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Poésie

Posts Tagged ‘soûler’

Animal (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Animal

Madame un jour je caressais quelque pelage
D’égaré ou de fantasque au soleil poudreux
C’était un chat soyeux, tigre ou chat des chartreux
Qu’importe si ce chat était tendre ou sauvage

Ou si le nombre des félins par moi flattés
Dépasse le millier par toutes les années
Où j’ai choyé leur patience illimitée
Dans tellement de fourrures et de fumets

Que je les confonds tous, parfum fort et souplesse
Dans le même creuset où leur ardeur se coule
Mais ce jour-là c’est la toison de toi,
Maîtresse

Qui s’est creusée à mes doigts souples sur la fente
Où l’animal cède à la rondeur de la pente
Sûre de sa ferveur et d’humidité soûle

(Jacques Chessex)

 

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Amourette (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Amourette

Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse,
Pour ce bel oeil, qui me prit à son hain,
Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein
D’ambre et de musc, baiser d’une Déesse.

Je veux mourir pour cette blonde tresse,
Pour l’embonpoint de ce trop chaste sein,
Pour la rigueur de cette douce main,
Qui tout d’un coup me guérit et me blesse.

Je veux mourir pour le brun de ce teint,
Pour cette voix, dont le beau chant m’étreint
Si fort le coeur que seul il en dispose.

Je veux mourir ès* amoureux combats,
Soûlant l’amour, qu’au sang je porte enclose,
Toute une nuit au milieu de tes, bras.

(Pierre de Ronsard)

 Illustration: Le Titien

 

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LES SORCIÈRES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LES SORCIÈRES

Colère, ô jalousie,
Sorcières aux doigts crochus,
A la figure roussie,
Anges des amours déchus,

J’ai pénétré dans votre antre
Pour savoir la vérité.
Le cœur malade on y entre,
On en sort le cœur gâté.

Vous m’avez dans votre filtre
Et votre noir alambic
Distillé l’horrible philtre
Qui me mord comme un aspic.

Dans votre infernale forge
Dont la haine est le marteau,
Votre patte a pour ma gorge
Forgé le fil d’un couteau.

Et c’est avec votre lame,
C’est avec votre liqueur,
Que j’ai meurtri ma pauvre âme
Et soûlé mon pauvre cœur.

Sorcières de la caverne,
Gueuses je vous maudis.
Vous avez fait un Averne
De mon divin paradis.

(Jean Richepin)

Illustration: Edvard Munch

 

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Les spleens exceptionnels (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Les spleens exceptionnels

Heureux celui qui l’âme et la chair bien d’accord,
À son gré, n’importe où, soûle, amuse sa bête!
Pourquoi ne puis-je, moi, traverser une fête,
Aimer, avoir bon cœur, vivre enfin sans remords ?

Je sais que nul ne voit la chute ni l’essor,
Et qu’on est seul, et qu’on peut tout! Qui donc m’arrête
Devant ces noirs opiums dont la rancoeur hébète,
Et qui stupéfieraient mes terreurs de la Mort [?]

Ah bien des jours de spleen, de ces jours roux d’automne,
Où tout pleure d’ennui dans le vent monotone,
M’ont chassé de ma chambre! — à la fin, décidé

A m’en aller croupir sur les seins et les cuisses
D’une catin géante, aux chairs ointes d’épices
Qui me bercerait comme un pauvre enfant vidé.

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Comme une pierre qui roule (Bob Dylan)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



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Comme une pierre qui roule

Il était une fois tu étais si bien habillée,
De ta superbe tu jetais un sou aux mendiants, n’est ce pas ?
Les gens prévenaient « Gaffe poupée, tu vas tomber »
Tu pensais qu’ils te faisaient tous marcher
Tu avais l’habitude de te moquer
De tous ceux qui traînaient alentour
Maintenant tu ne parles plus si fort
Maintenant tu ne sembles plus si fière
D’avoir à quémander ton prochain repas.

Comment se sent-on ?
Comment se sent-on ?
Quand on est sans maison
Comme une parfaite inconnue
Comme une pierre qui roule ?

