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Posts Tagged ‘soumis’

Âme soumise aux mystères du mouvement (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Âme soumise aux mystères du mouvement,
passe emportée par ton dernier regard ouvert,
passe, âme passagère dont aucune nuit n’arrêta
ni la passion, ni l’ascension, ni le sourire.

Passe : il y a la place entre les terres et les bois,
certains feux sont de ceux que nulle ombre ne peut réduire.
Où le regard s’enfonce et vibre comme un fer de lance,
l’âme pénètre et trouve obscurément sa récompense.

Prends le chemin que t’indiquera le suspens de ton coeur,
tourne avec la lumière, persévère avec les eaux,
passe avec le passage irrésistible des oiseaux,
éloigne-toi : il n’est de fin qu’en l’immobile peur.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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MURS (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
MURS

Nous,
Solides et durs, nous les murs,
Condamnés à écouter et à nous taire,
Des milliers
Des milliers d’années nous restâmes soumis,
Écoutant, comprenant,
Étouffant en nous silencieusement
La rumeur des générations.
Mais plus jamais
Plus jamais nous ne serons muets,
Nous entendrons
L’escalade,
La griffade,
La tornade
Des pas pesants, des pas épais
Des pas d’acier.
Il vient un colosse, un puissant,
Et tout ce qui, hier encore,
Régnait,
Comme le roc
Ou le granit
À genoux tombe devant lui,
Tremblant de panique,
Nous donne une langue,
Nous colle et nous couvre
D’affiches à foison, de placards et de feuilles,
Avec elles
Comme avec des gueules énormes
Nous allons crier
En écoutant le tonnerre des pas.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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SOUCOUPES DU CIEL (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
SOUCOUPES DU CIEL

Tu commenças de naître à ton propre destin
Par sa nuit nuptiale, en ta mère adorée,
Étroitesse et touffeur du ventre vénéré
D’où, doré de désir, en ce monde tu vins

Pour aimer la splendeur parfaite de son sein,
Sa tiède plénitude – ô tournesols si tendres,
Soucoupes qui du ciel pour toi semblent descendre
À ta langue portant le nectar le plus fin.

Par le lait maternel tu devins grand et beau.
D’une tête plus haut que ta mère, et plus haut
Que ces filles au bal à ta danse soumises,

Et tu aimes chacune, et te plaît l’éventail
De leur robe attirant l’odeur et le nectar
Des soucoupes du ciel qui te furent promises.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je Voudrais Vous Revoir (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Je Voudrais Vous Revoir

Cette lettre peut vous surprendre
Mais sait-on ? peut-être pas
Quelques braises échappées des cendres
D’un amour si loin déjà

Vous en souvenez-vous?
Nous étions fous de nous

Nos raisons renoncent, mais pas nos mémoires
Tendres adolescences, j’y pense et j’y repense
Tombe mon soir et je voudrais vous revoir

Nous vivions du temps, de son air
Arrogants comme sont les amants
Nous avions l’orgueil ordinaire
Du « nous deux c’est différent »
Tout nous semblait normal, nos vies seraient un bal
Les jolies danses sont rares, on l’apprend plus tard
Le temps sur nos visages a soumis tous les orages
Je voudrais vous revoir et pas par hasard

Sûr il y aurait des fantômes et des décors à réveiller
Qui sont vos rois, vos royaumes ? mais je ne veux que savoir
Même si c’est dérisoire, juste savoir
Avons-nous bien vécu la même histoire ?

L’âge est un dernier long voyage
Un quai de gare et l’on s’en va
Il ne faut prendre en ses bagages
Que ce qui vraiment compta
Et se dire merci
De ces perles de vie
Il est certaines
Blessures au goût de
Victoire
Et vos gestes, y reboire
Tes parfums, ton regard
Ce doux miroir
Où je voudrais nous revoir

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Ekaterina Moré

 

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La vraie tendresse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



La vraie tendresse, on ne la confond
Avec rien, elle se tait.
En vain tu t’évertues
À m’emmitoufler de fourrures les épaules et la gorge.
Vaines, tes phrases soumises
Sur le premier amour.
Comme je les connais, ces regards
Pressants, inassouvis !

