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Poésie

Posts Tagged ‘soupirs’

Les timides (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Les timides
Ça s’tortille
Ça s’entortille
Ça sautille
Ça s’met en vrille
Ça s’recroqueville
Ça rêve d’être un lapin
Peu importe
D’où ils sortent
Mais feuilles mortes
Quand le vent les porte
Devant nos portes
On dirait qu’ils portent
Une valise dans chaque main

Les timides
Suivent l’ombre
L’ombre sombre
De leur ombre
Seule la pénombre
Sait le nombre
De leurs pudeurs de Levantin
Ils se plissent
Ils pâlissent
Ils jaunissent
Ils rosissent
Ils rougissent
S’écrevissent
Une valise dans chaque main

Mais les timides
Un soir d’audace
Devant leur glace
Rêvant d’espace
Mettent leur cuirasse
Et alors place !
Allons, Paris
Tiens-toi bien !
Et vive la gare
Saint-Lazare
Mais on s’égare
On s’effare
On s’désempare
Et on repart
Une valise dans chaque main

Les timides
Quand ils chavirent
Pour une Elvire
Ont des soupirs
Ont des désirs
Qu’ils désirent dire
Mais ils n’osent pas bien
Et leur maîtresse
Plus prêtresse
En ivresse
Qu’en tendresse
Un soir les laisse
Du bout des fesses
Une valise dans chaque main

Les timides
Alors vieillissent
Alors finissent
Se rapetissent
Et quand ils glissent
Dans les abysses
Je veux dire
Quand ils meurent
N’osent rien dire
Rien maudire
N’osent frémir
N’osent sourire
Juste un soupir
Et ils meurent
Une valise sur le cœur

(Jacques Brel)

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Le voyage de mon cœur (Joël Disez)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


Aujourd’hui, comme hier,
comme avant-hier,
comme toujours,
je marche jusqu’à la barrière de ta maison.
Je vois, toute blanche,
la chanson fleurie de ton bonheur
en une farandole de parterres.
Mon cœur amoureux
se faufile à travers les buissons.
Zigzaguant d’un souffle heureux,
il parvient près de la fenêtre ouverte.
Là, attentif un instant à la chaleur de cet écrin,
il contemple, penaud, le décor de ta vie:
les tentures suaves aux couleurs d’automne,
les tapisseries fleuries et les vases en offrandes d’effluves.
Puis mon cœur s’immisce jusqu’à l’antre de vie.
Tu ne le vois pas, affairée que tu es au partage du repas.
Alors, tout doucement, il se loge dans un coin de la cuisine,
attiré, subjugué par toutes les senteurs paisibles
qui virevoltent dans la pièce.
Il te contemple.
Toi tu ne le vois pas.
Il te regarde longtemps, longtemps.
S’enivrant de ton parfum,
il accroche de multiples soupirs de bonheur
à chacun de tes gestes, pensant, naïf,
que tous ces papillons invisibles
t’étourdiront de leurs ailes magiques,
décidant ainsi ton regard cruel à plus de tendresse à son égard.
Il dépose en l’intimité de tes mains,
ses envies de caresses, parsème ta longue chevelure d’étoiles pailletées
afin de se perdre en une nuit étoilée.
Il orne ta gorge d’un collier de murmures puis,
en rougissant, dessine au creux de tes reins ses offrandes de désirs.
Il t’entend alors chanter une futile comptine,
bercé par la douce mélodie de ta voix de laine,
il bat le rythme de la mélopée
de ses palpitations enfantines.
Mon cœur gorgé de tendresse,
les larmes de son amour au bord des lèvres,
se prend à crier, à hurler sa détresse,

lorsque la porte s’ouvre et que ton mari entre.

(Joël Disez)

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Ici le roc (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Ici le roc, ses cruautés d’oiseau,
l’aile pliée sur un songe de sang,
ses lames affilées au doigt du gel
et ses blancheurs soudaines d’ossement.

Mais une eau fine avive le ravin
de ses soupirs, de sa minceur de vierge.
Vite le pauvre y plonge ses deux mains
pour y puiser des caresses fragiles.

Jamais pourtant il ne verra le fleuve
où déjà la nuit tombe sur les îles.

(Jean Joubert)


Illustration: Sabin Balasa

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Pas ma fête (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015


Langueurs, fidélité des bêtes,
Veilles, soupirs je vous connais.
Chaque soir n’est pas soir de fête
Et ce soir ce n’est pas ma fête
J’ai le coeur pris par un mauvais.

Ce mauvais-là me fait attendre
Afin de mieux ne pas venir.
Ma main de chair est main de cendre,
Je me regrette dans mes cendres
Mais je n’en veux pas revenir.

Il faut bien que je m’habitue
A regretter ce que j’aimais,
A n’aimer que ce qui me tue.
L’amour en sa rigueur me tue
Il me dit: « Pars » et je m’en vais.

(Louise de Vilmorin)

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