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Poésie

Posts Tagged ‘soupirer’

LA COUR DANS LE PALAIS (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Torii Kiyonaga
    
LA COUR
DANS LE PALAIS
Thou-Sin-Yu

Quel calme sévère ! Quel solennel silence !…
Toutes les portes sont closes et les parterres de fleurs embaument, discrètement ;
Deux femmes, appuyées l’une à l’autre, se tiennent debout,
au bord de la terrasse, à balustrade de marbre rouge.

L’une d’elles voudrait parler, confier à sa compagne, le chagrin secret qui meurtrit son cœur.
Elle jette un regard anxieux vers les feuillages immobiles,
et, à cause d’un perroquet, aux ailes chatoyantes, perché sur une branche voisine,
elle soupire, et ne parle pas.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon
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D’une fontaine (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



 

D’une fontaine

Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante,
A la couleur d’argent, semble parler d’Amour ;
Un herbage mollet reverdit tout autour,
Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.

Le feuillage obéit à Zephyr qui l’évente,
Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour ;
Le soleil clair de flamme est au milieu du jour,
Et la terre se fend de l’ardeur violente.

Passant, par le travail du long chemin lassé,
Brûlé de la chaleur et de la soif pressé,
Arrête en cette place où ton bonheur te mène ;

L’agréable repos ton corps délassera,
L’ombrage et le vent frais ton ardeur chassera,
Et ta soif se perdra dans l’eau de la fontaine.

(Philippe Desportes)

 

 

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REGARDANT LES ESQUIFS A SAN SABBA (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
REGARDANT LES ESQUIFS A SAN SABBA

J’entendis leurs jeunes coeurs crier
Vers l’amour au-delà des rames obliques
Et entendis les herbes de la prairie soupirant:
Jamais plus, ne revient jamais plus!

Ô coeurs, ô herbes soupirant,
Vainement vos bannerets éconduits se lamentent!
Jamais plus le vent sauvage passant
Ne revient, jamais plus ne revient.

***

WATCHING THE NEEDLEBOATS AT SAN SABBA

I heard their-young hearts sing
Loveward above the glancing oar
And heard the prairie grasses sighing:
No more, return no more!

O hearts, O sighing-grasses,
Vainly your loveblown bannerets mourn!
No more will the wild wind that passes
Return, no more return.

(James Joyce)

 

Recueil: Musique de chambre et autres poèmes Pomes Penyeach Ecce Puer
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Le fer à repasser (Joël Sadeler)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


 


 

Le fer à repasser

Le fer à repasser

Assez assez j’en ai assez
gémit le fer à repasser

j’en ai assez d’aller et venir
sur ma planche sans avenir

j’en ai assez de souffler
toujours le chaud et le mouillé

sur les maillots les pantalons
les corsages et les jupons

les blouses me donnent le blues
quand il faut les presser par douze

et les mouchoirs sont ma terreur
soupire encore le fer-vapeur

Assez assez j’en ai assez
gémit le fer à repasser

(Joël Sadeler)

 

 

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Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous (André Mage de Fiefmelin)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,
Où la guerre, la paix, l’amour, la haine, l’ire,
La liesse, l’ennui, le plaisir, le martyre
Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous
Sous habits déguisés à malfaire et médire.
L’un commande en tyran, l’autre, humble, au joug soupire ;
L’un est bas, l’autre haut, l’un jugé, l’autre absous.

Qui s’éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,
Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne
Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

Bref, ce n’est qu’une farce, ou simple comédie
Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant,
Change la catastrophe en triste tragédie.

(André Mage de Fiefmelin)

 

 

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Entrer sans frapper (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Entrer sans frapper

Si j’apprends à t’aimer, chez moi tu pourras entrer sans frapper,
mais réfléchis bien: ce sera pour t’étendre
sur ma paillasse, et soupirer à l’unisson de la paille
crachant poussière.

Je t’apporterai une cruche d’eau fraîche
et j’essuierai tes souliers quand tu t’en iras;
personne ici ne nous dérange:
tu pourras donc, dos courbé, rapiécer nos nippes.

Grand est ici le silence: je te parlerai;
si tu es fatigué, je te ferai asseoir sur l’unique chaise;
s’il fait chaud, tu pourras ôter col et cravate;
si tu as faim, tu auras pour seule assiette une feuille de papier,
mais propre,
et n’oublie pas de m’en laisser un peu – moi aussi j’ai grand faim.

