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Poésie

Posts Tagged ‘souffler’

Je regarde (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




    
— Je regarde,
je te regarde,
je regarde ton corps,

Je cherche à savoir
pourquoi et comment,
présent ou absent,
il irradie ma pensée,
mon sang et mes rêves,

Pourquoi, envahisseur accueilli,
il occupe mon corps,
mes émotions, mes gestes,
pourquoi et comment,
il m’a fait naître
une seconde fois,

Né de ton corps choisi,
mon corps se transfigure,
Je regarde ton corps,
non pas comme je regarde la mer,
ses nuances, du gris sombre
au bleu translucide,
dont je goûte la fraîcheur, la saveur,
dont je suis le flux et le reflux,
Non, je regarde ton corps,
comme je ressens le vent,
réel car invisible,
qui rafraîchit mon visage,
dessèche ma peau,
fait trembler les feuilles,
fait voler les oiseaux,
qui, s’il s’emporte,
abat qui lui résiste,
siffle, souffle, s’apaise,
est présent, actif, toujours,
sait aussi être discret,
imperceptible presque,
au point de n’être plus
que l’idée du vent,

Je regarde,
je te regarde,
je regarde ton corps,
je lui confie le mien,
je lui confie la maîtrise
de mon désir de vivre,
le pouvoir ultime,
de ma mise à mort ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Les voix de l’air (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Les voix de l’air

Survient alors cet instant rare
Où sans que je sache bien pourquoi
Les petites voix qui sont dans l’air
Résonnent par-dessus vent et mer.
Vent et mer alors s’inclinent,
Soupirant en doubles croches
De contrebasse, heureux de donner l’accompagnement
Aux gorges frêles d’un accord bourdonnant.
Ces gorges frêles qui chantent et montent
Dans la lumière avec une grâce légère
Et comme une douce et magique surprise
De s’entendre et se reconnaître telles ?
Ces petites voix: l’abeille, la mouche,
La feuille qui tape, la cosse qui claque,
La brise qui souffle sur l’herbe penchée,
Le passage sifflant de l’insecte.

***

Voices of the air

But then there comes that moment rare
When, for no cause that I can find,
The little voices of the air
Sound above all the sea and wind.
The sea and wind do then obey
And sighing, sighing double notes
Of double basses, content to play
A droning chord for little throats —
The little throats that sing and rise
Up into the light with lovely ease
And a kind of magical, sweet surprise
To hear and know themselves for these —
For these little voices : the bee, the fly,
The leaf that taps, the pod that breaks,
The breeze on the grass-tops bending by,
The shrill quick sound that the insect makes.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Michael Rothman

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Passé les dunes (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2017



Passé les dunes, la pente abrupte
mène vers la mer. La perspective se modifie
légèrement, les nuages et les galets
se fondent, le vent s’éparpille sur la peau
et si l’on porte à l’oreille un coquillage
on entend murmurer chaque souvenir
laissé là, enfoui sous les marées.
Alors le Derviche, avec l’écume, avec le sable
pénètre la mesure
– l’univers, le rien –
souffle comme il danse :
secoue les draps de l’âme.

(Hélène Dorion)

Illustration

 

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L’orbite elliptique (Auguste Bonel)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



L’orbite elliptique
est interceptée
par le brûlant ballet des sauterelles
qui du frétillement de leurs pattes
accordent la harpe de l’espace
en y soufflant l’ondulation du sable mouvant
d’innombrables petites parcelles de prisme
et de bleu-miroirs délimitent
leur expansion de sel
à la coupe de la ciguë

(Auguste Bonel)

Illustration

 

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Le Père Noël existe (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017




Le Père Noël existe

A Melbourne en décembre
on souffle on brûle
on fait des pâtés devant la mer on folâtre
nu et loin de l’âtre.
Les enfants lapons voudraient un Père Noël noir
C’est lassant la neige du bout au bout de l’an.
Ils ont écrit jusqu’en Afrique
et dans l’autre Amérique.
Mais les nègres gardent le leur
un gentleman de couleur
qu’ils appellent Saint-Béni
à Bogota
Colombie
au son des sambas.

