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Poésie

Posts Tagged ‘soupçonner’

Nous cherchons (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
Nous cherchons,
sous d’instables
ruines, la preuve
de notre existence,

mais il suffit
d’un ver luisant
dans la pénombre,

pour que le monde
se révèle et que
cette frêle clarté

indique l’entrée
d’un domaine
que nous n’avions
pas soupçonné.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand je lis Paul de Roux (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2018



Illustration: ArbreaPhotos 
    
quand je lis Paul de Roux je m’arrête
j’écoute les échos d’une voix que je connais
au coeur de cette voix j’ai l’impression de me connaître
un peu mais obscurément j’ai le sentiment d’être
un peu plus près de moi sous un soleil voilé

et même lorsque je me récite ce vers
et tout a la tristesse des choses abandonnées
je soupçonne autour de moi cet envers
des choses mortes qui s’obstinent à durer

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Revermont
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La nuit ronfle (Georg Büchner)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



    

La nuit ronfle au-dessus de la terre et s’agite en un songe atroce.
Des pensées, des désirs à peine soupçonnés, troubles et informes,
qui se dissimulaient craintivement à la lumière du jour,
reçoivent maintenant figure et relief
et se faufilent comme des voleurs dans la demeure silencieuse du rêve.
Ils ouvrent les portes, regardent par les fenêtres, s’incarnent à moitié.

(Georg Büchner)

 

Recueil: La Mort de Danton
Traduction:
Editions:

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Parler (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



XIR201627

Parler —

Art de laisser filer la sonde dans la profondeur
que ne peut soupçonner l’homme de surface, l’homme actif, psychique.
Car nous, riverains ou nageurs,
toujours nous péririons dans l’ignorance de l’altitude sous nous,
sans la parole qui opère à tout instant le sondage pour nous,
et qui ainsi est notre profondeur,

Ecrire, c’est écrire malgré tout.
Comme une barque assemblée contre l’Océan sans mesure
— et la barque tire sa forme de l’Enorme qu’elle affronte en craignant la défaite,
et différents sont les esquifs autant que les ports d’un pôle à l’autre —
ainsi le style est ajointement malgré tout, manière de se jeter à cœur perdu mesure de l’immense;
et chacun reçoit figure de l’aspect que montre l’Elément où de son côté il se trouve jeté,
de la terreur déterminée que lui inspire l’indéterminé.

Faire front dans le tumulte pour m’y tenir à flot, quelque temps, sur l’inconnaissable.
—La phrase, ligne de flottaison.

(Michel Deguy)

Illustration: Hokusai

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Briser aussi les mots (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Briser aussi les mots,
comme s’ils étaient des alibis face à l’abîme
ou des cristaux trompés
par une conspiration de la lumière et de l’ombre.

Puis parler avec les fragments,
avec des morceaux de mots,
puisqu’il n’a servi de rien ou presque
de parler avec les mots entiers.

Reconquérir le balbutiement oublié
qui répondait à l’origine aux choses
et laisser les fragments s’assembler tout seuls,
comme se soudent les os,
comme se soudent les ruines.

Parfois l’épars précède l’entier,
les parties d’une chose précèdent la chose.
L’apprentissage de l’unité
est encore plus humble et incertain
qu’on ne le soupçonne.
La vérité est aussi peu sûre
que sa négation.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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DES RUMEURS VONT… (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Titien_Sisyphe

DES RUMEURS VONT…

Des rumeurs vont qui te soupçonnent,
des doutes viennent qui t’effacent.
Les paresseux et les rêveurs,
se méfiant de leurs ardeurs,
demandent que îles montagnes saignent,
pour croire en toi.
Mais toi, tu inclines ta face.
Tu pourrais trancher les veines des monts,
en signe d’un grand tribunal;
mais peu t’importent
les païens.
Tu ne veux pas lutter contre toutes ces ruses,
ni chercher la faveur de la lumière.
Car peu t’importent
les chrétiens.

Ceux qui questionnent peu t’importent.
Avec tendresse tu regardes
tous ceux qui portent.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Titien

 

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LES FLEURS PRIENT POUR LES ENFANTS (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018



Illustration
    
LES FLEURS PRIENT POUR LES ENFANTS

Une forêt obscure a émergé
de notre esprit et a recouvert
l’horizon. Seules les sentes
traversent et se perdent dans
la crainte. Pas de futur en vue.

Les enfants courent, dansent sans soupçonner
ce qui se déroule au-dessus d’eux,
tandis que penchées autour
et sous leurs pieds (jusqu’à
entendre la clameur et voir
le nuage) comme une immense
assemblée de fidèles en plein air,
les fleurs prient.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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FATALITÉ (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
FATALITÉ
À René Pérez

Bienheureux l’arbre qui est à peine sensitif,
plus encore la pierre dure, rien ne touche celle-là
car il n’y a pas de douleur plus grande que d’être vif
et l’existence consciente est le pire des tracas.

Être, et ne rien savoir, être sans but certain,
et la peur d’avoir été et la terreur qu’un jour…
L’effroi infaillible d’être mort demain,
et souffrir pour la vie, pour l’ombre et pour

ce que nous ne connaissons pas et soupçonnons à peine,
et la chair qui tente avec ses frais raisins,
et la tombe en attente avec ses chrysanthèmes,
et ne pas savoir son destin,
et ignorer d’où l’on vient… !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Tout le monde veut vivre (Gabriel Garcia Marquez)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Viviane Josée Restieau
    
Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne,
sans soupçonner que le vrai bonheur
est dans la manière de gravir la pente

(Gabriel Garcia Marquez)

 

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