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Ne passez pas le temps à mentir à la mort (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

Antoine Wiertz   Deux-jeunes-filles-La-Belle-Rosine-1847-Antoine-Wiertz

Ne passez pas le temps à mentir à la mort
c’est un jeu décevant
Ne passez pas vos jours à vous passer de vie
Ne passez pas l’amour à vous passer de temps
Ne passez pas le temps à attendre la nuit
ni les neiges d’antan
Car votre mort en vous se moque de vos pièges
et se glisse au serré du plus tendre baiser
remonte à la surface et plus vive que liège
plus souple que l’osier
s’empare de ce coeur qui se croyait léger
l’alourdit le surprend le presse et le défait
et fait de ce vivant de vivre soulagé
un mort très stupéfait.

(Claude Roy)

Illustration: Antoine Wiertz 

 

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LE POSEUR DE QUESTIONS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

Arnold Böcklin La Guerre

LE POSEUR DE QUESTIONS

Très loin, dans le dedans de mon écorce chaude,
dans le noir embrouillé des veines et du sang,
le poseur de questions tourne en rond, tourne et rôde
il veut savoir pourquoi tous ces gens ces passants ?

Le mort que je serai s’étonne d’être en vie,
du chat sur ses genoux qui ronronne pour rien,
du grand ciel sans raison, du gros vent malappris
qui bouscule l’ormeau et se calme pour rien.

Un cheval roux pourquoi ? Pourquoi un sapin vert ?
Et pourquoi ce monsieur qui fait une addition,
qui compte : un soleil, deux chiens, trois piverts,
qui compte sur ses doigts pleins de suppositions ?

Il compte sur ses doigts, mais perd dans ses calculs
sa raison de compter, sa raison de rêver,
sa raison d’être là, tout pesant de scrupules,
et d’être homme vivant sans qu’on l’ait invité.

Ainsi que le soleil ou sa flamme caresse
et blesse ou bien guérit le nageur incertain
ainsi de notre mort qui ralentit ou presse
le pas de nos destins

Il ne faut pas tromper les cavaliers du sort
et leurs chevaux légers comme l’écume au vent
Ne passez pas le temps à mentir à la mort
c’est un jeu décevant

Ne passez pas vos jours à vous passer de vie
Ne passez pas l’amour à vous passer de temps
Ne passez pas le temps à attendre la nuit
ni les neiges d’antan

Car votre mort en vous se moque de vos pièges
et se glisse au serré du plus tendre baiser
remonte à la surface et plus vive que liège
plus souple que l’osier

s’empare de ce coeur qui se croyait léger
l’alourdit le surprend le presse et le défait
et fait de ce vivant de vivre soulagé
un mort très stupéfait.

(Claude Roy)

Illustration: Arnold Böcklin

 

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LES DEUX MULETS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LES DEUX MULETS

Deux Mulets cheminaient, l’un d’avoine chargé,
L’autre portant l’argent de la Gabelle.
Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d’un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette :
Quand l’ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l’argent,
Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l’arrête.
Le Mulet, en se défendant,
Se sent percer de coups : il gémit, il soupire.
« Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis ?
Ce Mulet qui me suit du danger se retire,
Et moi j’y tombe, et je péris.
– Ami, lui dit son camarade,
Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut Emploi :
Si tu n’avais servi qu’un Meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Ô SOMMEIL… (Giovanni Della Casa)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



Ô SOMMEIL…

Ô sommeil, ô toi de la douce, moite, ombreuse
Nuit calme fils ; ô toi qui, aux mortels dolents
Donnes le réconfort, l’oubli douillet de maints
Cruels tourments qui font leur vie âpre et morose;

Secours enfin ce coeur languissant, qui ne trouve
Point de repos, et soulage un corps harassé
Et frêle; vole vers moi, ô sommeil, et viens
Entendre et replier sur moi tes ailes sombres.

Où donc est le silence, que l’éclat du jour
Fait fuir? Où, les songes furtifs, mal assurés,
Dont l’empreinte sans cesse accompagne ta marche?

Las, je t’implore en vain, c’est en vain que je flatte
Ces ombres noires et glacées. Que cette couche
Est rude ! Ô nuits, qu’amèrement vous me poignez !

***

O SONNO…

O sonno, o de la queta, umida, ombrosa
Nolte placido figlio; o de’ mortali
Egri conforto, oblio dolce de’ mali
Si gravi ond’è la vita aspra e noiosa;

Soccorri al core omai, che langue e posa
Non ave, e queste membra stanche e frali
Solleva : a me ten vola, o sonno, e l’ali
Tue brune sovra me distendi e posa.

Ov’è’l silenzio che’l di fugge e’l lume?
E i lievi sogni, che con non secure
Vestigia di seguirti han per costume?

Lasso, che’nvan te chiamo, e queste oscure
E gelide ombre invan lusingo. O piume
D’asprezza colme! o notti acerbe e dure!

(Giovanni Della Casa)

Illustration: John Henry Fuseli

 

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La chair morte (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2015



La chair morte
Se conserve mal,

Libère aussitôt
Ses composants,

Comme soulagée.

(Guillevic)

Illustration

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