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Poésie

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A peine rencontrés, il fallut nous quitter (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



A peine rencontrés, il fallut nous quitter
Et ne pensais pas
Jamais revoir son visage.
Mais l’autre jour
Par hasard, dans un banquet je l’ai retrouvée.
Tandis que nous buvions,
Elle trouva le loisir
De soupirer, les sourcils tout froncés,
Ressuscitant une foule de chagrins anciens.

Les yeux pleins de larmes,
Penchée vers moi,
Elle murmura toutes sortes de reproches :
« Les sentiments qui agitaient ton coeur,
Je ne pouvais les deviner.»
J’aimerais croire qu’il est vrai
Qu’à aucun autre tu n’es liée.
Si je pouvais faire taire mes folles pensées,
Avec toi je vivrais pour l’éternité.

(Liu Yong)


Illustration: Francine Van Hove

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L’âpre fureur de mon mal véhément (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



 

 

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L’âpre fureur de mon mal véhément
Si hors de moi m’étrange et me retire
Que je ne sais si c’est moi qui soupire,
Ni sous quel ciel m’a jeté mon tourment.

Suis-je mort ? Non, j’ai trop de sentiment,
Je suis trop vif et passible au martyre.
Suis-je vivant ? Las ! je ne le puis dire,
Loin de vos yeux par qui j’ai mouvement !

Serait-ce un feu qui me brûle ainsi l’âme ?
Ce n’est point feu : j’eusse éteint toute flamme
Par le torrent que mon deuil rend si fort.

Comment, Belleau, faut-il que je l’appelle ?
Ce n’est point feu que ma peine cruelle,
Ce n’est point vie, et si ce n’est point mort.

(Philippe Desportes)

Illustration: Robert Liberace

 

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Quel enfant toi! (Ying Chen)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

Quel enfant toi!
Je soupire, et il dit
Mais quelle maman!

(Ying Chen)

 

 

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Le chant que je devais chanter (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Le chant que je devais chanter n’a pas été chanté jusqu’à ce jour.
J’ai passé mes jours à accorder et à désaccorder ma lyre.
Je n’ai pu trouver le juste rythme;
les mots n’ont pas été bien assemblés;
il reste seulement l’agonie du souhait dans mon coeur.
La fleur ne s’est pas ouverte; seulement, auprès d’elle, le vent soupire.
Je n’ai pas vu sa face, je n’ai pas prêté l’oreille à sa voix;
seulement, j’ai entendu ses pas tranquilles sur la route devant ma maison.
Tout le long jour de ma vie s’est écoulé tandis que je dressais dans ma maison son siège;
mais la lampe n’a pas été allumée, et je ne puis l’inviter à entrer.
Je vis dans l’espoir de sa rencontre;
mais cette rencontre n’est pas encore.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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NERFS D’AUTOMNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



NERFS D’AUTOMNE

C’est l’automne, tout bruit, on a sommeil,
Et les arbres soupirent dans la rue ;
Toux et pleurs et un vide sans pareil…
Il fait froid, il pleut à perte de vue.

Les amants, plus tristes à leur réveil,
Plus malades, ont d’étranges manières,
Et les feuilles dormant de leur sommeil
Éternel, tombent lourdes sur la terre.

Je reste là et m’en vais et reviens
Et les amants m’emplissent de tristesse.
J’ai envie, oui, de rire pour un rien,
Il fait froid, il pleut encor et sans cesse.

(George Bacovia)

Illustration

 

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NOCTURNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



NOCTURNE

L’oubli venait… il est arrivé… solitude…
Une larme qui tombe aussitôt tout se tait.
La lampe a clignoté, prise de lassitude,
Tout objet effleuré dit : laissez-moi en paix…

Et puis, dorénavant…
La pluie… écoute donc sa plainte familière,
Le tumulte du vent,
Derrière un escarpin, dans le parc de naguère…

Je m’endors… j’écoute…
A la fenêtre, sur la route,
L’automne a soupiré :
Mon Dieu !

(George Bacovia)

Illustration

 

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ECHO DE ROMANCE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



ECHO DE ROMANCE

Le ciel d’azur s’en est allé
Et le printemps n’est plus en vue,
J’ai attendu j’ai soupiré,
— Et tu n’es point venue !

L’été aussi s’en est allé
Avec ses nuits, la plaine est nue,
Près des tilleuls j’ai soupiré
— Et tu n’es point venue !

L’automne aussi a pris congé,
Et les feuilles jonchent les rues,
Je t’ai hélée et j’ai pleuré
— Et tu n’es point venue !

Et demain, dans l’hiver blafard
De moi rien tu ne sauras plus.
Non, ne viens plus, il est trop tard.
— Non, ne viens plus !

(George Bacovia)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019


 


Auguste Macke  fields

LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE

Deux routes divergeaient dans un bois jaune;
Triste de ne pouvoir les prendre toutes deux,
Et de n’être qu’un seul voyageur, j’en suivis
L’une aussi loin que je pus du regard
Jusqu’à sa courbe du sous-bois.

Puis je pris l’autre, qui me parut aussi belle,
Offrant peut-être l’avantage
D’une herbe qu’on pouvait fouler,
Bien qu’en ce lieu, vraiment, l’état en fût le même,
Et que ce matin-là elles fussent pareilles,

Toutes deux sous des feuilles qu’aucun pas
N’avait noircies. Oh, je gardais
Pour une autre fois la première!
Mais comme je savais qu’à la route s’ajoutent
Les routes, je doutais de jamais revenir.

Je conterai ceci en soupirant,
D’ici des siècles et des siècles, quelque part :
Deux routes divergeaient dans un bois; quant à moi,
J’ai suivi la moins fréquentée
Et c’est cela qui changea tout.

(Robert Frost)

Illustration: Auguste Macke

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De toute fleur (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2018



Odilon Redon  flower-clouds-1903 [800x600]

De toute fleur

À chaque heure je soupire
Car tout ici a forme de feuille
Et de nuage.

À chaque fleur, je meurs
Car tout ici a forme de chagrin
Et de linceul

(Dylan Thomas)

Illustration: Odilon Redon

 

 

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Le Papillon (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018


papillon

Le Papillon qui sous le Ciel
Ne connaît pas son Nom
N’a aucune taxe à payer
Et pas de Maison
Est aussi haut que toi et moi
Et, je crois même, plus haut –
Aussi, sur l’air élève-toi et ne soupire jamais,
Que cela seul soit ta façon de te plaindre –

***
The Butterfly upon the Sky,
That doesn’t know its Name
And hasn’t any tax to pay
And hasn’t any Home
Is just as high as you and I,
And higher, I believe,
So oar away and never sigh
And that’s the way to grieve –

(Emily Dickinson)

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