(Anna Akhmatova)

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Le regret de ses réseaux (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Le regret de ses réseaux

L’air et l’eau dans ton nuage
Si nuage est ce regard
Cette pensée qui disperse
Le regret de ses réseaux

L’air nocturne sur ta bouche
L’animal pur de ton souffle
Et l’hôte impur de ta couche
Où mourir dans ta dépouille

Quand la hanche et las ton ventre
Soudainement s’alourdissent
L’air est noir sur ta bouche lisse
L’eau de la nuit vient dans tes jambes

Langue soumise et volontaire
Dans la fraîcheur et le feu
Muscle frais dans la caverne
Où ne règne aucune parole

Je n’ai pas de raison plus juste
De clairière plus résolue
A m’instruire en impatience
À l’exemple de la mort

Pressé de vivre en ce lieu
Dans la maison de l’abîme
De chair et de peau sublime
À la trace enfin de Dieu

(Jacques Chessex)

 

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Soumise à l’enfant muette (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2018




    
Soumise à l’enfant muette
qui parle en mon nom,
je me ferme, je me défends,
quand les choses,
comme des hordes de creux,
viennent à ma terreur.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Les os des morts (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



Les os des morts

Les os des morts
savent poudrer d’une glace subtile
les bouches de ceux qui aimèrent.
A tout jamais ils les empêchent d’embrasser !

Les os des morts
jettent leur blancheur à 1a pelle
sur la flamme brûlante de la vie.
Ils lui tuent toute ardeur!

Les os des morts
ont un pouvoir plus grand que la chair des vivants.
Car bien qu’épars ils sont de durs chaînons
qui nous retiennent, soumis et captifs!

***
Los huesos de los muertos

Los huesos de los muertos
hielo sutil saben espolvorear
sobre las bocas de los que quisieron.
¡Y éstas no pueden nunca más besar!

Los huesos de los muertos
en paletadas echan su blancor
sobre la llama intensa de la vida.
¡Le matan todo ardor!

Los huesos de los muertos
pueden más que la carne de los vivos.
¡Aun desgajados hacen eslabones
fuertes, donde nos tienen sumisos y cautivos!

(Gabriela Mistral)


Illustration


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Un amour au-delà de l’amour (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018




    
Un amour au-delà de l’amour,
plus haut que le rite du lien,
au-delà du jeu sinistre
de la solitude et de la compagnie.

Un amour qui n’ait pas à revenir,
mais non plus à s’en aller.
Un amour non soumis
aux frénésies d’aller et venir,
d’être éveillés ou endormis,
d’appeler ou de se taire.

Un amour pour être ensemble
ou pour ne l’être pas,
mais aussi pour tous les états intermédiaires.

Un amour qui serait comme ouvrir les yeux.
Et peut-être aussi comme les fermer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Je l’ai promis (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



Abdalieva Akzhan   0

Je l’ai promis

Tu me reprends ton amitié :
Je n’ai donc plus rien dans le monde,
Rien que ma tristesse profonde.
N’en souffris-tu que la moitié,
Toi, dans ta mobile amitié,
Va ! Je plaindrai ta vie amère.
Que Dieu pour l’amour de sa mère,
Ou pour moi, te prenne en pitié !

On ne commande pas l’amour :
Il n’obéit pas, il se donne ;
Voilà pourquoi je te pardonne :
Mais tu m’as tant aimée un jour
Que j’en demeurai tout amour.
Pour une autre as-tu fait de même ?
Aime donc longtemps, si l’on t’aime :
C’est mortel quand ce n’est qu’un jour.

Et ma part de bonheur promis,
Comme aux plus humbles de la terre,
Bonheur qu’avec un saint mystère
Entre tes mains j’avais remis,
Dans l’abandon d’un coeur soumis ;
Si j’en résigne le partage,
C’est pour t’en laisser davantage :
Rien pour moi, rien ! Je l’ai promis.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Abdalieva Akzhan

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