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EX NIHILO (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    

EX NIHILO

Nous sommes faits de rien,
Nos cités se dressent au-dessus du vide,
Et dans des bars chromés
Des ombres boivent leur soûl de larmes,

Les doigts distraits des femmes passent
Sur des soies, des fleurs, un miroir,

Les caméras et les voitures
Virent sur le moyeu du rien
Sur lequel tournent les années, les étoiles.
Au-delà des maisons et des champs
Se dressent les collines enveloppées de forêts,
Et sur chaque feuille est tracé
Le motif de l’esprit éternel
Qui arrache les royaumes à la poussière.

Au-dessus des forêts s’étendent les nuages,
Champs blancs où la vue qui s’élève
S’arrête à la circonférence de l’air,

Et les lointaines constellations se meuvent
Autour du centre d’une pensée
Sur l’ordre de cet amour

Dont l’être est le souffle de vie,
La terre ferme que nous foulons,
Le corps divin que nous mangeons,
L’incarnation que nous vivons.

***

EX NIHILO

Out of nothing we are made,
Our cities rise upon the void,

And in chromium-plated bars,
Shadows drink their fill of tears,

Women’s transient fingers pass
Over silks and flowers and glass,

Cameras and motor-cars
Spin on the hub of nothingness
On which revolve the years and stars.

Beyond the houses and the fields
.Pise the forest-shrouded huis,
And upon each leaf is traced
The pattern of the eternal mind
That sommons kingdoms from the dust.

Above the forent lie the clouds,
White fields where the soaring sight
Lests on the air’s circumference,

And distant constellations move
About the centre of a thought
By the fiai of that love

nase being is the breath of life,
The terra firma that we tread,
The divine body that we eat,
The incarnation that we live.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Conclusion (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Oskar Kokoschka adolf-loos-1909

Conclusion

J’ai rêvé les amours divins,
L’ivresse des bras et des vins,
L’or, l’argent, les royaumes vains,

Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.
Parmi les sentiers amusants
Nous irons sur nos alezans.

Il est loin le temps des aveux
Naïfs, des téméraires voeux!
Je n’ai d’argent qu’en mes cheveux.

Les âmes dont j’aurais besoin
Et les étoiles sont trop loin.
Je vais mourir saoul, dans un coin.

(Charles Cros)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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Féminin singulier (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018


 


 

Christiane Vleugels  (2) [1280x768]

Féminin singulier

Eternel Féminin de l’éternel jocrisse !
Fais-nous sauter, pantins nous pavons les décors !
Nous éclairons la rampe… Et toi, dans la coulisse,
Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.

Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,
Couronne tes genoux ! … et nos têtes dix-corps ;
Ris ! montre tes dents ! … mais … nous avons la police,
Et quelque chose en nous d’eunuque et de recors.

… Ah tu ne comprends pas ? … – Moi non plus – Fais la belle,
Tourne : nous sommes soûls ! Et plats ; Fais la cruelle !
Cravache ton pacha, ton humble serviteur!…

Après, sache tomber ! – mais tomber avec grâce –
Sur notre sable fin ne laisse pas de trace ! …
– C’est le métier de femme et de gladiateur.

(Tristan Corbière)

Illustration: Christiane Vleugels

 

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Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous (André Mage de Fiefmelin)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,
Où la guerre, la paix, l’amour, la haine, l’ire,
La liesse, l’ennui, le plaisir, le martyre
Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous
Sous habits déguisés à malfaire et médire.
L’un commande en tyran, l’autre, humble, au joug soupire ;
L’un est bas, l’autre haut, l’un jugé, l’autre absous.

Qui s’éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,
Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne
Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

Bref, ce n’est qu’une farce, ou simple comédie
Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant,
Change la catastrophe en triste tragédie.

