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Posts Tagged ‘sorti’

Je vous lâche (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018


 


 

fenetre -1

Je vous lâche

Je vous lâche
vous serez courageux.
Pour s’enfuir
il faut
être deux.
J’étais
seul.

Je suis sorti
pour
mes dernières courses.
Label 5
cigarettes
légères.
Il faisait beau
un enfant courait
rien n’aurait pu
l’arrêter.

La caissière
m’a regardé
derrière ses chiffres.
J’ai voulu
lui laisser
la monnaie.

J’ai ouvert la fenêtre
aérer
pour toujours
cette unique pièce

nous fumions
ensemble.

(Balbino)

 

 

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Sur deux jambes maigres (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel

    

Sur deux jambes maigres
Chaussée de petits souliers usés
Je suis sortie de mon enfance
Sans pitance
Ni baiser
Ni titre
Comme qui aurait à se confronter à ses rêves
Le lendemain.
Avec ce talon
J’enfonce un clou
Derrière la porte
Sur lequel j’accroche
Les clefs de mes rêves
Comme qui aurait à se confronter à son Dieu
Le lendemain.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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Qu’est-il arrivé ? (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



 

Illustration: René Magritte
    
Qu’est-il arrivé ? La pierre est sortie de la montagne.
Qui s’est éveillé ? Toi et moi.
Langue, langue. Étoile-sœur. Terre-voisine.
Plus pauvre. Ouverte. Natale.

Où ça allait ? Vers du sonne-encore.
Avec la pierre, avec nous deux.
Cœur et cœur. Trouvé trop lourd.
Devenir plus lourd. Être plus léger.

***

Was geschah ? Der Stein trat aus dem Berge.
Wer erwachte ? Du und ich.
Sprache, Sprache. Mit-Stern. Neben-Erde.
Ärmer. Offen. Heimatlich.

Wohin gings ? Gen Unverklungen.
Mit dem Stein gings, mit uns zwein.
Herz und Herz. Zu schwer befunden.
Schwerer werden. Leichter sein.

(Paul Celan)

 

Recueil: La Rose de personne
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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J’étais juste sorti un instant (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



 

j’étais juste sorti
un instant
et quand je suis
revenu
la terre
n’était plus là

(Henri Meschonnic)

Illustration: David Brayne

 

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Retouche à l’amour (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



Illustration: Alexis Becard 
    
retouche à l’amour

fleur neuve et de hasard
sortie des millénaires d’herbe
la main t’approche et tremble
laissant son double te cueillir
pour l’offrande au miroir

(Daniel Boulanger)

 

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À l’ombre de l’ombre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017



    

À l’ombre de l’ombre

Que déchirent à peine
Les cigales
aux ailes transparentes

La racine sortie de terre
à bout d’humus
Résonne encore
Aux brûlures
des plus hautes branches

L’heure muette cherchant ses mots

Tu es

l’attente

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Le bon Dieu, où est-Y? (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



-« Enfin, puisque c’est Sa demeure,
Le bon Dieu, où est-Y? »
-« Chut, me dit-elle: Il est sorti,
On ne sait à quelle heure. »

« Et de nous tous le plus calé,
Je dis: Satan lui-même,
Ne sait en ce désordre extrême
Où diable Il est allé. »

(Paul-Jean Toulet)

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Sitôt sorti (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2017



Sitôt sorti, le dedans se « dehorsise ».
La mie s’encroûte de sa nuageuse apparence.
Même l’interne densité de la pierre brisée en deux
s’efface de la face qu’elle présente.
Toujours l’intérieur se réfugie hors d’atteinte,
dans un ailleurs absolument extérieur
bien qu’il soit au coeur (bondissant) des choses.

(Laurent Albarracin)

 

 

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Je suis sortie de la vase des marais (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



vassili-poukirev-mariee

je suis sortie de la vase des marais
algue, prêle, saules,
vert chéri, grenouilles
et oiseaux criards

pour la voir mariée dans le riche
riche silence de l’église,
la petite esclave blanche
sous ses frondes de diamants.

Sous la voûte et dans la nef
s’amasse le secret du satin.
Unis pour la vie au service
de l’argent. Possédée.

***

I rose from marsh mud,
algae, equisetum, willows,
sweet green, noisy
birds and frogs

to see her wed in the rich
rich silence of the church,
the little white slave-girl
in her diamond fronds.

In aisle and arch
the satin secret collects.
United for life to serve
silver. Possessed.

(Lorine Niedecker)

 Illustration: Vassili Poukirev

 

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POÈMES, UN PREMIER TESTAMENT (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



 

POÈMES, UN PREMIER TESTAMENT

J’ai dit «pomme» à la pomme ; elle m’a dit « mensonge» ;
Et « vautour » au vautour qui n’a pas répondu.
Dans mon livre, le soir, la comète s’allonge,
Et l’amour n’est amour que douze fois relu.

Mon corps est, lui aussi, un livre qu’il faut lire,
Puisqu’on lit un genou comme on lit l’horizon.
Vivre ou écrire, écrire ou vivre ? Je soupire :
Dans le verbe ma chair a trouvé sa raison.

Il est si roux, le mois d’octobre entre les pages ;
Il est si vert, le mois d’avril, à peine âgé
D’un mot qui dit l’amour, d’un mot qui fait l’image ;
Il est si gris, le mois qu’il me faut corriger.

Un agneau tout à l’heure est sorti de mon verbe ;
Il a fait quelques pas dans le ciel de l’été.
Mon agneau si verbal, vas-tu brouter mon herbe,
Verbale comme toi : je viens de l’inventer ?

Qui parle à mon poème ? Il est triste et fragile.
Quand je lui dis bonjour, il se croit supplicié,
Congédie son aurore et déchire ses îles
Pour vivre de silence ; il est mon seul sorcier.

Qui parle à mon amour ? Il se veut impudique.
Le vice est beau, mon livre, et c’est moi qui te mords !
Où commence la chair ? Où finit la musique ?
Je sais que la parole est toujours un remords.

S’il faut que le poème écrive son poète,
Dis-moi, mon livre, est-ce de toi que je suis né ?
Quelle page a prévu ma naissance indiscrète
Et prédit mille fois : « Tu seras condamné » ?

(Alain Bosquet)

Illustration: Silvia Vassileva

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