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Le remords (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Atsushi Suwa 0111

Le remords

Vais-je traîner toute ma vie
en moi cette sorte de litanie
qui ne me laisse point de repos
et met ma conscience en morceaux ?

Car voyez-vous, quoi que je fasse,
toujours quelque chose me tracasse
et mes actes les plus louables
au fond de moi me crient : coupable !

Coupable je suis, sachez-le.
Comment, pourquoi importent peu
car mes réponses mille fois reprises
sans fin en moi se contredisent.

Coupable je suis de telle sorte
qu’à y penser toute chose me porte
et mes regrets sempiternels
me sont punition éternelle.

Ainsi donc, n’ayant nulle paix,
de moi-même faisant le portrait,
je rumine l’énumération
de mes actions et inactions…

J’adore me prélasser au lit,
lisant, me cultivant l’esprit.
Mais le remords, comme un démon,
sitôt m’insuffle son poison.

Alors je m’attèle à la tâche
et comme une brute, fais le ménage,
mais en même temps je me répète :
ma fille, tu seras toujours bête !

Je veux, ai-je raison ou tort ?
aussi m’occuper de mon corps
pour être épouse désirable
d’un effet quelque peu durable.

Mais dès qu’à mes soins je m’adonne,
une voix perfide me chantonne :
tu as raison, ne pense qu’à toi,
ils attendront pour le repas !

Alors, retrouvant mes casseroles,
échevelée et l’air d’une folle,
je me redis dans un sermon :
toujours seras-tu une souillon ?

Parfois, avide de détente,
je me complais à ce qui tente,
croyant voler quelques bonnes heures
au temps à consacrer ailleurs.

Mais au lieu de me réjouir,
je ne cherche qu’à troubler ma fête
car de mes cent tâches non faites,
je me punis comme à plaisir !

Ainsi donc, n’ayant nulle paix…
De moi-même faisant le procès…

(Esther Granek)

Illustration: Atsushi Suwa

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DIALOGUE (Valéry Larbaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018




    
DIALOGUE

Le poète

Non pas moi,
Mais les poètes cubains pourraient te bien chanter
O charmante Concha,
Toi mon rameau de fleurs et ma Vega Real!
Puissé-je te regarder longuement comme on regarde les flammes,
Comme, au coeur de l’hiver, on regarde le feu :
J’aime à baiser une femme de flammes,
Je veux baiser une femme de feu!
Que je vous porte donc dans mes deux mains, mains brunes;
Que je sois donc ébloui par vous, grands yeux,.
Que je sente ton parfum dans l’ombre, rose dorée des Andes;
Que je te contemple dans la rue ou au théâtre,
Sérieuse, belle et haute, et souriante,
Grande jeune femme impressionnante; — chiquilla!
Ma femme devant Dieu! ma bourgeoise! ma squaw!
Mon noir petit souillon! mon bel oiseau des îles!
Avec mon tomahawk et ma hache de guerre,
Mon quipocamayo et ma coricoya,
Ne suis-je pas le chef indien que tu désirais,
Le maître et l’époux qu’il te fallait, princesse indienne?
Étends-toi, ma beauté, sur cette peau d’ours blanc,
Et laisse ma main toucher ton visage dans l’ombre;
Tu es plus belle que la Perricholi, si célèbre,
Et je suis plus généreux que tous les Vice-Rois;
Voici des diamants et des perles, —
Mon amour, que voulez-vous encore de moi?

Sa dame

D’autres diamants et d’autres perles.

(Valéry Larbaud)

 

Recueil: Les Poésies de A.O. Barnabooth
Traduction:
Editions: Gallimard

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