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Posts Tagged ‘sorcière’

LE PÉCHÉ (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



 

Le Vieux Moulin

LE PÉCHÉ

Sur sa butte que le vent gifle,
Il tourne et fauche et ronfle et siffle,
Le vieux moulin des péchés vieux
Et des forfaits astucieux.

Il geint des pieds jusqu’à la tête,
Sur fond d’orage et de tempête,
Lorsque l’automne et les nuages
Frôlent son toit de leurs voyages.

Sur la campagne abandonnée
Il apparaît une araignée
Colossale, tissant ses toiles
Jusqu’aux étoiles.

C’est le moulin des vieux péchés.

Qui l’écoute, parmi les routes,
Entend battre le coeur du diable,
Des sa carcasse insatiable.

Du travail d’ombre et de ténèbres
S’y fait, pendant les nuits funèbres
Quand la lune fendue
Gît 1à, sur le carreau de l’eau,
Comme une hostie atrocement mordue.

C’est
le moulin de la ruine
Qui moud le mal et le répand aux champs
Infini, comme une bruine.

Ceux qui sournoisement écornent
Le champ voisin en déplaçant les bornes ;
Ceux qui valets d’autrui, sèment l’ivraie
Au lieu de l’orge vraie ;
Ceux qui jettent les poisons verts dans l’eau
Où l’on amène le troupeau ;
Ceux qui, par les nuits seules,
En brasiers d’or font éclater les meules,
Tous passèrent par le moulin.

Encore :

Les vieux jeteurs de sorts et les sorcières
Que vont trouver les filles-mères ;
Ceux qui cachent dans les fourrés
Leurs ruts sinistrement vociférés ;
Ceux qui n’aiment la chair que si le sang
Gicle aux yeux, frais et luisant ;
Ceux qui s’entr’égorgent, à couteaux rouges,
Volets fermés, au fond des bouges ;
Ceux qui scrutent l’espace
Avec, au bout du poing, la mort pour tel qui passe,
Tous passèrent par le moulin.

Aussi :

Les vagabonds qui habitent des fosses
Avec leurs filles qu’ils engrossent ;
Les fous qui choisissent des bêtes
Pour assouvir leur rage et ses tempêtes ;
Les mendiants qui déterrent les mortes
Atrocement et les emportent ;
Les couples noirs, pervers et vieux,
Qui instruisent l’enfant à coucher entre eux deux ;
Tous passèrent par le moulin.

Tous sont venus, sournoisement,
Choisissant l’heure et le moment,
Avec leurs chiens et leurs brouettes,
Et leurs ânes et leurs charrettes ;
Tous sont venus, jeunes et vieux,
Pour emporter jusque chez eux
Le mauvais grain, coûte que coûte ;
Et quand ils sont redescendus
Par les sentes du haut talus,
Les grand’routes charriaient toutes
Infiniment, comme des veines,
Le sang du mal, parmi les plaines.

Et le moulin tournait au fond des soirs
La croix grande de ses bras noirs,
Avec des feux, comme des yeux,
Dans l’orbite de ses lucarnes
Dont les rayons gagnaient les loins.
Parfois, s’illuminaient des coins,
Là-bas, dans la campagne morne,
Et l’on voyait les porteurs gourds,
Ployant au faix des péchés lourds,
Hagards et las, buter de borne en borne.

(Emile Verhaeren)

 

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En rentrant cette nuit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Adrien Henri Tanoux (1) [1280x768]

 

En rentrant cette nuit
Je vous ai trouvée dans mon lit.
Je ne sais qui vous êtes
Mais mon logis est tout en fête
Depuis que je vous vois ici.

Refrain
Je tombe des nues
Qui êtes-vous belle inconnue
Rêveuse et nue
Et menue
Chez moi soyez la bienvenue.
Je tombe des nues
Par où êtes-vous venue
Belle inconnue
Ingénue
Par la cave ou par l’avenue?
Mais j’y pense
Sans offense
Seriez-vous ange au paradis
Ou sorcière
Sur terre
De son balai tombée ici ?
Vous tombez des nues
Par moi vous êtes retenue
Et maintenue
Obtenue
Chez moi soyez la bienvenue.

(Robert Desnos)

Illustration: Adrien Henri Tanoux

 

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Il pleut sur la bergère (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Il pleut sur la bergère
il pleut sur les moutons
j’entends la locotière
et j’entends les wagons

dans le fond du vallon
tout juste une prairie
j’aperçois un wagon
une locomotrie

il pleut sur la bergère
il pleut sur les wagons
c’est le progrès sorcière
la civilisation

(Raymond Queneau)


Illustration

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CONSEILS DONNES PAR UNE SORCIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    CONSEILS DONNES PAR UNE SORCIÈRE
(A voix basse, avec un air épouvanté, (à l’oreille du lecteur.)

