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Posts Tagged ‘soumission’

Envole-moi (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Envole-moi

Minuit se lève en haut des tours
Les voix se taisent et tout devient aveugle et sourd
La nuit camoufle pour quelques heures
La zone sale et les épaves et la laideur

J’ai pas choisi de naître ici
Entre l’ignorance et la violence et l’ennui
J’m’en sortirai, j’me le promets
Et s’il le faut, j’emploierai des moyens légaux

Envole-moi …
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi …
Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots
Envole-moi

Pas de question ni rébellion
Règles du jeu fixées mais les dés sont pipés
L’hiver est glace, l’été est feu
Ici, y’a jamais de saison pour être mieux

J’ai pas choisi de vivre ici
Entre la soumission, la peur ou l’abandon
J’m’en sortirai, je te le jure
A coup de livres, je franchirai tous ces murs

Envole-moi …
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi …
Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots
Envole-moi

Me laisse pas là, emmène-moi, envole-moi
Croiser d’autres yeux qui ne se résignent pas
Envole-moi, tire-moi de là
Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas
Envole-moi …
Regarde moi bien, je ne laur ressemble pas
Me laisse pas là, envole-moi
Avec ou sans toi, je n’finirai pas comme ça
Envole-moi, envole-moi, envole-moi …

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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L’ARÔME DE LA FAIM (Zdenka Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2019



Illustration: Giacomo Manzu
    
L’ARÔME DE LA FAIM

Aucun mot sur les flétrissures
aucune soumission aux rides
sur le visage
être seulement convive à ce repas
la table richement servie
l’arôme de la faim
à la lueur des chandelles
l’arôme de la faim
l’un de l’autre.

***

Geen woord over het verwelken
geen deemoed voor de rimpels
in het gelaat
alleen maar gast te zijn bij dit maal
feestelijk gedekt de tafel
de geur van de honger
in kaarslicht gedoopt
de geur van de honger
naar elkaar.

***

THE SCENT OF HUNGER

Not a word about the wilting
no humility for the wrinkles
in the face
just to be a guest at this meal,
festively set the table,
the scent of hunger
bathed in candlelight.
the scent of hunger
in one another.

***

ZAPACH GŁODU

żadnego słowa o więdnięciu,
niepokorność dla zmarszczek na twarzy,
po prostu być gościem na tym posiłku,
świątecznie zastawić stół

zapach głodu
zanurzony w blasku świec,
zapach głodu
ku sobie nawzajem.

***

意大利 吉雅卡莫·曼祝 摄
一句不说枯萎事
对脸上的皱纹
不客气
只是做这顿饭的客人
摆好节日餐桌
饥饿气味
沐浴在烛光中
饥饿的气味
相互彼此。

***

Ni una palabra sobre el marchitamiento
ni humildad por las arrugas
en la cara
solo ser invitado a esta comida
la mesa puesta de modo festivo
la fragancia del hambre
bañada a la luz de las velas
del uno al otro
la fragancia del hambre.

***

Non una parola sullo sfiorire
nè umiltà per le rughe sul volto
sul volto
essere solo ospiti a questa mensa
sedere a questo tavolo festivo
il profumo della fame
bagnato in una luce di candela
il profumo della fame
offerto l’un l‘altro.

***

Kein wort über das welken
keine demut vor den falten
im gesicht
nur gast sein bei diesem mahl
festlich gedeckt der tisch
der duft des hungers
ins kerzenlicht getaucht
der duft des hungers
nach einander

***

***

***

(Zdenka Becker)

 

Recueil: Ithaca 570
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Néerlandais / Anglais Germain Droogenbroodt –Stanley Barkan / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Chinois William Zhou / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand / Arabe / Hébreu Dorit Weisman /
Editions: POINT

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



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LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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Je vis (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Je vis
la peur au ventre
Peur de quoi ?
De l’apocalypse annoncée
et péniblement reportée
Du tarissement de l’amour
de l’écriture
Du bourreau que j’ai cru oublier
et qui ne m’a pas encore oublié
De commettre quelque ignominie
D’attraper la maladie de la soumission
Ou de mourir par hasard
écrasé comme un chien ?

(Abdellatif Laâbi)


Illustration

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SOUS LE PONT (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




SOUS LE PONT

Quoique la Grande Loterie
vous habitue à la soumission,
il doit en convenir : il espérait mieux.
I1 espérait toucher un corps
plus ambitieux, aux bras capables
de joindre l’utile à l’agréable,
aux lèvres non bégayantes.
I1 espérait au moins bénéficier
d’un minimum de chaleur autour de l’os !
Or il habite une carcasse
de Christ rompu, avec des gestes de grabataire,
des poumons qu’irritent les gaz
d’embouteillage,
6 heures, au sortir du carton.

(Gérard Noiret)

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