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On n’oublie pas les yeux que la femme invente pour jouer à l’amour (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



 

Eduard Fleminsky 0

On n’oublie pas les yeux que la femme invente pour jouer à l’amour

Tes yeux perdus dans ce silence
fait d’horizon mêlé à la terre des montagnes
tes yeux sans feu ni lieu
tes yeux sans dieu ni foi
traînés parmi les pierres de cent villes entassées
entre l’abîme de ma voix et l’éternité d’un regard
je les soupèse de la main pour en faire sortir l’amertume
La nuit s’accroche au monde de toutes ses griffes
Il est là invisible comme la limite du ciel
debout dans sa puissance de roi des microbes
il y a tant d’obstination dans la fixité de ses yeux
qu’on dirait la tête morte d’un pharaon
dans son sarcophage de sable

On n’oublie pas les yeux que la femme invente
pour jouer à l’amour
On lui fait croire qu’elle est belle
en se noyant dans son regard
pour ne pas voir les rides que la vie dessine autour des lèvres
en s’en allant.

(Marc Alyn)

Illustration: Eduard Fleminsky

 

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Ils doivent croire que je suis en acier (Juan-José Canton y Canton)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Ils doivent croire que je suis en acier
résistant au coup et à l’affrontement,
sans peur, disant toujours ce que je ressens,
ce qui me pousse, ce que je vis, ce que je ne veux pas.

Ils doivent croire que je ne meurs jamais,
que j’ignore le vide, que je ne trahis
jamais mes rêves, la pensée sincère
de l’homme qui en moi demeure.

Qu’ils sachent que je suis en chair et en os,
que moi, aussi je recèle de la lumière et de l’ombre
et que je ne m’en suis pas toujours sorti intact.

Qu’ils sachent que ma voix ne nomme pas toujours
la douleur que dans mon coeur je soupèse,
et que parfois ce qui stupéfait rend muet.

(Juan-José Canton y Canton)


Illustration: Pascal Renoux

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Quand la forme de mon corps s’est brisée (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Quand la forme de mon corps
s’est brisée en éclats
et que le ciel et les nuages
m’ont traversé le tronc
femme-nuage dont les jambes inutiles
couraient derrière ma raison perdue
j’ai soupesé le pour et le contre
et promulgué un édit
dont moi seule connais les paraphes
Ainsi une planète nucléarisée
ne perd ni sa gravité teintée de jaune d’oeuf
ni son magnétisme
et mes satellites continuent de tourner
ne pouvant échapper à mes lois

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Plus juste que ma vie peut-être (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    
Plus juste que ma vie peut-être
Et de toutes façons plus sûre
Ici dans la brume partout
Où mon amour ne peut plus être

Un signe obscur dans la vallée
Une femme en cheveux qui boit
Le sang de ses fils goutte à goutte

Ne plus rien savoir mais savoir
Que tu es là que je t’emporte
Ma belle mort irremplaçable

Le dernier quart d’heure où je vis
Est celui-là où tu soupèses
Ma poussière mes tristes mains

Tu ne sembles pas satisfaite.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Le bateau vide (Ángel Bonomini)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017



Illustration: David Brayne
    
Le bateau vide
– qui apparaît maintenant sur la plage –,
cède doucement,
sans réserve,
au mouvement de l’eau.

Être ainsi dans le monde
même par-delà l’intelligence
qui soupèse tout.

Adopter la façon du bateau
afin de s’intégrer
dans l’harmonie.

***

El barco vacío
-ahora que amanece sobre la playa-,
dócilmente cede,
sin reparos,
al movimiento del agua.

Así estar en el mundo,
aún después de la inteligencia
que todo considera.

Optar por el modo del barco
a fin de integrarse
en la armonía.

(Ángel Bonomini)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Tours de silence
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: Arfuyen

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L’ange gardien (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



    

L’ange gardien

L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.

Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.

Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre

Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse

D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.

