Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sortilège’

Inscriptions champêtres (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Inscriptions champêtres

Printemps, ô frêle et bleue anémone,
Dans la langueur pâle de tes yeux clairs
L’amour a mis son âme éphémère,
Mais le vent passe et tu frissonnes.

Eté, quand l’orgueil des roseaux sur la rive
Marque le cours du fleuve vers la mer, le soir
On voit dans l’eau des ombres se coucher pensives :
Lents et doux, les bœufs s’en vont à l’abreuvoir.

Automne, il pleut des feuilles, il pleut des âmes,
Il pleut des âmes mortes d’amour, les femmes
Contemplent l’occident avec mélancolie,
Les arbres font dans l’air de grands gestes d’oubli.

Hiver, femme aux yeux verts tombés sous le linceul des neiges,
Tes cheveux sont poudrés de gel, d’amertume et de sel,
O momie, et ton cœur vaincu, docile aux sortilèges,
Dort, escarboucle triste, au fond de ta chair immortelle.

(Remy de Gourmont)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Le démoniaque (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Le démoniaque

Ai-je sucé les sucs d’innommés magistères ?
Quel succube au pied bot m’a-t-il donc envoûté ?
Oh ! Ne l’être plus, oh ! Ne l’avoir pas été !
Suc maléfique, ô magistères délétères !

Point d’holocauste offert sur les autels des Tyrs,
Point d’âpres cauchemars, d’affres épileptiques !
Seuls les rêves pareils aux ciels clairs des tryptiques,
Seuls les désirs nimbés du halo des martyrs !

Qui me rendra jamais l’hermine primitive,
Et le lis virginal, et la sainte forêt
Où, dans le chant des luths, Viviane apparaît
Versant les philtres de sa lèvre fugitive !

Hélas ! Hélas ! Au fond de l’Erèbe épaissi,
J’entends râler mon coeur criblé comme une cible.
Viendra-t-on te briser, sortilège invincible ? –
Hâte-toi, hâte-toi, bon Devin, car voici

Que l’automne se met à secouer les roses,
Et que les jours rieurs s’effacent au lointain,
Et qu’il va s’éteignant le suave matin :
Et demain, c’est trop tard pour les métamorphoses !

(Jean Moréas)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mais moi, vapeur, forme de neige, souffle (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



Mais moi, vapeur, forme de neige,
souffle de soi-même excédé,
Vais-je rompre le sortilège
de ma vaine mobilité?
J’étais aveugle – on me délivre –
Sourde – je découvre ma voix
mes yeux, pour la première fois,
savent l’envol d’un insecte ivre.

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE SENS DE LA MARCHE (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2022



    

LE SENS DE LA MARCHE

Qu’il le veuille ou non
L’horizon m’accompagne
C’est une chimère en chemin
Une rumeur sourde qui secoue les lointains
Une manière de lâchez-tout
De providence accidentelle
À hauteur des yeux et des tempes

Là-bas est un autre
Là-bas est un être de chair et de vent
Que j identifie à merveille
Dans le sens de la marche
Un sortilège de sables mouvants
Une vue de l’esprit dans un mouvement
Qui se conjugue au futur intérieur

Au futur infaillible

(André Velter)

Recueil: Avec un peu plus de ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Neige sur Vénus (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020



 

vue-dartiste-de-la-surface-vénusienne

Neige sur Vénus

Il a neigé toute la nuit
Sur Vénus dont les prairies bleues
Ce matin sont ensevelies
Sous un duvet rose et soyeux.

Car sur Vénus la neige est rose
Avec de petits filets d’or
Et ses flocons, lorsqu’ils se posent,
Tremblent comme un oiseau qui dort.

Qu’il serait doux de voir ici
Un oiseau marcher sur la neige
Ou, quittant d’un vol vif son nid,
Fendre ce rose sortilège!

Mais tout est silence et repos
Sur la planète aux bleues prairies:
Pas d’arbres, de nids, nul oiseau,
Rien qui ressemble à de la vie.

Il neige rose et or sans trêve
Et c’est un spectacle si beau
Qu’il faut bien que quelqu’un, en rêve,
Contemple ou peigne ce tableau.

