Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘soulagement’

L’Irrémédiable (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Une Idée, une Forme, un Être
Parti de l’azur et tombé
Dans un Styx bourbeux et plombé
Où nul œil du Ciel ne pénètre;

Un Ange, imprudent voyageur
Qu’a tenté l’amour du difforme,
Au fond d’un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur,

Et luttant, angoisses funèbres!
Contre un gigantesque remous
Qui va chantant comme les fous
Et pirouettant dans les ténèbres;

Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles,
Pour fuir d’un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé;

Un damné descendant sans lampe,
Au bord d’un gouffre dont l’odeur
Trahit l’humide profondeur,
D’éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux
Dont les larges yeux de phosphore
Font une nuit plus noire encore
Et ne rendent visibles qu’eux;

Un navire pris dans le pôle,
Comme en un piège de cristal,
Cherchant par quel détroit fatal
Il est tombé dans cette geôle;

– Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

Tête-à-tête sombre et limpide
Qu’un cœur devenu son miroir!
Puits de Vérité, clair et noir,
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal,
Flambeau des grâces sataniques,
Soulagement et gloire uniques,
– La conscience dans le Mal!

(Baudelaire)

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ODE (Ricardo Molirani)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



ODE

Qui s’avance dans le soir jouant du luth sur les nuages comme dans sa propre demeure ?
Qui joue du luth, et fait se retourner les feuilles des arbres ?

J’ai rempli mon coeur des ombres des paroles; du rêve de quelques voix.
Et elles résonnent en moi, sans amener soulagement,
flottantes : « toi », personne, demain, espace, solitude, tendresse, et jamais.
Avec elles j’entretiens mon être, l’angoisse du ciel et la dure solitude du sang.

Je lave ma bouche de leurs absences et m’interpelle de nuit et de jour, et je les mets sur ma tête
découverte pour les nommer à l’oubli, au devant et sous le zénith des plaines.
Leurs dieux et leurs corps je les ai assis entre mes lèvres pour toujours, dans la louange;
Devant moi ils supportent l’air, ah ! et la hauteur impénétrable de la mort;
Nul ne les voit, comme on ne voit pas l’haleine qui les mue et les gouverne durement.

(Les anges se répandent dans l’espace; les uns portent des faisceaux d’épis, d’autres choisissent des coquelicots rouges,
et quelques-uns distribuent des graines aux oiseaux entre les arbres dénudés.
Nul ne les voit; moi j’ai la gorge séchée par la lumière que diffuse leurs antiques vêtements.
Je les regarde dresser la tête sans que l’air les blesse
et disparaître rapides, baignés de clarté, devant la fureur de la Nuit.
Je suis accoutumé à les regarder au dedans de moi,
comme dans les jours anciens dont la fumée s’est dissipée
et dont les règnes étendus sous la cendre attendent sans désespoir les lis.)

Je voudrais arracher de moi-même la joie, ouvrir les yeux immensément, à me faire mal,
et regarder, regarder l’horizon jusqu’au delà du vide de la nostalgie, là où mon ombre
Comme un arbre, change de feuilles en hiver.

Amour: temps perdu !

(Ricardo Molirani)

 

 

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Eté (Nakahara Chûya)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



Illustration: Odilon Redon
    
Eté

Moi sur ma table,
Je n’avais rien d’autre qu’un stylo de l’encre du papier quadrillé,
Et chaque jour que dieu faisait, sans fin, m’y tenais coi.

Mais attendez, en plus il y avait aussi des allumettes des cigarettes,
Et un buvard ou des petites choses comme ça.
Mais que dis-je, parfois encore apportant une bière,
Il m’arrivait de la boire.

Dehors les cigales chantaient à qui mieux mieux.
Et les vents, du moins les vents frais d’être passés sur les rochers
fréquemment soufflaient.
Sans pensée, sans journées ni sans mois le temps passait,

Quand un beau matin, je me retrouvai mort.
Et le peu de choses disposées sur ma table,
Pour finir en un clin d’oeil furent débarrassées par la bonne.
– Mon dieu quel soulagement. Mon dieu quel soulagement.

(Nakahara Chûya)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Poèmes
Traduction: Yves-Marie Allioux
Editions: Picquier poche

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Ecrire (Clarice Lispector)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration
    
Alors écrire est la façon
de qui se sert de la parole comme appât :
la parole qui pêche ce qui n’est pas parole.

Lorsque cette non-parole
— l’interligne —
mord l’appât,
quelque chose s’est écrit.

Une fois que l’interligne est prise,
il serait possible d’expulser la parole
avec soulagement.

Mais l’analogie s’arrête là :
la non parole, en mordant l’appât,
le rattache à elle.

Ce qui sauve, dans ce cas,
c’est d’écrire distraitement.

