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Poésie

Posts Tagged ‘soupe’

BRETAGNE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018




BRETAGNE

Elle me rappelle un bout de saucisse
Fumée dans la cheminée
Un morceau de lard bien gras
La soupe épaisse du matin
Dans la marmite noire
Une poignée de châtaignes
Et des pommes cuites sous la cendre
Une bolée de cidre bien gouleyant
Des galettes de blé noir
Baignées de beurre salé
Des sardines frites sur le gril
Elle me rappelle la pluie ravinant le granit
Le vent hurlant sur la lande
Un calvaire à la croisée des chemins
Elle me rappelle les filles
Au corsage bien garni
Qu’on roulait dans la paille
Quand majestueuse
La batteuse ronronnait dans l’ombre du soir
Et que le travail de la terre
Exaltait la fraternité des hommes
Elle me rappelle des fermes blotties derrière des haies
Des chemins creux des embuscades d’antan
Des prés minuscules
Où broutaient des vaches placides
Au museau toujours humide
Elle me rappelle dans sa chaumière
Une fille qui te ressemblait
Derrière sa machine à coudre

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

 

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L’enfant (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2018



L’enfant

«Un pain, du beurre, un camembert,
mais surtout n’oublie pas le sel.
Reviens pour mettre le couvert,
ne va pas traîner la semelle.»

L’enfant s’en va le nez au vent.
Le vent le voit. Le vent le flaire.
L’enfant devient un vol-au-vent,
l’enfant devient un fils de l’air.

«Reviens, reviens, au nom de Dieu!
Tu fais le malheur de ton père.
Ma soupe est déjà sur le feu.
Tu devrais mettre le couvert! »

Léger, bien plus léger que l’air,
l’enfant est sourd à cet appel.
Il est déjà à Saint-Nazaire.
Il oublie le pain et le sel…

(Claude Roy)


Illustration: Jean-Marc Zabouri

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Ta bière était bonne à boire, ami (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018



 

Jean-Eugène Buland -1

Ta bière était bonne à boire,
ami, ton genièvre aussi.
Jamais tu ne fus avare
et gai partageais les fruits.

J’aiguise le fer de bêche
et retourne ton jardin,
tu n’es pas de ceux qu’on laisse
partir sans un coup de vin.

Ta maisonnette s’anime
d’un coq au réveil-matin
et je rouvre la cuisine,
le clapier de tes lapins.

Ton chat perche sur la butte
et guette un merle malin,
la poule au pas de la hutte
dit bonjour à ton voisin.

Je sais que parfois tu viens
revoir le coin de ta vie
et c’est pour toi que je tiens
les plates-bandes fleuries.

Voici les noix, les noisettes,
cher bricoleur, tes outils,
faisons un brin de causette,
les pelouses restent vertes,
le verger marque midi :

comme avant la soupe est prête,
on t’invite, tu souris,
et parmi nous pour la fête,
à table tu t’es assis.

(Géo Libbrecht)

Illustration: Jean-Eugène Buland

 

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LE ROULIER (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




Illustration    
    
LE ROULIER

La route va, sans espoir,
Droit entre bise et galerne :
Coteaux plus bas que les soirs
De grands vents et de lanternes.

Le roulier suit cette route
Sous les cabans étoilés,
Épie l’ombre, ruse, écoute
L’acide vent vert des blés.

Bise en proue, galerne en poupe,
Il fonce au coeur des forêts,
Mais là-bas l’attend la soupe
Et le pichet de vin frais.

Délivré des peurs mortelles,
Il claque d’un fouet vainqueur,
Et le vent ferme ses ailes
Puis se couche dans son coeur.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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SIGNES ET SITUATIONS (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



 

reflet lune soupe

SIGNES ET SITUATIONS

1.
Petit pommier du Japon
disant tout doucement
pas la peine d’aller à Kyoto

2.
Le vieux Hakuin
écoutant la neige
là-bas, à Shinoda

3.
Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est ?
la lune
reflétée dans ma soupe

*

SIGNS AND SITUATIONS

1.
Little Japanee apple-tree
saying quietly
no need to go to Kyoto

2.
Old Hakuin
listening to the snow
out there at Shinoda

3.
What’s that? What’s that?
the moon
reflected in my soup

(Kenneth White)

