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Poésie

Posts Tagged ‘souplesse’

Animal (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Animal

Madame un jour je caressais quelque pelage
D’égaré ou de fantasque au soleil poudreux
C’était un chat soyeux, tigre ou chat des chartreux
Qu’importe si ce chat était tendre ou sauvage

Ou si le nombre des félins par moi flattés
Dépasse le millier par toutes les années
Où j’ai choyé leur patience illimitée
Dans tellement de fourrures et de fumets

Que je les confonds tous, parfum fort et souplesse
Dans le même creuset où leur ardeur se coule
Mais ce jour-là c’est la toison de toi,
Maîtresse

Qui s’est creusée à mes doigts souples sur la fente
Où l’animal cède à la rondeur de la pente
Sûre de sa ferveur et d’humidité soûle

(Jacques Chessex)

 

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UN BAL DE COMPTABLES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



UN BAL DE COMPTABLES

Ce bal ressemble à tous les bals.
Il ne manque pas d’entrain.
Les jeunes aides-comptables ont un pas léger
et les dames comptables révèlent sous les lustres
un nombre de charmes très élevé,
quelques souplesses de jeunes vagues.
Non, rien ne trahirait si le peintre n’avait réussi à conférer à ses couleurs
une indicible façon de comptabilité.

(Norge)


Illustration: Sonia Delaunay

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Depuis maintes années (Michel-Ange)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Depuis maintes années cent fois je fus
brisé, vaincu, puis blessé et tué
par toi, de ma faute ; or, le chef chenu,
vais-je encor me fier à tes sottes promesses ?

Que de fois as-tu lié, que de fois dénoué
mes pauvres membres, et tant piqué mon flanc
qu’à peine en moi-même je puis rentrer,
baignant ma poitrine d’un flot de larmes.

Je te parle, Amour, de toi je me plains,
libéré de tes leurres : à quelle fin
prendre l’arc cruel et tirer en vain?
C’est honte d’offrir à la scie, aux vers
un bois calciné, ou courir après
qui a perdu la souplesse et l’élan.

Mes yeux ont ouvert l’huis à mon venin,
quand aux âpres dards livrèrent passage.
Nid et refuge ai offert aux doux regards
en ma mémoire, que rien n’effacera.

Endure est mon coeur, et mon sein soufflet
pour forger les soupirs dont tu me brûles.

(Michel-Ange)

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Le vent je l’entends qui soupire (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Le vent je l’entends qui soupire
L’automne n’a pas plus triste accent,
Au sol les feuilles mortes gisent
Aussi serrées que fleurs du printemps —

Cette nuit sombre m’a invitée
À vagabonder au loin.
Des sentiments anciens sur moi fondent
Comme vautours cernant leur proie —

Tendres ils furent jadis, et chéris,
Mais froids et sans joie à présent —
Que leur ombre tenace n’a-t-elle péri
Quand leur lumière a fui mon front !

On dirait la vieillesse qui feint
La souplesse de l’enfant,
Mon âme faussée durcie quand elle se plie
À leurs fantaisies sauvages

Pourtant je pourrais avec les plaisirs d’hier,
Du malheur d’hier obtenir l’oubli —
Afin que par la mort de mes plus chers trésors
Meurent mes plus mortels soucis

Oh alors l’aube d’un nouveau jour
Poindrait peut-être là-haut —
Un autre été dorerait ma joue,
Mon âme, un autre amour —

***

The wind I hear it sighing
With Autumn’s saddest sound,
Withered leaves as thick are lying
As spring flowers on the ground —

This dark night has won me
To wander far away.
Old feelings gather fast upon me
Like vultures round their prey —

Kind were they once, and cherished,
But cold and cheerless now —
I would their lingering shades had perished
When their light left my brow

Tis like old age pretending
The softness of a child,
My altered hardened spirit bending
To meet their fancies wild

Yet could I with past pleasures,
Past woe’s oblivion buy —
That by the death of my dearest treasures
My deadliest pains might die

O then another daybreak
Might haply dawn above —
Another summer gild my cheek,
My soul, another love —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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Nature (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2017



Illustration: Josephine Wall

    

Nature, amoureuse éternelle,
c’est toi qui rends fous les amants:
dans les grands yeux de leurs amantes,
ce sont tes yeux, beaux, de mensonges,
qu’ils contemplent, et où ils se meurent ;
ce qu’ils adorent, ce qu’ils étreignent,
c’est ta splendeur et ton néant!