(Clarice Lispector)

 

Recueil: Agua Viva

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Le Grand Événement (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



Illustration
    
Le Grand Événement

Il va se produire très bientôt. Le grand événement
qui mettra fin à l’horreur. Qui mettra fin au chagrin.
Mardi prochain, quand le soleil descendra, je jouerai
la Sonate au Clair de Lune à l’envers. Ceci inversera
les effets de la folie du monde plongeant dans la
souffrance depuis 200 millions d’années. Quelle nuit
merveilleuse ce sera ! Quel soupir de soulagement,
de voir les rouges-gorges séniles redevenir écarlates,
et les rossignols à la retraite relever leurs queues
poussiéreuses, pour affirmer la majesté de la création !

***

The Great Event

It’s going to happen very soon. The great
event which will end the horror. Which will
end the sorrow. Next Tuesday, when the sun
goes down, I will play the Moonlight Sonata
backwards. This will reverse the effects of
the world’s mad plunge into suffering, for
the last 200 million years. What a lovely
night that would be. What a sigh of relief, as
the senile robins become bright red again,
and the retired nightingales, pick up their
dusty tails, and assert the majesty of creation!

(Leonard Cohen)

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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Tout au long de la tour de guet (Bob Dylan)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017



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Tout au long de la tour de guet

« Il doit y avoir un moyen de sortir d’ici », dit le bouffon au voleur,
« Il règne une trop grande confusion, je ne ressens aucun soulagement.
Les hommes d’affaires boivent mon vin, les laboureurs creusent ma terre,
Personne à l’horizon ne sait ce que tout cela vaut. »

« Aucune raison de s’énerver », répondit gentiment le voleur,
« Beaucoup ici parmi nous pensent que la vie n’est qu’une farce.
Mais, toi et moi, nous sommes passés par là, et ce n’est pas notre destin,
Alors, ne parlons plus à tort maintenant, il commence à se faire tard. »

Tout au long de la tour de guet, les princes continuaient à regarder
Tandis que toutes les femmes allaient et venaient, les serviteurs aux pieds nus, aussi.

Dehors au loin un chat sauvage gronda,
Deux cavaliers approchaient, le vent commença à hurler.

***

All Along the Watchtower

« There must be some way out of here, » said the joker to the thief,
« There’s too much confusion, I can’t get no relief.
Businessmen, they drink my wine, plowmen dig my earth,
None of them along the line know what any of it is worth. »

« No reason to get excited, » the thief, he kindly spoke,
« There are many here among us who feel that life is but a joke.
But you and I, we’ve been through that, and this is not our fate,
So let us not talk falsely now, the hour is getting late. »

All along the watchtower, princes kept the view
While all the women came and went, barefoot servants, too.

Outside in the distance a wildcat did growl,
Two riders were approaching, the wind began to howl.

(Bob Dylan)

 Illustration: ADHOK Le Nid

 

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Le premier baiser est l’effleurement (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le premier baiser
est l’effleurement des lèvres de la rose
par les doigts délicats de le brise

où l’on entend la rose
pousser un long soupir de soulagement
et un et un doux gémissement.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: L’Oeil du Prophète

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Quel soulagement ! (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2015



Quel soulagement !
oubliée la fin d’année –
matin de printemps

***

nopperi to
shiwasu mo shirazu
kesa no haru

(Ryôkan)

Illustration: Piel-Colombo

 

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SOLITUDE (Lionello Fiumi)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2015



 

Nicholas Roerich   kiss-the-earth-1912-2

SOLITUDE

LORSQUE la peine au coeur mord trop cruellement,
S’en aller et mendier un peu de solitude
A l’ombre qui prend en pitié,
Même s’il est faible, est un soulagement.
Mais l’être le plus doux sera prompt à la haine
Pour peu qu’une présence intruse
Vienne fêler sa quête solitaire :
Celui qui est la bête en sang qui se tapit
Ne supporte pas son semblable.

Mais alors, ô mirage unique de salut,
Nirvana entrevu!
Autour des lents siècles des troncs,
Comme sur un fond de bonheur
Ignorant les bornes des dates,
Les heures oscillaient, légères, dans les lianes,
En dansant leurs jeux élastiques
De jouvencelles excitées par les épices.
Des calices étranges proposaient des philtres,
Promesses de béatitudes.

Et déjà l’humain se dissolvait, et l’angoisse
Cédait à cette nature clémente
Où nulle empreinte
Ne venait déflorer l’humus intact et vierge.
Le silence m’était la flûte qui subjugue
Les serpents de la peine, ils ne mordaient plus.

Là, enfin, vaste et absolue
Comme la nuit qui cache et qui console,
Enfin pure ainsi que le vide
Qui attire et donne l’oubli,
Je découvrais la face de la solitude.

(Lionello Fiumi)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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