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Posts Tagged ‘sourde’

FIN DU MENSONGE (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



 

FIN DU MENSONGE

Tout le lieu se tient immobile.
Les feuilles trempent dans l’air clos.
Un nuage au point vertical
Ne bouge que si je l’oublie.

Le lieu mollement se repose.
Les feuillages collent au jour.
Une paresse moite et sourde
S’entremet du monde à la peau.

Tout cela ment ! Tout cela ment !
Tout est spasme, et déchirement
Par des vitesses furieuses.
Tout se démène horriblement.

(Jules Romains)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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A la croisée (Joseph Brodsky)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2018



 

A la croisée

L’humidité se glisse dans la chambre, crispant les épaules
de la belle qui dort sourde à tout appel.
Ainsi se crispe la perdrix quand craquent les branches,
l’ange quand il voit le péché.
A la croisée le coton subtil frémit au rythme alterné des haleines.
L’écume de la soie pâle éclabousse, légère
chaises et miroir, issue vitrée par où les choses
sortent de toute impasse.

(Joseph Brodsky)

Illustration: Zinaida Serebryakova

 

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Noircir les pages jusqu’à épuisement des mots (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



 

Noircir les pages jusqu’à épuisement des mots
et surgissement de ce personnage que je vois pour la première fois
Je ne connais pas son nom
inutile de le lui demander
il ne sait pas écrire
il ne sait pas parler non plus
il sait seulement qu’il est né du contact de la plume et du papier
du voisinage de deux mots que le hasard a mis côte à côte
il se laisse faire lorsque je l’installe au milieu de la ligne entre un verbe et un objet
mais l’écarte un rien lorsqu’il essaie d’occuper tout le terrain
et fais la sourde oreille lorsqu’il tente de m’entraîner dans l’action
j’ai décidé d’être seule maître du jeu

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Misha Gordin

 

 

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A la croisée (Joseph Brodsky)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



 

A la croisée

L’humidité se glisse dans la chambre, crispant les épaules
de la belle qui dort sourde à tout appel.
Ainsi se crispe la perdrix quand craquent les branches,
l’ange quand il voit le péché.
A la croisée le coton subtil frémit au rythme alterné des haleines.
L’écume de la soie pâle éclabousse, légère
chaises et miroir, issue vitrée par où les choses
sortent de toute impasse.

(Joseph Brodsky)

Illustration

 

 

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Le Christ voilé (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



Le Christ voilé

C’est un jardin secret et tranquille où s’amassent
Les iris blancs et les hautes touffes d’asters
Et les tapis serrés de campanules basses.

Aucun vent n’y pénètre du ciel grand ouvert;
Les voix mêmes des oiseaux passants se sont tues
Qui volent vite et très haut dans le ciel clair.

Ombrée, et finement travaillée, et vêtue
De la seule caresse amoureuse des fleurs,
Une femme, de la chair froide des statues.

Et le maître ancien qui fut son ciseleur,
A l’étrange figure ajouta son mystère,
Le signe de l’ellipse inscrit dans sa pâleur.

Un mur de pierre enclôt cette Ève solitaire
Qui ne tend pas l’oreille aux rumeurs d’au delà,
Mais à celles, sourdes et profondes, de la terre.

Ce serait la plus haute des fleurs, si son bras
Le long d’un corps gonflé de sève végétale,
Sur son ventre de nacre ne descendait pas;

Si ses deux seins n’étaient striés de veines pâles,
S’ils ne se gonflaient pas soudain de volupté,
Caressés seulement en rêve par un mâle.

C’est un jardin secret, cerclé d’un mur, hanté
Comme un damier, d’oiseaux noirs et blancs qui reposent :
On leur a coupé les ailes par cruauté.

Dehors le ciel est tout enluminé de rose,
Sur les collines, des nuages clairsemés,
Et « Quête de Joie » est inscrit sur toutes choses :

L’archange noir, veillant sur ce jardin fermé.

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration: John William Godward

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Le Rendez-vous (Paul Claudel)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2016



 

foret-broceliande

Le Rendez-vous

Forêt profonde…
Il fait si sombre…
J’entends quelqu’un avec moi qui marmotte
et qui fait des gestes,
Quelle est cette ombre?
La pluie qui tombe.
Le vieillard marche tout noir entre les arbres
gigantesques.

L’oiseau s’est tu.
J’ai trop vécu.
C’est la nuit et non plus le jour.
Fille du ciel
La tourterelle
Chante le désespoir et l’amour.

La mer d’Irlande,
Brocéliande,
J’ai quitté la vague et la grève.
La plainte lourde,
La cloche sourde,
Tout cela n’est plus qu’un rêve.

Bois ténébreux,
Temple de Dieu,
Que j’aime votre silence!
Mais c’est plus beau
Quand de nouveau
S’élève ce soupir immense!

Au fond du monde
La foudre gronde,
Tout est menace et mystère.
Mais plein de goût
Du rendez-vous,
Je marche vers le tonnerre!

(Paul Claudel)

 

 

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Splendeur de la vie (Kafka)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



 

Il est parfaitement concevable
que la splendeur de la vie se tienne prête
à côté de chaque être et toujours
dans sa plénitude,
mais qu’elle soit voilée,
enfouie dans les profondeurs,
invisible, lointaine.
Elle est pourtant là,
ni hostile, ni malveillante, ni sourde;
qu’on l’invoque par le mot juste,
par son nom juste,
et elle vient.
C’est là l’essence de la magie,
qui ne crée pas,
mais invoque.

(Kafka)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Il y avait des soirs (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2016



il y avait des soirs où je fredonnais
le thème inaugural de la simple symphony
de Benjamin Britten et dans l’ombre
d’une vieille montagne aux sommets arasés
je marchais d’un pas vif, d’une allure
aisée de patricien d’un siècle englouti
j’ignorais tout des querelles du monde
je ne voulais rien savoir de la présence des tombes
qui cherchent à murmurer leur histoire obscure

mais j’entendais partout comme une réponse
venue de ma propre voix si distraite et si sourde

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: David Caspar Friedrich

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L’horloge patiente va et vient (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2016



L’horloge patiente va et vient.
Je ne peux rabattre la couverture des paupières
sur mon visage
puisque je n’ai plus de visage.
Ne me regarde pas.
Tu n’auras en moi nul repos.
Je suis une voix encore peut-être
mais sourde et incessante
qui n’est autre déjà qu’à tes tempes
le battement plus fort de ton coeur.

(Jean Grosjean)

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La flûte (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2016



Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
Ô chevrier, le son d’un pipeau sur la lèvre
Qu’accompagne un bruit frais de source entre les joncs.

A l’ombre du platane où nous nous allongeons
L’herbe est plus molle. Laisse, ami, l’errante chèvre,
Sourde aux chevrotements du chevreau qu’elle sèvre,
Escalader la roche et brouter les bourgeons.

Ma flûte, faite avec sept tiges de ciguë
Inégales que joint un peu de cire, aiguë
Ou grave, pleure, chante ou gémit à mon gré.

Viens. Nous t’enseignerons l’art divin du Silène,
Et tes soupirs d’amour, de ce tuyau sacré,
S’envoleront parmi l’harmonieuse haleine.

(José-Maria de Hérédia)


Illustration

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