Les Noëls de Paris
ont les yeux gris.
Les Noëls de ma vie
se font des cheveux gris.
Si j’avais su
je n’aurais pas grandi.
Serais resté petit.

(Armand Lanoux)


Illustration

C’est VRAI!! je l’ai VU!!  

cf: https://arbreaphotos.wordpress.com/2016/12/21/19122016-au-23122016-22-center-parcs-de-normandie-les-bois-francs-rando-aller-retour-vers-verneuil-sur-arve-25-kms/

Allez!!
POUR L’AMBIANCE! 🙂

 

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Intolérable jour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration
    
Intolérable jour.
Changer le sang contre de l’eau.

Les moissons crient le long des routes
où la poussière taille ses aveuglants manteaux,
chair répandue,
pavots vifs des chars.

Le soleil envolé
tire l’eau de nos puits
et les ruisseaux se taisent sous les joncs fascinés.

Le désir est déjà dans la proie convoitée
que la sueur habille
souffle dans les coeurs noirs et le sang plus épais
son espoir d’étincelle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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En rêvant la mort (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Odilon Redon
    
En rêvant la mort

Comme la blanche rose
Dont le nimbe dans le noir se dérobe au regard;
Comme le blanc désir
Devant l’amour déchu se lève invisible;
Comme la blanche flamme
Qui en souffle toujours change les mensonges du corps,
Dans la nuit silencieuse ou le jour solitaire
Tu passes, ombre éternelle,
Un doigt sur les lèvres.

Tu es ce blanc nuage qui déjà, s’ourlant d’or,
D’un dieu est devenu l’aile transparente;
Ce blanc coteau, ces vallons
Que veillent les peupliers, verts lévriers mystiques;
Tu passes sur la blanche figure des hommes,
Oubliés toute leur vie entre rêve et folie;
Partout tu te glisses, ombre énigmatique,
Et posément évoques,
Telle une eau, cette fièvre de la vie.

Lorsque je vois la blanche jeunesse abattue,
Tachée et brisée entre les heures grises;
Lorsque je vois la blanche vérité trahie
Par des mains ambitieuses et des bouches éloquentes;
Lorsque je sens la blanche inspiration perdue
Par tant de siècles cruels passés dans la douleur,
Je ne crois plus qu’en toi, ombre vaste,
Par delà les sombres myrtes de ton portique,
Unique et claire réalité du monde.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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LE DRAGON DOUX (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE DRAGON DOUX

Un serpent de mer arrive à bon port
il rencontre des journalistes
il leur explique quel est son sort
et pourquoi il se sent si triste
et d’où vient le fait qu’il existe

Au bout de peu de temps on se familiarise
on l’appelle par son petit nom
les femmes veulent lui faire des bises
un chasseur prépare du petit plomb

Quand il parle maintenant on ricane
plus question de lui à la télévision
on lui reproche d’obstruer la porte océane
ce qui amène de nombreuses protestations

Alors il retourne vers sa solitude marine
avant qu’on ne lui fasse un mauvais sort
s’il avait soufflé un peu de feu par les narines
peut-être aurait-il trouvé un plus accueillant port

(Raymond Queneau)

 

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Fils d’argent (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Ruskin Spear
    
Fils d’argent, tourbillonnez,
Petits glaçons d’étoiles, voguez,
Tourbillons neigeux, soufflez!

Dans le coeur — soucis légers,
Dans le ciel — chemins d’étoiles
Et palais de neige-argent.

Songes des vents clair-serpentins,
Chants des tourbillons clair-ondulés,
Des yeux de vierge enchanteresse.

Deux ou trois chagrins
Lointains,
Les obscures tables de lois
De la Terre.
Et des navires abandonnés
Au loin.
Et au-delà du cap,
Des voiles.
Et par-dessus la mer,
Des voix.

Et se répand entre les mondes,
Sur les festins oubliés —
La coupe de la nuit ardente,
La coupe pleine de vin sombre

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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AUTOMNE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




    

AUTOMNE

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
À sept ans comme il faisait bon
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

Ô temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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