(André Mage de Fiefmelin)

 

 

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VIDONS NOS VERRES (Wei Zhuang)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



trinquer

VIDONS NOS VERRES

Buvons ce soir tout notre soûl
Oublions demain devant la coupe
J’apprécie votre accueil si hospitalier
le gobelet rempli de votre amitié

Attention à ce que la nuit printanière soit courte
Les verres ne sont jamais trop pleins
Trinquons une fois encore
A notre vie qui passe comme l’éclair

(Wei Zhuang)

 

 

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TESTAMENT (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Clara Lieu url

TESTAMENT

Si mon âme claire s’éteint
Comme une lampe sans pétrole,
Si mon esprit, en haut, déteint
Comme une guenille folle,

Si je moisis, diamantin,
Entier, sans tache, sans vérole,
Si le bégaiement bête atteint
Ma persuasive parole,

Et si je meurs, soûl, dans un coin
C’est que ma patrie est bien loin
Loin de la France et de la terre.

Ne craignez rien, je ne maudis
Personne. Car un paradis
Matinal, s’ouvre et me fait taire.

(Charles Cros)

Illustration: Clara Lieu

 

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LES SOMNAMBULES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



somnambules

LES SOMNAMBULES

Quand on est amoureux, on vit
A la façon des somnambules
Qui vont, plus légers que des bulles,
Sur le bord des toits, l’œil ravi.

Le bord glissant comme de l’huile
Est sûr et ferme sous leurs pas.
Le gouffre est là, qu’ils ne voient pas,
Au bout de la dernière tuile.

Ils marchent les bras en avant
Comme s’ils priaient leurs étoiles,
Et ne sentent pas dans leurs moelles
Monter le vertige énervant.

Débarrassés des lois physiques,
Un aveugle instinct les conduit.
Les précipices de la nuit
Ont pour eux de douces musiques.

La brise qui leur parle bas
A n’avoir pas peur les engage.
L’infini leur tient un langage
Que le monde ne comprend pas.

Soutenus par un souffle étrange
Ils cheminent, silencieux,
Gomme s’il allaient dans les cieux
Partir avec des ailes d’ange.

Ils vont ainsi jusqu’au moment
Où, d’un cri perçant leur oreille,
Quelqu’un qui les voit les réveille,
Et rompt le charme brusquement.

L’ange s’enfuit! Reste la bête,
Qui, soûle encor d’avoir rêvé,
Chancelle, et va sur le pavé,
Sanglante, se casser la tète.

(Jean Richepin)

 

 

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A CORPS PERDU (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



A CORPS PERDU

Hurrah! Que notre nuit toujours recommencée
Soit comme une bataille aux aveuglants éclairs
Qui fasse évanouir le jour dans mes yeux clairs!
Et tant mieux si ma mort doit en être avancée !

Redouble de caresse et de rage insensée,
Jusqu’à vider mes os, jusqu’à rompre mes nerfs !
Dans des spasmes pareils au rut fauve des cerfs,
Fais saigner largement mon corps et ma pensée !

Tu peux m’ouvrir le ventre et me casser les reins.
Frappe! Je ne crains pas la mort. Ce que je crains,
C’est que ta soif d’aimer ne soit pas assouvie ;

Et je veux t’enivrer sans fin, jusqu’au moment
Où, les yeux effarés, tu briseras ma vie
Comme un ouvrier soûl brise son instrument,

(Jean Richepin)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

 

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Pisser dans le pré (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2016



Pisser dans le pré
Le ventre au soleil, je pisse tout mon soûl,
un luxe qui ne me coûte pas un sou.

(Henri-Frédéric Blanc)

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On dit des choses bleues et roses (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2015



 

On dit des choses bleues et roses
des choses sens dessus dessous
on dit des choses des choses
on est un peu comme un peu soûl

Do ré mi ré
Ré mi do sol

Elle a des lèvres roses roses
une voix à vous rendre fou
un chat ronronne et puis se pose
en rond au creux de ses genoux

Do ré mi ré
Ré mi do sol

On ne sait plus qui est en cause
le temps devient un rideau flou
mentir est la moindre des choses
et le chat s’appelle Mitsou

Do ré mi ré
Ré mi do sol

(Louis Calaferte)

Illustration

 

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