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Que la vie en vaut la peine (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



 

Que la vie en vaut la peine

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.

C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement.

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font.

Malgré l’âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri.

Cet enfer. Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur.

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

(Louis Aragon)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Le vieux tilleul du chemin (Gustave Nadaud)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Quand de ses branches élancées
Les mille fleurs parfument l’air,
Par nous elles sont ramassées;
Les remèdes coûtent si cher!
Nous n’avons pas dans le village
De savant qui parle en latin;
Le médecin qui nous soulage,
C’est le vieux tilleul du chemin.

(Gustave Nadaud)

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Hier soir j’ai donné à une étoile (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



 

Illustration
    
Hier soir j’ai donné à une étoile un message pour Toi :
« Présente », lui dis-je, « mon hommage à cette beauté de lune ».

Je m’inclinai, et dis : « Apporte cet hommage au Soleil
Qui dore l’ âpre roc de sa brûlure ».

Je dénudai ma poitrine, je lui montrai mes blessures.
« Donne des nouvelles de moi », dis-je, « à cet Aimé qui s’abreuve de mon sang ».

De çà de là me balançai, pour que l’enfant — mon coeur — s’apaise,
— Bercé, l’enfant s’endort dans son berceau —.

Ô toi qui à chaque instant soulages cent déshérités comme moi,
Donne à mon coeur-enfant le lait, délivre-nous de ses pleurs !

La demeure du coeur, de toute éternité, est la cité de l’union.
Combien de temps laisseras-tu dans l’exil ce coeur désolé ?

(Mawlana Rûmî)

 

 

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LA VOIE LACTÉE (Eric Allard)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



LA VOIE LACTÉE

Ton corps nu soulage la nuit.
J’introduis le bleu dans tes fentes, là où les chairs coupées fleurent le brome et le jasmin.
Tes parois de neige retiennent les comètes à distance des langues de feu.
Tout glisse dans cet antre humide, tout foisonne.
Les particules d’étoiles se couvrent de dorure.
Tu couves sous les aisselles des nids de terre parfumée.
Avec des brindilles de lait tu fais un jeu de marelles.
Paradis du dire, enfer délectable du geste.
J’ai dans chaque main une bouche qui ne demande qu’à parler.

(Eric Allard)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration

 

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SUR LA TRISTESSE D’AUTRUI (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




SUR LA TRISTESSE D’AUTRUI

Puis-je voir le malheur d’autrui
Sans sa tristesse partager ?
Puis-je voir la douleur d’autrui
Sans tâcher de la soulager ?

Puis-je voir tomber une larme
Sans prendre ma part de tristesse ?
Un père peut-il voir pleurer
Son enfant sans être attristé ?

Une mère, entendre impassible
Un bébé gémir, apeuré ?
Non, non, jamais ce ne peut être,
Jamais, jamais ce ne peut être !

Le Souriant, peut-il entendre
Petits chagrins de roitelet,
Soucis et peines d’oiselet,
Malheurs qu’endurent les bébés,

Sans se tenir là, près du nid,
A verser en leur sein pitié,
Sans se tenir près du berceau
A pleurer les pleurs du bébé,

Sans se tenir là jour et nuit
A essuyer toutes nos larmes ?
Oh non, jamais ce ne peut être,
Jamais, jamais ce ne peut être !

Il fait à tous don de sa joie,
Il se change en petit enfant.
Il se change en homme de peine,
Et il prend part à leur tristesse.

Ne crois pas pouvoir soupirer
Sans que soit là ton créateur,
Ni pouvoir verser une larme
Sans que près soit ton créateur.

Oh, de sa joie il nous fait don
Pour pouvoir chasser notre peine ;
Tant que n’a pas fui notre peine,
Il est là, tout près, et gémit.

***

ON ANOTHER’S SORROW

Can I see another’s woe,
And not be in sorrow too?
Can I see another’s grief,
And not seek for kind relief?

Can I see a falling tear,
And not feel my sorrow’s share?
Can a father see his child
Weep, nor be with sorrow filled?

