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AU VIN (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
AU VIN

Dans son mètre d’airain l’Iliade te nomme
Et t’exalte, noir vin joyeux au cœur de l’homme.

Depuis l’aube des temps tu vas de main en main
Et du rhyton grec à la corne du Germain.

Tel le fleuve des jours et des nuits, tu déploies
Ton beau cours acclamé des amis et des joies.

Toujours l’homme le long des générations
Trouva sur son chemin ta flamme et tes lions,

Et ta fluence patriarcale et profonde
Fleurit de ses présents la mémoire du monde.

Tu donnes leur envol aux strophes des soufis
Qui te surnomment fleur, cimeterre et rubis.

Dans ton cristal vivant le saint autel adore
Le sang du Christ en une rouge métaphore.

Sésame dont le nom m’ouvre d’antiques nuits,
Dans la ténèbre offrande et feu qui me conduis,

Sois pour d’autres l’oubli qui signe la défaite;
Je te veux la ferveur, le partage et la fête.

T’appellerai-je un jour, vin du rouge péril
Ou de la mutuelle amour? Ainsi soit-il.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Parfois (Echrefoghlou Roumi)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Parfois je tombe dans les mers, vague furieuse je déborde
Je tombe aux mains des ignorants qui m’achètent à bas prix

Parfois je monte vers les cieux et je vire avec le destin
Parfois je m’enfle avec la lune, parfois je tourne avec le soleil

Parfois je monte à l’Arafat, je dis «Me voici», je me découvre
Parfois je remplace la victime et, bélier, je me laisse immoler

Parfois je suis soufi au couvent, parfois pécheur à la taverne
Parfois dans la ronde je tourne, parfois je suis le saz dont on joue

Parfois prudent, parfois impétueux je me mêle à la foule
Parfois seigneur, parfois faucon royal je chasse et me fais chasser

Parfois océan, parfois lac, parfois Sultan, parfois esclave,
Parfois printemps, parfois rose de main en main je m’effeuille

Il n’y a ni relais ni arrêt, ni corps ni être humain
A part Dieu en somme il n’y a rien, alors où donc est-ce que je tourne ?

Ceux qui ont le mal d’amour, qu’ils viennent, je les panserai
Ils boiront le breuvage d’amour, ils auront nouvelle de l’ami

Ils ouvriront leur oeil caché et verront leur moi véritable
Je tournerai leur face vers l’ami, je leur rendrai le monde importun

J’éteindrai le feu de leur être, je romprai le talisman de leurs digues
J’enlèverai les barrières de leur moi, pour cet ami je les harnacherai

Ces coeurs devenus de pierre je les casserai avec la masse d’amour
Je ferai couler l’eau de la vie qui sera source dans leur coeur

J’ai vu l’ami et suis venu, mon tour accompli je suis venu
L’ami aux amis a dit de venir, je suis venu apporter la nouvelle.

(Echrefoghlou Roumi)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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