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Une aigrette rose (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

aigrette rose   [1280x768]

Une aigrette rose à l’horizon
un parcours de feu

et dans l’assemblée des chênes
la huppe étouffant son nom

Feux avides, voix cachées
courses et soupirs

L’oeil :
une source qui abonde

Mais d’où venue?
De plus loin que le plus loin
de plus bas que le plus bas

Je crois que j’ai bu l’autre monde

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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VISION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Illustration: Paul Emile Chabas
    
VISION

I
Au matin, bien reposée,
Tu fuis, rieuse, et tu cueilles
Les muguets blancs, dont les feuilles
Ont des perles de rosée.

Les vertes pousses des chênes
Dans ta blonde chevelure
Empêchent ta libre allure
Vers les clairière prochaines.

Mais tu romps, faisant la moue,
L’audace de chaque branche
Qu’attiraient ta nuque blanche
Et les roses de ta joue.

Ta robe est prise à cet arbre,
Et les griffes de la haie
Tracent parfois une raie
Rouge, sur ton cou de marbre.

II
Laisse déchirer tes voiles.
Qui es-tu, fraîche fillette,
Dont le regard clair reflète
Le soleil et les étoiles?

Maintenant te voilà nue.
Et tu vas, rieuse encore,
Vers l’endroit d’où vient l’aurore;
Et toi, d’où es-tu venue?

Mais tu ralentis ta course
Songeuse et flairant la brise.
Délicieuse surprise,
Entends le bruit de la source.

Alors frissonnante, heureuse
En te suspendant aux saules,
Tu glisses jusqu’aux épaules,
Dans l’eau caressante et creuse.

Là-bas, quelle fleur superbe!
On dirait comme un lys double;
Mais l’eau, tout autour est trouble
Pleine de joncs mous et d’herbe.

III
Je t’ai suivie en satyre,
Et caché, je te regarde,
Blanche, dans l’eau babillarde;
Mais ce nénuphar t’attire.

Tu prends ce faux lys, ce traître.
Et les joncs t’ont enlacée.
Oh! mon coeur et ma pensée
Avec toi vont disparaître!

Les roseaux, l’herbe, la boue
M’arrêtent contre la rive.
Faut-il que je te survive
Sans avoir baisé ta joue?

Alors, s’il faut que tu meures,
Dis-moi comment tu t’appelles,
Belle, plus que toutes belles!
Ton nom remplira mes heures.

« Ami, je suis l’Espérance.
Mes bras sur mon sein se glacent. »

Et les grenouilles coassent
Dans l’étang d’indifférence.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cherchant le moine taoïste Chang, de Nan-qi (Liu Chang-qing)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



 

    
Cherchant le moine taoïste Chang, de Nan-qi

Le long du chemin, en maints lieux traversés :
Traces de sabots sur le tapis de mousse…

De blancs nuages entourent l’îlot paisible
Derrière les herbes folles, une porte oisive

Contempler, après la pluie, la couleur des pins
Puis atteindre, au-delà du mont, la source

Une fleur dans l’eau éveille l’esprit du Chan
Face à face : déjà hors de la parole

(Liu Chang-qing)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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NOCTURNE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
(Recueil Comme ceci, comme cela)
NOCTURNE

Ici s’ouvre un monde nouveau
démasqué par la fin du jour
Le temps bascule J’écoute Je retiens mon souffle.

Une réponse dernière
Un pâle éclat
Un secret promis et tenu

Les mots
un essaim d’astres
Une plume une feuille

La nuit s’éclaire au centre
Au centre est la source de toute couleur
Au centre est l’avenir longtemps mûri sous les cendres

Au centre est mon amour pour ce monde
Ma joie mon espérance invincible et trahie.

J’irai mourir dans mon enfer
Je déchirerai les vestiges de la misère
Ce qui murmure hors de moi en moi-même
est comparable au fleuve
qui traverse tout sans se mélanger à rien

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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A l’Ondine (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



 

A l’Ondine

Je te prendrai dans l’émotion des landes
muettement tu embrasseras ma terre
Je te prendrai dans la clarté des fontaines
avidement je te boirai
Tu portes mes amours mauves
dans la source des prunelles
écoute
les ajoncs et les plantes
vont chanter pour nous deux
la nuit fertile, la plage fraternelle
Nous referons cette Cornouaille mortelle
secrètement
dans le lit des hautes herbes
je te prendrai dans la grange verte
et ton corps aux semences mélangé
concevra tout un pays de fougères
et de genêts.
Ma belle amie sur la grève allongée
comme moi désire la mer
laisse-toi chavirer sous le vent des navires

(Xavier Grall)

Découvert chez Lara ici

Illustration: William Bouguereau

 

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L’AUTOMNE (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020




L’AUTOMNE

Les étés sont finis, disais-je. C’est l’automne.
Les lauriers sont coupés, nous n’irons plus aux bois.
Des ans et des regrets je sens déjà le poids
Et certains soirs j’ai peur que mon chant ne détonne.

Les plus belles amours n’ont plus rien qui m’étonne
Et, sous le faix du rêve, il me semble, parfois,
Qu’en mon coeur et mes vers parlent plus bas les voix
Et du fils de Vénus et du fils de Latone.

Et c’est alors que tu parus !… Je sais encor
Le jour, l’heure, l’instant, le milieu, le décor…
Et mon trouble… J’entends encor ton chant de source.

Je revois le défi dans tes yeux enchâssé…
Alors, d’un coup, comme l’athlète avant la course
Je me suis dévêtu pour toi de mon passé.

(Pascal Bonetti)

Illustration

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Où rejoindre la source (Jean-Pierre Thuillat)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020


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Où rejoindre la source
qui te vit naître un jour
à l’orée du printemps parmi les primevères
et replonger au sein du cresson bleu, des bulles
qui perlent au miroir dans cette symphonie perpétuée des origines?

(Jean-Pierre Thuillat)

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Hors du temps chercher l’esprit du Vide. (Dong Qiang)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020


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Début de la saison. Les fleurs se disputent la beauté.
De la même source, les nuées et les brumes sur le lac.
Sans fard, dans ta barque à lotus
hors du temps chercher l’esprit du Vide.

(Dong Qiang)

 

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CHANSON POUR LES BAPTÊMES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020




    
CHANSON POUR LES BAPTÊMES

Mélancolie Mélancolie
quel joli nom pour une jeune fille
Neurasthénie Neurasthénie
quel vilain nom pour une vieille fille

Je cherche un nom pour un garçon
un nom d’emprunt un nom de guerre
pour la prochaine et la dernière
pour la dernière des dernières

Espoir Peut-être Agénor
ou Singulier ou Dominique
un nom à coucher dehors
au temps des bombes atomiques

Mais je préfère Nuit
pour celle que j’aime et chéris
Nuit brune Nuit douce
Nuit claire comme eau de source

(Philippe Soupault)

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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BONSOIR (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2020



Illustration: Agnieszka Szuba 
    
BONSOIR

Que la lune est belle à midi
c’est l’été au coin du feu
quand le vent ronfle dans le désert
et qu’il fait nuit dans vos cheveux

Arbres plantés comme l’espoir
au bord des routes en rang d’oignons
pluie qui protège la pensée
petites sources infatigables dormez-vous

Au matin gris suivi de tous les escargots
de la veille et du lendemain
j’avance au son des trompettes
Dormez-vous dormons-nous
dormirons-nous encore comme les sacristains

Les rêves ne finissent jamais vous dormez
les yeux ouverts et les membres en désordre
On a frappé à votre porte
C’est déjà le matin
c’est toujours le matin

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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