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LA GLYCINE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



LA GLYCINE

La glycine aux mamelles gonflées,
ployée sous son poids de parfum,
s’appuie au mur de la cabane
et son lait se répand,
coule mauve à déborder des yeux,
coule chaud sur les langues
jusqu’au fond des gorges affamées…
Au sol de toutes parts les corolles dressées,
bouches ouvertes, crient
dans les buissons d’abeilles soûles.

(Christiane Barrillon)

 

 

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EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



EXERCICE SPIRITUEL PARFAITEMENT INUTILE

Encore une fois le poème !
On me hèle ! Je suis sommé !
On tire sur moi des sommets !
A feu et à sang mon coeur blême !
O, joie d’être enfin concerné !
O, douleur d’être encor le même
Quand se dissipe la fumée
D’une artillerie trop lointaine,
Intact, le cerveau rouge à peine
De l’écume d’une pensée…

Le poème, une fois encore !
L’envie de dire qui clapote
Dans la citerne de mon corps !
Quoi ? Je ne sais ; non plus l’aorte
Le caillot qu’elle mène au port.
Mais déjà des mots se marient
Que j’entends mal : bonheur, remords,
Qui refont à neuf un décor
D’oiseaux lâchés, de fruits qu’on mord
Sur un arrière-plan d’orties :

C’est moi qui parle ; il le faut bien
Pour que soient vraies ces parodies !
Et l’espoir est de la partie
Comme un peu de vent qui s’en vient
Secouer l’épaule des choses.
Mais qu’ai-je fait de mon envie
D’être à jamais remis en cause,
Brisé le cocon de ma vie,
Déchirée la photographie
Anonyme de mon hypnose ?

Encore une fois le poème,
Traînant ses béquilles de ciel !
Mais la matrone du langage,
Soûle et sale, et son diadème
Et ses blasons sempiternels,
Le suit pas à pas sur la plage
En écrasant du pied les forts
Dérisoires qu’il laisse en gage ;
Dans la soupente du réel
Il va falloir lutter à mort.

Hélas ! c’est un matin pareil
Aux autres ! La presse est muette ;
Ce n’est pas encor le réveil
De l’Homme ! Le premier soleil !
Non plus sa fin, la terre en tête,
Le grincement d’un tombereau
Pour la dernière fois du monde
Et la bouche qui se débonde
Pour parler silence aux oiseaux
Que le sang jette à nos carreaux

Rien n’a changé ; le trou livide
Qui bâille au fond de ton regard
Attend toujours, ex-voto vide,
Tes dédicaces de hasard.
Parce qu’un coup de vent te ride,
Eau-morte en ta châsse putride,
Parce que tu as fait germer
Le noyau pourri du langage
Dans les caves de ta pensée,
Qu’allais-tu donc imaginer ?

Tu es homme tu es le pire
Des exils en ton propre empire ;
Quand sur toi tu crois te pencher,
C’est aux choses que tu te mires
Et tu te demeures caché.
Car en toi-même tu es pris
Comme un navire dans les glaces
Qui rumineront sa carcasse
Jusqu’à ce qu’il rende l’esprit ;
Rien qu’une bulle à la surface…

(Jean Rousselot)

Illustration

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