(Marc Alyn)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

MAINS (Moshe Broderson)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Auguste Rodin
    
MAINS
D’après une sculpture de Rodin

Vous avez des mains de silence et de douleurs, si douces,
Des doigts tout droit tendus comme des menorah,
Chaque ongle est de nacre, une flamme rose,
Chacun recèle un sortilège.
Un secret du Seigneur,
Une marque de sa bonté.
J’étreins le coeur chantant alleluia
Du proche inconnu, du lointain bonheur,
J’endors les mains aimées si douces caressantes
Moi tout à coup devin du secret des secrets.

(Moshe Broderson)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu te rappelleras ce ravin capricieux (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



 

Tu te rappelleras ce ravin capricieux,
c’est là que palpitaient les arômes grimpants,
de temps en temps passait un oiseau revêtu
de lenteur et de pluie : son costume d’hiver.

Tu te rappelleras les présents de la terre :
l’irascible parfum, avec la fange d’or,
les herbes du buisson et les folles racines,
sortilège d’épine et pareil à l’épée.

Tu te rappelleras le bouquet apporté
par toi, bouquet fait d’ombre et d’eau et de silence,
bouquet pareil à la pierre entourée d’écume.

Ce fut alors comme jamais, comme toujours :
nous partons tous les deux vers le lieu sans attente
pour y trouver tout ce qui est en train d’attendre.

***

Recordarás aquella quebrada caprichosa
a donde los aromas palpitantes treparon,
de cuando en cuando un pájaro vestido
con agua y lentitud : traje de invierno.

Recordarás los dones de la tierra :
irascible fragancia, barro de oro,
hierbas del matorral, locas raíces,
sortílegas espinas como espadas.

Recordarás el ramo que trajiste,
ramo de sombra y aguas con silencio,
ramo corno una piedra con espuma.

Y aquella vez fue como nunca y siempre :
vamos allí donde no espera nada
y hallamos todo lo que está esperando.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sans humains (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



 

    
Sans humains

Château de nuées ensorcelé dans lequel nous dérivons…
Qui sait si nous n’avons pas déjà traversé ainsi
de nombreux cieux les yeux vitreux ?
Nous, bannis dans le temps
et expulsés de l’espace,
nous, aéronautes de la nuit sans fond.

Qui sait si nous n’avons pas déjà volé autour de Dieu
et, parce que nous tirions nos flèches d’écume sans le voir
en continuant de projeter notre semence
pour nous perpétuer en des lignées humaines toujours
plus obscures,
maintenant ne dérivons coupables ?

Qui sait si, depuis longtemps déjà, lentement nous ne mourons ?
Le bal de nuages avec nous aspire à s’élever toujours plus haut.
L’air raréfié aujourd’hui engourdit déjà nos mains,
et quand la voix se brisera et que notre souffle s’arrêtera… ?

Le sortilège se maintient-il dans les derniers instants ?

***

Menschenlos

Verwunschnes Wolkenschloß, in dem wir treiben…
Wer weiß, ob wir nicht schon durch viele Himmel
so ziehen mit verglasten Augen?
Wir, in die Zeit verbannt
und aus dem Raum gestoßen,
wir, Flieger durch die Nacht und Bodenlose.

Wer weiß, ob wir nicht schon um Gott geflogen,
weil wir pfeilschnell schäumten, ohne ihn zu sehen
und unsre Samen weiterschleuderten,
um in noch dunkleren Geschlechtern fortzuleben,
jetzt schuldhaft treiben?

Wer weiß, ob wir nicht lange, lang schon sterben?
Der Wolkenball mit uns strebt immer höyer.
Die dünne Luft lähmt heute schon die Hände.
Und wenn die Stimme bricht und unser Atem steht?

Bleibt die Verwunschenheit für letzte Augenblicke?

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pluie (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Pluie

Sur Lima… Sur Lima tombe
la pluie sale d’une douleur
ô combien meurtrière. Elle tombe
du larmier de ton amour.

Ne joue pas l’endormie,
souviens-toi de ton trouvère ;
car je comprends bien… je comprends
l’humaine équation de ton amour.

Résonne dans la flûte mystique
la gemme tempétueuse et fausse,
le sortilège de ton « oui ».

Mais tombe, tombe l’averse
sur le cercueil de mon sentier,
où pour toi je me consume jusqu’aux os…

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :