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Poésie

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Comment m’appeler ? (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: pierres qui roulent

    

Comment m’appeler ?

Arbre je fus un jour et attaché,
puis oiseau m’échappai, libre comme l’air,
dans un fossé trouvé enchaîné,
un œuf souillé en se brisant brisa mes fers.

Comment me garder? J’ai oublié
d’où je viens et où je vais,
de tant de corps suis possédé,
un piquant résistant et un chevreuil en fuite.

Ami aujourd’hui des branches d’érable,
demain sur le tronc je porte la main…
Quand la faute commença-t-elle sa ronde infernale
me menant de semence en semence sans fin ?

Mais en moi chante encore un commencement
– ou bien une fin – et combat ma fuite,
je veux échapper à cette faute, à sa flèche
qui en grain de sable ou canard sauvage me cherche.

Peut-être puis-je un jour me reconnaître
une colombe une pierre qui roule… Manque
un mot seulement ! Comment m’appeler
sans être dans une autre langue ?

***

Wie soll ich mich nennen?

Einmal war ich ein Baum und gebunden,
dann entschlüpft ich als Vogel und war frei,
in einen Graben gefesselt gefunden,
entließ mich berstend ein schmutziges Ei.

Wie hait ich mich? Ich habe vergessen,
woher ich komme und wohin ich geh,
ich bin von vielen Leibern besessen,
ein harter Dom und ein flüchtendes Reh.

Freund bin ich heute den Ahornzweigen,
morgen vergehe ich mich an dem Stamm…
Wann begann die Schuld ihren Reigen,
mit dem ich von Samen zu Samen schwamm?

Aber in mir singt noch ein Beginnen
— oder ein Enden — und wehrt meiner Flucht,
ich will dem Pfeil dieser Schuld entrinnen,
der mich in Sandkorn und Wildente sucht.

Vielleicht kann ich mich einmal erkennen,
eine Taube einen rollenden Stein…
Ein Wort nur fehlt! Wie soll ich mich nennen,
ohne in anderer Sprache zu sein.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Post-merci (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Post-merci

Nous sommes des météores à gueule de planète.
Notre ciel est une veille, notre course une chasse,
et notre gibier est une goutte de clarté.

Ensemble nous remettrons la Nuit sur ses rails ;
et nous irons, tour à tour nous détestant et nous aimant,
jusqu’aux étoiles de l’aurore.

J’ai cherché dans mon encre ce qui ne pouvait être quêté :
la tache pure au-delà de l’écriture souillée.

En poésie, devenir c’est réconcilier.
Le poète ne dit pas la vérité ; il la vit ;
et la vivant, il devient mensonger.
Paradoxe des Muses : justesse du poème.

Dans le tissu du poème doit se retrouver un nombre égal de tunnels dérobés,
de chambres d’harmonie, en même temps que d’éléments futurs,
de havres au soleil, de pistes captieuses et d’existants s’entr’appelant.
Le poète est le passeur de tout cela qui forme un ordre.
Et un ordre insurgé.

(René Char)

 

 

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LIBERTÉ (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2019



Illustration
    
LIBERTÉ

Ce n’est rien, ta mort, petit yéménite…

Existe-t-il un mot
moins souillé de ravages
de douleur et de sang
que celui de liberté ?

Sans relâche le roulement du tambour
les guerres ne sont plus déclarées
mais poursuivies

Des drapeaux sont hissés
ou baissés
victoire ou oppression
le temps seul sait.

Ah liberté
où es-tu en Afrin, en Palestine,
en Syrie, en Afghanistan, en…

Non, pour toi non plus
pas de paix, petit yéménite
Envoies-tu un selfie sur Face Book
avant que sous peu sans paix ou liberté
tu ne sois condamné à mourir de faim ?

***

FREEDOM

It’s nothing, your death, little Yemenite …

Is there a word
less stained with destruction
suffering and blood
than freedom?

Continuously the drums beat
the wars are no longer declared
but continued
Flags are hoisted
or knocked down
victory or defeat
only time knows

Oh freedom
where are you in Afrin, in Palestine,
in Syria, in Afghanistan, in …

No, neither for you
is peace, little Yemenite
Send a selfie to Face Book
before you have to die of hunger
without freedom, without peace.

***

自 由

小也门人,你的死,无关紧要……

有一个单词
比自由更少
受痛苦与鲜血
破坏的玷污吗?
鼓在持续地敲响
不再宣示战争
战争却继续
旗子升起
或降落
胜利还是失败
只有时间知道
在非洲、在巴勒斯坦、在叙利亚
在阿富汗,在……
哦,自由,你在哪里?
不,还有不适合你的
是和平,小也门人
发送一张自拍照到脸书
因为饥饿你只得死亡
没有自由没有和平。

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil:
Traduction: Français Elisabeth Gerlache Chinois William Zhou
Editions: POINT(P0ésie INTernationale)

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Aux modernes (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



argent 

Aux modernes

Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,
Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
De toute passion vigoureuse et profonde.

Votre cervelle est vide autant que votre sein,
Et vous avez souillé ce misérable monde
D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain,
Que la mort germe seule en cette boue immonde.

Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin,
Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches,

Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.

(Charles Leconte de Lisle)

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ATTENTE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Audrey Kawasaki
    
ATTENTE

Le soleil a passé toute la nuit chez les morts depuis que je l’attends, assise sur mon lit, lasse d’avoir veillé.
La mèche de la lampe épuisée a brûlé jusqu’à la fin.

Elle ne viendra plus : voici la dernière étoile. Je sais bien qu’elle ne viendra plus.
Je sais même le nom que je hais. Et cependant j’attends encore.

Qu’elle vienne maintenant ! Oui, qu’elle vienne, la chevelure défaite et sans roses,
la robe souillée, tachée, froissée, la langue sèche et les paupières noires!

Dès qu’elle ouvrira la porte, je lui dirai… mais la voici…
C’est sa robe que je touche, ses mains, ses cheveux, sa peau!
Je l’embrasse d’une bouche éperdue, et je pleure.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le silence (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le silence

Je n’écouterai plus la chanson des ramiers,
Le bleu roucoulement lentement qui palpite
De leurs couples errants parmi les alisiers;
Je n’écouterai plus la feuille qui crépite,

Eclate hors du bourgeon et s’ouvre en la clarté
D’une aurore d’Avril. Ce que je vois se fane
Et le silence étend sa morne aridité
Dans mon bois intérieur que la bise décharne.

Le paysage est dur, fait de bronze et d’acier
Où le soleil répand des lueurs funéraires
Près des étangs mangés de rougeâtres ulcères.

Le jour souillé vacille aux bords où je m’assieds,
Et tombe ivre d’erreur, de doute et de blasphème:
Tout meurt immensément au dedans de moi-même.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le Lys noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Le Lys noir

L’inquiétant Lys noir, large ouvert, semble offrir
Dans sa coupe de deuil une ivresse infernale.
Il a le fier mépris de la beauté banale
Qu’un rayon de soleil trop fervent peut flétrir.

Et la sinistre fleur du vice sans désir
Se fane dans l’ardeur de l’âpre bacchanale
S’effeuillant aux cheveux d’une femme vénale
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir.

Sachant combien le rire est énervant et triste
Elle exhale en mourant son parfum où persiste
Un relent affadi de festins et d’amour

Et l’aube vient brûler la paupière rougie
De la Douleur souillée essuyant au grand jour
Parmi les pleurs sacrés les sueurs de l’orgie.

(Renée Vivien)

 

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CE QUE PEUT ETRE L’AMOUR (Emilio Ballagas)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2016



Oleg  Zhivetin(42) [800x600]

CE QUE PEUT ETRE L’AMOUR

I
Car l’amour n’est pas cette chose triste
mais lumière, lumière jusqu’à nous aveugler
d’une autre lumière où danse le sang
soulevé dans les voiles les plus rapides
ou sur des ailes légères
au-dessus de la terre tout entière amoureuse.

C’est ce qu’il devrait être et non le reste.
Car l’amour n’est pas cette chose triste,
ce pâle hurlement
de faméliques loups égarés,
ou de chiens
apprenant à devenir des loups.
Cette carpe défunte, visqueuse, irrespirable,
morte pesamment parmi les mouches,
souillée par la terre du rivage.
Ce n’est pas cette douleur sale des jours
où glisse lentement la fine bruine
pareille à un pleur de pupilles aveugles,
aveugles pupilles, purulentes plaies,
moignon sanguinolent de regards
où la lumière stagne, où vainement
appellent à grands coups le soleil, les roses, les parfums…
(Yeux inhabités par la gloire, yeux sans lumière,
comme les âmes humides
qui jouent à l’amour et le profanent).
Non, ce n’est pas cette bruine
qui met dans l’air des toiles d’araignées et une aigre poussière,
une boue à peine boueuse sur les souliers ;
une eau souillée qui n’est pas même fange.
(Une guêpe en travers de la gorge !)

Car l’amour, ô mon Dieu, n’est pas la bruine
mais une blanche pluie dévastatrice.
Eclairs et rafales.
Vivant royaume de l’eau !
Car l’amour est autre chose : un Fleuve.
Une dormeuse plage soupirante
où s’ébauchent des corps qui respirent
sous leur drap de sable blanc.
Marées qui soutiennent la joie
flottant aux cimes de l’azur, au coeur de la lumière,
resplendissante mer, ciel marin
où de cythéréennes îles
de nuages extasiés
rêvent d’être éternelles cependant qu’elles meurent
évanouies, lentement, dans la brise.

Car l’amour est comme un grand cheval
d’épées à la crinière de diamant.
Une haute flamme, une colonne
de feu ; un arc en ciel
triomphal pour que garçons et filles
défilent en se tenant enlacés par la taille.
L’amour est un arbre en quiétude sacrée
sous la lourdeur de ses fruits chastes
avec le poids secret de leur saveur parmi les feuilles.
Leur trône auguste de douceur.

II
Car l’amour est ceci, ceci, ceci :
la lumière glorieuse sur les saintes bêtes de la terre.
Un oiseau qui picore un fruit mûr
et le blesse de jouissance et le pénètre
du doux chant silencieux
de son léger bec sucré.

Car l’amour est hyménée. Est chant.
Voix perpendiculaire de ciel à ciel ;
l’horizontale du lit, les chambres nuptiales
tièdement éclairées par les baisers ;
harpes de feu, cithares d’eau.
Et au milieu de son peuple
le Seigneur qui change l’eau en vin.
Il est ceci et non cela. Une rose
qui dort entre les dents…

Car l’amour, bien peu le savent ;
tous croient ale savoir. Et nul ne sait.
Il est ceci et non un sifflement de serpent pourri
avec un chien d’opium dans le regard.

Il n’est point l’haleine répugnante à travers le judas,
sinistre célestinage d’entresol
où officie une larve détruite.
Pleur d’une lampe triste qui dans sa propre lascivité se consume,
pleur d’un robinet brisé,
et belettes qui se cachent du soleil.
Non, il n’est pas ceci, pas ces couloirs
obscurs fréquentés par les rats.

Car l’amour n’est pas cette chose immonde,
chair opaque et dents effilées,
mensonge magique et fleur de chiffon
se pavanant sur une tige en fil de fer.
Ce n’est pas cette fausse pierre, cette vitreuse
sollicitude de bave ou de cendre.

Car l’amour n’est pas un souffle impur
derrière un rideau empoisonné.
Argent sinistre et venimeuse lèvre,
sorcière et renard à la fois.

Un arbre de misère et de cachette
gonfle ces fruits et les nourrit
de sa saveur de lèpre et de vieux coussin.

Oiseaux du ciel et hommes de la terre,
passez loin de la haine de ses branches !
Ne buvez pas à la fontaine de vitriol
qui coule dessous son tronc amer.

III
L’amour peut être douleur d’un homme
qui, tel le publicain, baisse le front
et déchire son coeur sans qu’on le regarde
et demande à Dieu pardon s’il le trahit.
Car l’amour aussi est chose très humble,
un digne pleur, un pleur silencieux
et une épée de lumière qui nous transperce.
Parler aux étoiles et nous battre
la poitrine devant la nuit désolée.
Car l’amour Amour est l’oubli de soi ;
l’abandon du « moi » pour le laisser
vivre, comme au fond d’un miroir,
en un autre être, en un « toi » transparent.

Mais l’amour : comment dirai-je ce qu’il est ?
Il est la simple cour de ma maison, mon enfance,
mon adolescence pâle
l’oranger fleuri, le jeune cerf
ligoté que l’on nous apporta un soir
et qui mourut sans avoir ses forêts dans les yeux.
Il est la conversation des aïeules
assises dans leurs sièges.
pénélopes domestiques qui jamais n’achevaient leur ouvrage.
Mais l’amour : comment est-il donc, mon Dieu ?
L’aurais-je oublié ? Ne l’ai-je jamais su ?
C’est poser ses pieds fermement sur la terre
comblée d’oranges et de fleurs
et toucher du front le ciel limpide
et marcher sans le vent des paroles.

IV
Car l’amour, c’est écarter les créatures
près desquelles la pâle Mort
veille en leur déniant la beauté…
Et toi, Père, tu cherches ma blessure
pour l’ensemencer de Paradis.
L’Amour c’est toi qui me détournes
de tout ce qui est Mort et raison de Mort
et mort sans raison jusqu’à la mort.
Amour, Amour, qui me plonge en la mort.
Renoncer. N’être pas prisonnier des choses.
Se délier du piège mortel des créatures.
Mais l’amour c’est tout se dépouiller
comme les couples qui se couchent
dans la nuit accablée. Et le divin
amour c’est se dépouiller même de son corps:
l’oublier avant que lui n’oublie,
terre à terre dans la poussière de la terre.

Que l’Amour c’est Toi, je le savais
en venant à la vie : l’ai-je oublié ?
C’est se livrer et tout se retrouver
tout l’Amour en Toi et en Toi se perdre
pour se trouver un jour avec Toi dans ta Demeure.

***

Porque el amor no es cosa triste
sino la luz, la luz hasta cegarnos
en otra luz en que la sangre danza
levantada en las velas más veloces
o en flamígeras alas,
sobre la entera tierra enamorada.

Esto debiera ser y no lo otro.
Porque el amor no es esa cosa triste,
ese escuálido aullido
de famélicos lobos extraviados
o de perros
aprendices de lobos.
Esa carpa difunta, viscosa, irrespirable
pesadamente muerta entre las moscas,
manchada por la tierra de la orilla.
No es este dolor sucio de los días
en que resbala lenta la llovizna
igual que un lloro de pupilas ciegas,
ciegas pupilas, purulentas llagas,
muñón sanguinolento de miradas,
donde la luz se encharca o donde en vano
llaman golpeando el sol, las rosas, los colores…
(Ojos deshabitados de la gloria, ojos sin
luz como las almas húmedas,
que juegan al amor y lo profano.)
No, no es esa llovizna
que pone telarañas, polvo agrio en el aire
y un lodo apenas lodo en los zapatos;
agua manchada que no llega a cieno.
(Una avispa cruzada en la garganta.)

Porque el amor es esto, es esto, es esto:
la luz gloriosa sobre las santas bestias de la tierra,
un pájaro que pica una fruta madura
hiriéndola de gozo, penetrándola
del dulcísimo canto silencioso,
del leve pico azucarado.

Porque el amor es himeneo. Es canto;
voz perpendicular de cielo a cielo;
la horizontal del lecho, las cámaras nupciales
tibiamente alumbradas por los besos;
arpas de fuego, cítaras de agua.
Y en medio de su pueblo
el Señor convirtiendo el agua en vino.
Que es esto y no es aque!lo. Es una rosa
dormida entre los dientes…

Porque el amor. Muy pocos lo sabemos;
todos creen que lo saben. ¡Nadie sabe!
Es esto y no un silbido de serpiente podrida
con un perro de opio en la mirada.
No es el vaho asqueroso en la mirilla;
torvo celestinaje de entresuelo
donde oficia una larva destruida,
llanto de velón triste que en su propia
lascivia se consume,
llanto de grifo roto
y comadrejas que del sol se esconden.
No, no es eso, no es eso, pasadizos
oscuros por las ratas frecuentados.

Porque el amor no es esa cosa inmunda
de carne opaca y afilados dientes,
de mágica mentira y flor de trapo
pavoneándose en un tallo de alambre.
No es esa piedra falsa, esa vidriosa
solicitud de baba o de ceniza.

Porque el amor no es un resuello impuro
detrás de una cortina envenenada.
Torpe moneda, alacranado labio;
bruja y raposa a un tiempo.

Un árbol de miseria y escondrijo
cuaja esos frutos y los alimenta
de su sabor a lepra y cojín viejo.
¡Aves del cielo y hombres de la tierra!
Cruzad lejos del odio de sus ramas;
no abrevéis en la fuente de vitriolo
que corre bajo de su tronco negro.

(Emilio Ballagas)

 

 

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Sachons toujours nous souvenir (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



 

Pour gagner le verger aux arbres toujours verts
Aux fleurs fraîches et neuves, aux herbes courageuses
Au ruisseau non souillé coulant entre les mousses
C’est debout qu’il faut vivre dans la force du monde
La chevelure au vent et le coeur en éveil.

Il faut marcher encore dans les herbes brûlées
Où nous avons senti la beauté de la route
Il faut garder toujours cette fleur de fraisier
Dernière de cet automne mais pour nous la première.

Sachons toujours nous souvenir que le mot le plus beau
Sera toi sur mes lèvres, sera tien dans ton coeur.

(Luc Dietrich)

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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