Retenez-vous de rire
dans le petit matin!

N’écoutez pas les arbres
qui gardent les chemins!

Ne dites votre nom
à la terre endormie

qu’après minuit sonné!
A la neige, à la pluie

ne tendez pas la main!
N’ouvrez votre fenêtre

qu’aux petites planètes
que vous connaissez bien!
Confldence pour confidence :

vous qui venez me consulter,
méfiance, méfiance!
On ne sait pas ce qui peut arriver.

(Jean Tardieu)

 

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Conte d’amour (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Gabriel Bonmati _   71

Conte d’amour

Dans les jardins mouillés, parmi les vertes branches,
Scintille la splendeur des belles roses blanches.

La chenille striée et les noirs moucherons
Insultent vainement la neige de leurs fronts :
Car, lorsque vient la nuit traînant de larges voiles,
Que s’allument au ciel les premières étoiles,
Dans les berceaux fleuris, les larmes des lutins
Lavent toute souillure, et l’éclat des matins
Fait miroiter encor parmi les vertes branches
Le peplum virginal des belles roses blanches.

Ainsi, ma belle, bien qu’entre tes bras mutins
Je sente s’éveiller des désirs clandestins,
Bien que vienne parfois la sorcière hystérie
Me verser les poisons de sa bouche flétrie,
Quand j’ai lavé mes sens en tes yeux obsesseurs,
J’aime mieux de tes yeux les mystiques douceurs
Que l’irritant contour de tes fringantes hanches,
Et mon amour, absous de ses désirs pervers,
En moi s’épanouit comme les roses blanches
Qui s’ouvrent au matin parmi les arbres verts.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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La blanchisserie (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



La blanchisserie

Les inquisiteurs sont parmi nous.
Ils vivent dans les sous-sols des grands immeubles.
Et seule l’inscription BLANCHISSERIE trahit leur présence.
Des tables aux muscles marron bandés,
de puissants rouleaux qui écrasent lentement mais précisément,
une impitoyable courroie d’entraînement nous y attendent.
Les draps qu’on emporte de la blanchisserie
sont comme les corps exsangues des sorcières et des hérétiques.

(Zbigniew Herbert)

 

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Peintures noires de Goya (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



Illustration: Francisco Goya
    

Peintures noires de Goya

Noir
plus noir que noir
pupille de la peur

Génie
dans le feu sombre
danse
son ombre

Aimé par les démons
sans pitié

Chant sauvage
du cygne noir
sur le lac du sabbat des sorcières

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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La Porte du Soleil (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



La Porte du Soleil

Lorsqu’il faudra sortir du monde vert
que ce soit par la porte du soleil,
la gueule du lion, qui tourne et flambe
sur les parvis de sable,

que ce soit par des chemins de feu,
le rugissement et l’orage.

Laissons la terre aux larves, aux racines,
à la moiteur des naissances futures.

Laissons l’air qui nous trompa.
Dans le ciel où rôde la foudre
un ange bleu s’évapore.

Et que l’eau fume, la sorcière,
sur les laves incendiées.

Dans l’au-delà de la peur
règne un dieu nu
dont la mâchoire brûle.

(Jean Joubert)

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La Loreley (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



 

La Loreley
à Jean sève

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcelerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m’ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu’un autre te condamne tu m’as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j’en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu’il n’est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s’en alla

L’évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu’au couvent cette femme en démence

Va-t-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s’en allèrent sur la route tous les quatre
la Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j’irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s’en vient une nacelle
Et mon amant s’y tient il m’a vue il m’appelle

Mon coeur devient si doux c’est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

(Guillaume Apollinaire)

 
Illustration: Ferdinand Marternsteig
 

 

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Conseils donnés par une sorcière (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2016



Conseils donnés par une sorcière

(A voix basse, avec un air épouvanté, à l’oreille du lecteur.)

Retenez vous de rire
dans le petit matin !

N’écoutez pas les arbres
qui gardent les chemins

Ne dites votre nom
à la terre endormie
qu’après minuit sonné

A la neige, à la pluie
ne tendez pas la main

N’ouvrez votre fenêtre
qu’aux petites planètes
que vous connaissez bien

Confidence pour confidence
vous qui venez me consulter,
méfiance, méfiance !
On ne sait pas ce qui peut arriver.

(Jean Tardieu)

 

 

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