(Anne Hébert)

 

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Ce qui stupéfait rend muet (Juan-José Canton y Canton)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2016



Ils doivent croire que je suis en acier
résistant au coup et à l’affrontement,
sans peur, disant toujours ce que je ressens,
ce qui me pousse, ce que je vis, ce que je ne veux pas.

Ils doivent croire que je ne meurs jamais,
que j’ignore le vide, que je ne trahis
jamais mes rêves, la pensée sincère
de l’homme qui en moi demeure.

Qu’ils sachent que je suis en chair et en os,
que moi, aussi je recèle de la lumière et de l’ombre
et que je ne m’en suis pas toujours sorti intact.

Qu’ils sachent que ma voix ne nomme pas toujours
la douleur que dans mon coeur je soupèse,
et que parfois ce qui stupéfait rend muet.

(Juan-José Canton y Canton)

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JE PARLE DROIT… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016



JE PARLE DROIT…

Je parle droit, je parle net, je suis un homme,
Je soupèse l’oiseau, le sein, le mot qui bouge,
Je fais ce que je peux de mon corps qui s’étonne,
Je fais ce que je veux du monde que j’épouse.

J’ouvre l’oeil : un chemin jaillit de ma paupière,
Fait le tour de la foule et l’engrange en mon coeur ;
J’ouvre l’oreille : un flot me jette au bout des mers
Avec ma femme et mon bonheur

Et si je tends la main, dans l’aube soupçonneuse,
Vers celui que je fus, qui mourait chaque soir,
C’est celui que je suis qui me parle d’espoir
Et ferme à mon côté la blessure d’enfance.

Je dis : « un arbre » et l’arbre monte dans la vie,
Tout frémissant de certitude
Avec sa cargaison d’étoiles et de nids,

Je dis : « Courage » et l’homme enjambe sa statue,

Je dis « Amour » et les fleurs poussent dans la rue,
Je dis « Malheur » et tous se sentent responsables,
« Liberté », ce ruisseau fait craquer son corsage
Et met du rouge aux joues des prairies affamées.

Je parle droit, je fais flamber les huches sombres
Ou le pain moisit sous les hardes.
Je parle net, je mets en pièces les grabats,
Le bordereau plié dans le tiroir des maîtres,
Les écluses du coeur que manoeuvre la Banque,
Je broie la dragée haute et les bonnes raisons,
Celles qui jamais ne nous manquent.

Je suis un homme et j’ai souffert
De la nuit, du hasard et de la solitude ;
Je suis un homme et j’ai vécu
D’avoir aimé le jour, l’ordre, la multitude

Je suis un homme et j’ai rêvé
De moissons de cristal, de cloches sous la mer,
De vaisseaux enfouis dans la houille du coeur,
De repos parfumés sur les grèves du ciel ;

Je suis un homme et j’ai choisi
De moissonner l’aurore et ses bleuets lucides
Sur les carreaux souillés des maisons endormies
Et ses coquelicots qui sont des cris d’usine,
Et de marcher sans trêve à l’amble de mon sang,
A la bouche les mots qui nomment, qui rassemblent,
Et près de moi les hommes inventaient cet amble
Pour eux, pour moi, pour tous et nous allions ensemble
Et devant nous les choses faisaient chien-couchant.

Je parle droit, je parle net, je suis un homme,
Les mains actives, l’oeil peuplé,
Et j’appartiens à tous les hommes
Pour avoir su leur ressembler.

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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SANS NUIRE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2015



JE suis servante dans la rue
je ne sais rien Mes seins
se serrent Oh ! qu’on empoigne
Tous ceux-là sans chevalerie

Mes yeux fermés C’est un trésor
Sans le tenir que je soupèse
Doux comme un soleil qui me chauffe
Au mur très bon où je m’endors

Mes épaules à la fenêtre
Pour accourir pour échapper
Les trains les camps les gares
Pour attendre je revenais

Ma chambre ô mon pauvre savon
Et ma valise de carton
J’ai seulement rêvé dans la ville de pierre
D’un bain qui me caresse et me serre
Plus profond et plus long que la mer

(Pierre Morhange)


Illustration: Amedeo Modigliani

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