Can a mother sit and hear
An infant groan, an infant fear?
No, no, never can it be,
Never, never can it be!

And can he, who smiles on all,
Hear the wren with sorrows small,
Hear the small bird’s grief and care,
Hear the woes that infants bear,

And not sit beside the nest
Pouring pity in their breast,
And not sit the cradle near
Weeping tear on infant’s tear,

And not sit both night and day,
Wiping all our tears away?
Oh, no, never can it be,
Never, never can it be!

He doth give his joy to all,
He becomes an infant small.
He becomes a man of woe,
He doth feel the sorrow too.

Think not thou canst sigh a sigh,
And thy maker is not by;
Think not thou canst weep a tear,
And thy maker is not near.

Oh, he gives to us his joy
That our grief he may destroy;
Till our grief is fled and gone,
He doth sit by us and moan.

(William Blake)

Illustration

 

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L’incision dans la chair (Silvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



    Illustration
    
l’incision
dans la chair
soulage
la brûlure
de l’âme

(Silvia Baron Supervielle)

 

Recueil: Sur le fleuve
Editions: Arfuyen

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Une barque (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Une barque, même instable,
dissipe l’anxiété devant le fleuve immense:
une compagnie, n’importe laquelle,
soulagerait ma peine de cette amie morte.

(Tshanyang Gyatsho)


Illustration: Odilon Redon

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Au Rouge-Gorge (Lucienne Desnoues)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



Au Rouge-Gorge

Te voir quand il a neigé
C’est pour l’âme
Un luxe, un cadeau léger,
Une flamme
Contre les frimas du jour
Ou de l’âge
C’est un gracieux bonjour
Qui soulage
Un instant d’être Bertrand,
Ou Thérèse,
D’avoir quatre-vingt-quatre ans
Ou bien treize.
Peur de mourir, peur de naître,
Les gens de toujours sont à leurs fenêtre.

(Lucienne Desnoues)

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Ton souvenir persiste (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



Ton souvenir persiste

La robe garde l’oubli de ton corps
Dont je conserve en moi
Les formes et les odeurs
Je te disais des mots qui chantent
Reflets de mes désirs
Qui cherchent leur objet
Comme l’absence de l’oiseau
Soulage la branche
Mais pèse sur mon cœur
Je parcours toujours
Les mêmes chemins turbulents
Où nous goûtions la saveur du jour
Et le piment du soir
Mais l’angoisse se perçoit dans ma voix
Et je comprends alors
La perfidie de tes sourires
Qui me trompaient
Les prenant pour des promesses

Je traque ton absence
Dans toutes les images des rêves
Dans tous les lieux fréquentés
Sur les côtes dont les rochers
Prennent les formes harmoniques
De ton corps aux courbes agressives
Sur les chemins de l’aube qui traversent
Un pays difforme aux arbres tors
Où des paysans dansent avec des gerbes
Qu’ils étreignent pour les entasser
Et quand l’ombre entoure la lumière
Je me couche dans les dernières couleurs du jour
Et sur la page du sommeil
S’écrivent encore des rêves furtifs
Mûris du souvenir de toi.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Fabienne Contat

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Ce jour de Mai (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Ce jour de Mai qui a la tête peinte,
D’une gaillarde et gentille verdeur,
Ne doit passer sans que ma vive ardeur
Par votre grâce un peu ne soit éteinte.

De votre part, si vous êtes atteinte
Autant que moi d’amoureuse langueur,
D’un feu pareil soulageons notre coeur,
Qui aime bien ne doit point avoir crainte.

Le Temps s’enfuit, cependant ce beau jour,
Nous doit apprendre à demener l’Amour,
Et le pigeon qui sa femelle baise.

Baisez-moi donc et faisons tout ainsi
Que les oiseaux sans nous donner souci :
Après la mort on ne voit rien qui plaise.

(Pierre de Ronsard)

 Illustration: Jean-Antoine Watteau

 

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