Tu viens de la meilleure école, très bien, Miss Solitaire
Mais tu sais tu n’as fait que t’y soûler
Et personne ne t’a jamais enseigné comment vivre dans la rue
Et maintenant tu découvres que tu vas devoir t’y habituer
Tu disais que tu ne te compromettrais jamais
Avec le vagabond mystérieux, mais maintenant tu te rends compte
Qu’il ne vend pas d’excuses
Quand tu plonges dans le vide de ses yeux
Et tu lui demandes s’il veut bien faire un deal.

Comment se sent-on ?
Comment se sent-on ?
Quand on est tout seul
Quand on est sans maison
Comme une parfaite inconnue
Comme une pierre qui roule ?

Jamais tu ne retournais sur les regards noirs envers les jongleurs et les clowns
Quand ils venaient tous faire leurs tours pour toi
Tu ne voulais pas comprendre que ce n’était pas bien
De laisser d’autres gens prendre leur pied pour toi
Toi qui montais ce cheval d’acier avec ton diplomate
Qui portait sur son épaule un chat siamois
Ce fut très dur, non, lorsque tu découvris
Qu’il n’était pas si branché que ça
Une fois qu’il t’eut pris tout ce qu’il pouvait voler.

Comment se sent-on ?
Comment se sent-on ?
Quand on est tout seul
Quand on est sans maison
Comme une parfaite inconnue
Comme une pierre qui roule ?

Princesse sur ton clocher et tout ce joli monde
Qui boit et pense son avenir assuré
Echangeant toutes sortes de choses et dons précieux
Mais tu ferais mieux d’enlever ton diamant, tu ferais mieux de le gager, chou
Tu avais l’habitude de rire
De Napoléon en haillons et du langage qu’il parlait
Va le voir maintenant, il t’appelle, tu ne peux plus refuser
Quand on a rien, on n’a rien à perdre
Tu es invisible maintenant, tu n’as plus de secrets à dissimuler.

Comment se sent-on ?
Comment se sent-on ?
Quand on est tout seul
Quand on est sans maison
Comme une parfaite inconnue
Comme une pierre qui roule ?

***

Like A Rolling Stone

Once upon a time you dressed so fine
You threw the bums a dime in your prime, didn’t you?
People’d call, say, « Beware doll, you’re bound to fall »
You thought they were all kiddin’ you
You used to laugh about
Everybody that was hangin’ out
Now you don’t talk so loud
Now you don’t seem so proud
About having to be scrounging for your next meal.

How does it feel
How does it feel
To be without a home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?

You’ve gone to the finest school all right, Miss Lonely
But you know you only used to get juiced in it
And nobody has ever taught you how to live on the street
And now you find out you’re gonna have to get used to it
You said you’d never compromise
With the mystery tramp, but now you realize
He’s not selling any alibis
As you stare into the vacuum of his eyes
And ask him do you want to make a deal?

How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?

You never turned around to see the frowns on the jugglers and the clowns
When they all come down and did tricks for you
You never understood that it ain’t no good
You shouldn’t let other people get your kicks for you
You used to ride on the chrome horse with your diplomat
Who carried on his shoulder a Siamese cat
Ain’t it hard when you discover that
He really wasn’t where it’s at
After he took from you everything he could steal.

How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?

Princess on the steeple and all the pretty people
They’re drinkin’, thinkin’ that they got it made
Exchanging all kinds of precious gifts and things
But you’d better lift your diamond ring, you’d better pawn it babe
You used to be so amused
At Napoleon in rags and the language that he used
Go to him now, he calls you, you can’t refuse
When you got nothing, you got nothing to lose
You’re invisible now, you got no secrets to conceal.

How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?

(Bob Dylan)

 

 

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ETÉ (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



ETÉ
ET l’enfant répondit, pâmée
Sous la fourmillante caresse
De sa pantelante maîtresse :
« Je me meurs, ô ma bien-aimée !

« Je me meurs; ta gorge enflammée
Et lourde me soûle et m’oppresse;
Ta forte chair d’où sort l’ivresse
Est étrangement parfumée;

« Elle a, ta chair, le charme sombre
Des maturités estivales, —
Elle en a l’ambre, elle en a l’ombre;

« Ta voix tonne dans les rafales,
Et ta chevelure sanglante
Fuit brusquement dans la nuit lente. »

(Paul Verlaine)

Illustration: Irina Kotova

 

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