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Poésie

Posts Tagged ‘souder’

La musique (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018




    
La musique dissout la pesanteur de l’homme,
éclaire la maison des signes,
accélère les corrélations du coeur,
perfore les rêves et soude les morceaux détachés de l’éternité,
signalant à la fois que celle-ci n’est pas une seule.

Les mots sont une partie mystérieuse de cette musique,
à laquelle ils incorporent les subtiles métamorphoses musicales du sens jumelées au silence,
qui recueille les vaet-vient de l’occulte et allume les coïncidences du réel,
comme s’il rapprochait la flamme des cierges éteints
et toujours disponibles d’un candélabre aux bras infinis.

La poésie multiplie la musique et, en le faisant,
parfait d’une certaine manière le langage expectant de la réalité.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Dans chaque petite table (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2018




    
dans chaque petite table
quelqu’un soudé par son étonnement
à la chute de l’instant

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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Briser aussi les mots (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Briser aussi les mots,
comme s’ils étaient des alibis face à l’abîme
ou des cristaux trompés
par une conspiration de la lumière et de l’ombre.

Puis parler avec les fragments,
avec des morceaux de mots,
puisqu’il n’a servi de rien ou presque
de parler avec les mots entiers.

Reconquérir le balbutiement oublié
qui répondait à l’origine aux choses
et laisser les fragments s’assembler tout seuls,
comme se soudent les os,
comme se soudent les ruines.

Parfois l’épars précède l’entier,
les parties d’une chose précèdent la chose.
L’apprentissage de l’unité
est encore plus humble et incertain
qu’on ne le soupçonne.
La vérité est aussi peu sûre
que sa négation.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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En attendant une femme près d’une statue de femme (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



En attendant une femme près d’une statue de femme

Je rêve d’une femme, ah, qu’elle est sensuelle!
Brûlantes, ses si belles mains
Labourent mes cheveux et me soudent contre elle.

Femme à la peau qui luit dans le jour en déclin
Comme cette autre: la statue,
Que la lune salue de son rayon si fin.

Sa lèvre veut s’offrir comme celle, ingénue,
De pierre… offrant à la lueur,
A la lune en émoi, sa belle forme nue.

Sainte et lointaine femme au baiser enchanteur!
Sainte bouche enflammant ma bouche
Et s’y collant comme une pieuvre avec fureur!

Son parfum flotte, épais, m’étouffe sur sa couche,
Et mon cœur tremble en l’adorant
Tel un palmier haut et touffu que le vent touche.

Je montre la statue. Elle se met devant.
0 toi, statue incandescente,
Tu changerais la lune en un baiser fervent.

Près de toi, j’imagine une femme vivante.
Que la statue est froide! Oui, mais…
Ses seins luisants et fiers, dans ma bouche béante…

Amplement, je les mets.

(Attila Jozsef)


Illustration

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La fleur est rouge (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



 

La fleur est rouge, perchée
où les racines se fendent, dans l’anfractuosité
d’une tour, suçant sa maigre pitance,
et retenant le sortilège
qui soude le pas au mot
et lie la langue à ses fautes.
La fleur sera rouge
quand le premier mot déchirera la page,
s’épanouira dans la fange, prendra la couleur
d’un bec blessé, quand le moineau
sera taché de sang, et s’envolera d’une terre
unique dans la cloche.

(Paul Auster)

Illustration: Eliza K Thomas

 

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (VI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017



Illustration: Richard Mauch
    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (VI)

Loin des villages caillés, loin des routes
qui courent voir le soleil se lever sur les usines,
nous descendons dans l’été
comme au fond d’une cloche sous-marine.

Avec le coeur remonté jusqu’à la mort,
nous laissons le ciel se souder à nos yeux.
Je tiens ton visage dans ma main ouverte
comme s’il était ma seule richesse.

Ton regard, lourd de cils, est si mince et si long
qu’il est facile à ma vie d’en faire son horizon.
Avec tout le poids de l’espace sur la nuque,
tu viens, d’un seul baiser, te délivrer sur ma bouche.

Il nous faudra des années
pour revoir l’oiseau de clarté
qui se jetait chaque matin dans la vitre
et qu’on retrouvait, tué, le soir en plein miroir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La Terre est à jamais fermée sous mes pas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
La Terre est à jamais fermée sous mes pas
avec autour d’eux le désir insensé des moissons.
Je ne suis en vie que dans la nuit d’une chambre
située à n’importe quel étage du monde.

Des mots que je ne peux, que je ne sais pas dire,
des visages mal remplis par le souvenir que j’en ai
m’abordent avec l’insistance du feu
qui fait se lever et se coucher chaque jour.

Je passerai toute ma vie à chercher
les mots qui ont soudé mon visage au tien.
Mon front à peine haut comme la main
contient le ciel qui tombe de toutes parts.

Le désir est un souffle chaud qui m’accable
et se plaque contre moi comme le vent :
il ne reste pas sous ma peau une goutte de sang
qui ne vienne, mal éclairée, à sa rencontre.

Le désir est en moi, englué dans ma chair,
comme une forêt l’est en pleine terre.
C’est lui qui me force à crier mon chant de vie
quand la mort bat plus fort que mon coeur
et qu’elle est déjà couchée sur moi, front contre front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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APPASSIONNATO (G. Sincère)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Nicole Roggeman
    
APPASSIONNATO

M’étendre sur la couche
Et me griser
Du parfum de ta bouche,
De ton baiser.

Panteler de tes fièvres
Dans tes bras blancs,
Et souder à mes lèvres
Tes yeux troublants.

Oublier ce que coûte
Une douleur,
En te respirant toute
Comme une fleur.

Oublier dans ce rêve
D’or et d’azur,
La faute lourde et brève
D’un soir impur…

Oublier les contraintes
Du monde pour
Ne songer qu’aux étreintes
De ton amour !

(G. Sincère)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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De noirs galops serrés déterrent vos empreintes (Pierre-Alain Tâche)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



De noirs galops serrés déterrent vos empreintes
et comme un taureau bien armé
qui gagne d’invisibles tours
des lieux sûrs
vous méditez de grands essors simultanés

Le corps rompu des horizons palpite
La foudre fend le socle des collines
et ceux que vainc l’aube tranchante et brève
la cire étanche leur ouïe
et le cachet d’une ombre infiniment plus grande
soude leurs cils

(Pierre-Alain Tâche)

 

 

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