Si j’apprends à t’aimer, chez moi tu pourras entrer sans frapper,
mais réfléchis bien:
tu me ferais peine si d’ici longtemps tu te dispensais
de venir chez moi.

(Attila Jozsef)

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Mon Cœur soupire (Bernard de Ventadour)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Alexander Sulimov -    (36)

Mon Cœur soupire

De bonne foi, sans tromperie,
J’aime la plus belle et meilleure.
Mon coeur soupire, mes yeux pleurent,
De trop l’aimer pour mon malheur.
Mais qu’y puis-je si l’amour m’a pris,
Si la prison où il m’a mis
A pour seule clé la merci
Qu’en elle je ne trouve point ?

Cet amour me blesse le cœur
D’une saveur si gente et douce
Que si cent fois par jour je meurs
Cent fois la joie me ressuscite.
C’est un mal de si beau semblant
Que je le préfère à tout bien,
Et puisque le mal m’est si doux,
Quel bien pour moi après la peine !

(Bernard de Ventadour)

Illustration: Alexander Sulimov

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À la belle impérieuse (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Joane Michaud
    
À la belle impérieuse

L’amour, panique
De la raison,
Se communique
Par le frisson.

Laissez-moi dire,
N’accordez rien.
Si je soupire,
Chantez, c’est bien.

Si je demeure,
Triste, à vos pieds,
Et si je pleure,
C’est bien, riez.

Un homme semble
Souvent trompeur.
Mais si je tremble,
Belle, ayez peur.

(Victor Hugo)

 

Recueil: La chanson des rues et des bois
Traduction:
Editions: Gallimard

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TERRE ARROSEE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
TERRE ARROSEE

Dans les verts brouillards de l’Aurore
Ah! tout ce qui se cache, ce qui se cache de bonheur
Et de malheur. Dans les brouillards de la nuit
Le rose ne s’est pas évanoui
Que le chien déjà bâille et s’ennuie.
Il y a autant d’oiseaux que de feuilles dans la forêt.

La nuit quand je pense à la poésie
Je ne peux pas, je ne peux pas dormir
Eau d’aurore
Les mots, ne les dissipez pas encore
— Tu les trouveras dans la rue
En allant revoir tes amis :
Entre le grand ciel triste et tout ce qui, gonflé,
Soupire, le miracle naîtra de la terre arrosée.

(Max Jacob)

 

Recueil: Le laboratoire central
Traduction:
Editions: Gallimard

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Scabieuse et souci (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



Scabieuse et souci

Assis à l’ombre d’un saule pleureur,
le Souci jetait un regard d’envie sur la prairie.
Toutes les fleurs sont heureuses, se disait-il;
moi seul je souffre, on me délaisse, on m’abandonne,
personne ne veut me prendre en pitié.
[Passe par là] la Scabieuse qui habite au pied du coteau;
elle a perdu son mari hier; la voilà veuve avec deux enfants sur les bras.

C’est vous qui soupirez ainsi, demanda la Scabieuse au Souci d’une voix douce?
Et qui donc serait-ce? répondit le Souci d’un ton bourru;
n’ai-je pas raison de soupirer?
Pourquoi plus qu’un autre? reprit la Scabieuse;
tout le monde n’a-t-il pas sa part de tristesse dans cette vallée de larmes?
Pour diminuer ses chagrins, il faut se créer des devoirs.
Je serais bien malheureuse si mon mari, en mourant,
ne m’avait laissé ces deux faibles créatures à soutenir;
elles m’ont pour ainsi dire rattachée à la terre, c’est pour elles que je vis.
Elles vous mépriseront quand elles n’auront plus besoin de vous.
Les enfants sont des ingrats.
Avez-vous été marié?
Jamais.
Quels sont vos amis?
Je n’en veux point, ils sont tous intéressés.
Aimez-vous vos semblables?
Non, car ils me détestent.
Je vous plains de penser ainsi, continua la Scabieuse,
mais cela ne m’étonne pas, vous voulez vivre dans la solitude.
Cessez d’être misanthrope, croyez-moi;
épanchez votre coeur dans le coeur d’un ami,
si vous voulez être heureux.
L’isolement aigrit le Souci.

(J.J. Grandville)

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