longue route qui s’allonge derrière nous dure une éternité.

Et cette longue route qui s’étire devant nous, c’est une autre éternité.
Ces chemins se contrecarrent ; ils se heurtent du front,
et c’est ici, sous cette poterne, qu’ils se rencontrent.
Le nom de la poterne est inscrit au fronton: « Instant».

Mais si quelqu’un suivait l’une de ces routes, sans arrêt et jusqu’au bout,
crois-tu, gnome, que ces routes s’opposeraient toujours?
« Tout ce qui est droit est menteur, murmura le nain d’un ton méprisant.
Toute vérité est courbe, le temps lui-même est un cercle. »

«Esprit de Pesanteur, dis-je avec colère, ne prends pas tout ainsi à la légère,
ou je te laisse accroupi où tu es, pied-bot – et je t’ai pourtant porté haut!
Regarde, lui dis-je, cet instant.
A partir de cette poterne de l’instant une longue route,
une route éternelle s’étend en arrière de nous;

il y a une éternité derrière nous.
Tout ce qui de toutes choses est apte à courir n’a-t-il pas dû, nécessairement,
parcourir une fois cette route?
Tout ce qui peut arriver, entre toutes les choses, ne doit-il pas déjà être arrivé,
s’être accompli, être passé?

Et si tout ce qui est a déjà été, que penses-tu de cet instant, nain?
Cette poterne ne doit-elle pas aussi avoir déjà été?
Et toutes choses ne sont-elles pas si solidement enchevêtrées
que cet instant présent entraîne à sa suite toutes les choses futures?
Et lui-même aussi par conséquent ?

Car ce qui de toutes choses est apte à courir devra parcourir une fois encore
cette longue route qui s’éloigne devant nous!
Et cette lente araignée qui rampe au clair de lune,
et ce clair de lune et toi et moi sous cette poterne,
parlant à voix basse de choses éternelles
– ne faut-il pas, de toute nécessité, que les uns et les autres nous ayons déjà existé ?

Ne nous faudra-t-il pas revenir et parcourir cette autre route qui s’éloigne devant nous,
cette route longue et redoutable
– ne faut-il pas que tous nous revenions? »

(Frédéric Nietzsche)

Illustration

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