 

 

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Je me souviens (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Je me souviens
de ces jours anciens
où je vidais à mon réveil
une énorme écuelle
de soupe au lard
dans laquelle trempaient
des tranches de pain de douze livres
qui avait réchauffé dans les cendres chaudes
de la cheminée de cette chaumière bretonne
tandis que ma tante Julie trayait sa vache
avant de me donner un bol de lait crémeux

Qu’il faisait bon vivre
à seize ans dans ce lit clos
sous le gros édredon
quand venait me réveiller
en me chatouillant Pierrete
une jeune voisine
qui avait une si belle poitrine
qu’elle m’autorisait à caresser.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Le Pommier tordu (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



 

Le Pommier tordu

Il y a un pommier tordu
Dans le pré ;
Jeune femme en ta maison, qu’as-tu
À soupirer ?

Il y a un vieil homme gris
Près du feu ;
Ne soupire donc pas pour si peu :
Le chat au grenier guette la souris.

Il y a un oiseau qui chante sur la branche ;
Il y a un garçon qui siffle sur la route ;
Vieux mari, fais chauffer la soupe :
Ta femme reviendra dimanche.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Paul Ranson

 

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Chaque nuit (Issa)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



chaque nuit
hôte de la neige
avec une soupe de légumes

(Issa)

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Dans les journaux (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Dans les journaux

À l’aube elle se leva. Elle bénit ses enfants.
Et les enfants ont rêvé un songe joyeux.
Elle déposa, s’inclinant jusqu’à terre,
Sa toute dernière prosternation.

Kolia ouvrit les yeux. Son soupir de joie
Salua le songe qui bleuissait encore.
Un tintement de verre gronda et s’éteignit:
C’était la porte du bas qui claquait.

Les heures passèrent. Un homme est venu,
Avec, sur son bonnet, un insigne d’étain.
L’homme cognait à la porte, attendait.
Personne n’ouvrait. On jouait à cache-cache.

C’était l’Épiphanie. Il faisait froid et gai.

Ils avaient caché le fichu rouge de maman.
Le matin, elle mettait ce fichu en partant.
Aujourd’hui, elle avait laissé son fichu:
Les enfants s’en allaient le cacher dans les coins.

Le crépuscule affleurait. Les ombres des enfants
Dansaient sur les murs à la lueur des lanternes.
Quelqu’un montait en oomptant les marches,
S’arrêta. Et pleura. Et frappa à la porte.
L’oreille aux aguets ils ouvrirent la porte :

La grosse voisine apportait de la soupe.
Elle dit: «Mangez.» Et puis, comme maman,
Elle se prosterna et bénit les enfants.

Maman ne souffre pas, mes enfants tout roses.
Elle est allée se coucher sur les rails.
À l’excellente femme, à la grosse voisine
Merci, merci. Maman ne pouvait pas…

Elle va bien maintenant. Elle est morte, maman.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Image (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




Illustration: Zinaïda Serebriakova
    

Image

Le père distribue la soupe à la tribu rongée d’amour
La mère signe le pain d’une croix salvatrice
où les enfants broiront l’ardeur de leurs baisers
le foin de leurs pensées s’incendie d’avenir.

Dans la tiédeur des mets languissent de belles lèvres
et le vin sent le sang, le sang frère et caché
le sang si doux dans la chair de verre :
« Que les enfants ont soif ! que les enfants ont faim ! »

Tous les désirs vivants semblent dormir ici
chiens muselés gardés la laisse au poing
et tous les tièdes yeux regardent dans la nuit
l’essaim des mouches blanches farder la terre.

C’est le silence et l’harmonie des coeurs
le père songe à la vache qui vèle
la mère songe au froid de cette neige
sur le froid du tombeau de l’enfant mort.

Jean-Paul songe à des chairs sans ombre
aux seins de la servante entrevus dans la grange
et Jeanne songe au berger de la sente :
ah ! neige née sur le feu de mon sang.

Les parents rient, des liserons de neige regardent la famille,
un Christ de poussière se meurt sur le mur
un Dieu laid comme un homme montre son coeur à nu,
l’horloge bat, ô mon coeur ! ô mon coeur ! si lente…

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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