— Partout sont les reflets de ta beauté :
frissons des chairs et frissons des nuits,
vagues onduleuses, cheveux flottants,
lianes aux longs bras enlaçant les arbres des forêts
charme de la femme, et souplesse de son corps,
mensonges de ses regards, de ses lèvres,

Nature, éternelle amoureuse,
c’est toi par tout, c’est toujours toi;
et sous ces diverses apparences,
toi que je vénère ou méprise,
et que j’adore ou que je hais !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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À UNE ATTRISTÉE D’AMBITION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




À UNE ATTRISTÉE D’AMBITION

Comme hier, vous avez les souplesses étranges
Des tigresses et des jaguars,
Vos yeux dardent toujours sous leurs ombreuses franges
L’or acéré de leurs regards.

Vos mains ont, comme hier, sous leurs teintes d’aurores
Leur inexplicable vigueur;
Elles trouvent encor sur les touches sonores
Des accords qui frôlent le coeur.

Comme hier, vous vivez dans les fécondes fièvres
Et dans les rêves exaltés,
Les mots étincelants s’échappent de vos lèvres,
Echos des intimes clartés.

Trop heureuse en ce monde et trop bien partagée,
Idéal et charnel pouvoir,
Vous avez tout, et vous êtes découragée,
Comme un ciel d’automne, le soir.

*

Ne rêvez pas d’accroître et de parfaire encore
Les dons que vous a faits le ciel.
Ne changez pas l’attrait suprême, qui s’ignore,
Pour un moindre, artificiel.

Il faut que la beauté, vivante, écrite ou peinte
N’ait rien des soucis du chercheur.
Et si la rose avait à composer sa teinte
Elle y perdrait charme et fraîcheur.

Dites-vous, pour chasser la tristesse rebelle,
En ornant de fleurs vos cheveux,
Que, sans peine pour vous, ceux qui vous trouvent belle
Sauront le dire à nos neveux.

(Charles Cros)

Illustration: Arthur Braginsky

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Mort (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2016



Mort

Je ne l’adore ni ne l’interroge. Je ne la maudis pas.
Elle n’est ni un but, ni un interdit ;
ni un secours, ni une justification, ni une gloire,
ni un désir, ni un obstacle, ni un flambeau,
ni un mirage, ni une larve.

Elle ne me console pas et ne me fait pas vivre.
Elle ne m’empêche pas de vivre.
Je ne m’abîme pas en elle, ou devant elle ou par elle.
[…]
Elle a quelque chose de très pur.
Elle est tranquille, mais elle vibre peu
et son mouvement, qui se garde une certaine souplesse,
n’est perceptible que de moi seul.

Elle est lumineuse

(Jean Tortel)

 

 

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Le cerf-volant (Jean-Luc moreau)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2016



Le cerf-volant

Soulevé par les vents
Jusqu’aux plus haut des cieux,
Un cerf-volant plein de superbe
Vit, qui dansait au ras de l’herbe,
Un petit papillon, tout vif et tout joyeux.

– Holà ! minable animalcule,
cria du zénith l’orgueilleux,
Ne crains-tu pas le ridicule ?
Pour te voir, il faut de bons yeux
Tu rampes comme un ver…
moi je grimpe je grimpe
Jusqu’à l’Olympe,
Séjour des dieux.

– C’est vrai, dit l’autre avec souplesse,
mais moi, libre, à mon gré,
je peux voler partout,
Tandis que toi, pauvre toutou,
Un enfant te promène en laisse.

(Jean-Luc moreau)

Illustration: Lisa Lea Bemish

 

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Ton torse ruisselant de souplesse native (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2016



Ton torse ruisselant de souplesse native
Saura superbement se tordre de plaisir,
Ton corps débordera comme une source vive
Où mes doigts fascinés courront se rafraîchir…

(Claude Vigée)

Illustration: Hessam Abrishami

 

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Le pangolin (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2015



On a beau être un pangolin
Et ressembler à s’y méprendre
A un tas de pommes de pin;
On a quand même le coeur tendre.

On a beau faire, quand on marche,
Un cliquetis de castagnettes;
On a de l’amour plein la tête
Et des douceurs de patriarche.

On n’a – quand on est pangolin –
Ni la grâce ocellée du paon
Ni la souplesse du félin.

Mais on vit entre bons voisins,
Oublié, mais toujours content,
Dans le blanc silence africain.

(Maurice Carême)

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