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Poésie

Posts Tagged ‘sourire’

Quand je mourrai! (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Quand je mourrai!

Je voudrais pour linceul, non la toile aux plis raides,
Non point le lin blanchi parmi l’herbe des prés,
Mais un tissu plus doux aux doigts que du sang tiède,
Un lambeau d’un couchant pourpré.

Je voudrais me mêler à l’océan des seigles
Qui réfléchit le ciel en son déferlement;
Aux palpitations des sainfoins qu’un vent frêle,
En juin, berce languissamment;

Devenir l’or des blés fauchés qu’on enjavèle,
Le chaume ensoleillé où des moissonneurs las
Dressent les lourds gerbiers dont la cime étincelle
Et qu’entoure une ombre lilas.

Je voudrais, quand la lune en manteau d’améthyste
Vers le gouffre des puits se penche, m’écouler
Et sangloter unie aux plaintes de l’eau triste,
S’égouttant des joints descellés.

Je voudrais que mon âme errante s’évapore
Comme un parfum flottant de lavande et de buis,
Confondue au sourire éclatant de l’aurore,
Aux larmes que verse la nuit.

(Marie Dauguet)

 

 

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Alors que nous nous effaçons… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Alors que nous nous effaçons…

Alors que nous nous effaçons,
Ainsi qu’au penchant des saisons
L’or des éphémères moissons;

Que sous les paupières qui saignent
Et dans les larmes qui les baignent
Tant de regards blessés s’éteignent;

Que, du soleil abandonnés,
Cendreux bleuets embruinés,
Tant d’yeux humains se sont fanés;

Que pareilles aux flots qui roulent,
Leur cours aux grèves qui s’écroulent,
Les générations s’écoulent,

Et qu’à l’abîme qu’il pressent
Chaque homme va disparaissant,
Tel un naufragé pâlissant,

Pendant qu’aux pentes des vallées
Filtrent, des tombes descellées,
Et du marbre des mausolées,

Et des sépulcres crevassés
Sous les vieux ormes délaissés,
Tourbillons par le vent poussés,

Tant d’ombres et de cendre vaine,
O Nature calme et sereine,
Tu te dresses comme une reine,

Et debout à travers le temps,
Toujours jeune et sans changement,
Subsistant invinciblement,

Tu souris, entre tes mains pures
Tenant, aux riches ciselures,
La clef d’or des aubes futures,

Et moi qui fuis comme le vent,
– Vers quel horizon décevant? –
Atome d’infini rêvant;

Emporté par quel noir quadrige
Que l’heure hâtivement fustige,
Il me reste, dans ce vertige,

Et du néant sombre guetté,
Ce bonheur d’avoir reflété,
Nature, et compris ta Beauté,

Cet espoir profond de renaître
Aux bourgeons emmiellés des hêtres,
Aux chansons des huppes champêtres,

Au cours des ruisseaux opalins,
Aux frissons bleuissants des lins,
Au rire emperlé des matins!…

(Marie Dauguet)

 

 

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Les bois… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Les bois…

Les bois ont des douceurs de cimes
Bleuâtres comme sont les nues;
Sur le banc où nous nous assîmes
Tombe l’ombre des branches nues.

La source mollement s’étire
Au ras des pentes défleuries,
Avec le pli las d’un sourire
Sur des lèvres endolories.

Nulle voûte d’or et nul porche
Triomphant qui s’ouvre et s’allume.
Flamme de cierge, âme des torches
Et léthargique encens qui fume.

Brume des brumeuses fontaines,
Avec des gestes de mystère,
Disparaissent les formes vaines
Des rêves qui nous enchantèrent.

O mon songe triste…! qu’il dorme
Sans plus errer, pauvre âme en peine,
Sous les rameaux noueux des cormes,
Brume des brumeuses fontaines,

Qu’il dorme…! en la vase odorante
La source douloureuse pleure
Et le soleil, sombre amaranthe,
Se fane en l’ombre qui l’effleure.

(Marie Dauguet)

 

 

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Printemps (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



    

Printemps

C’est le printemps tout à l’heure
Qui naîtra par les bois gris
Où l’hiver lointain se pleure,
Où l’espoir proche sourit,

Car sous les branches dolentes,
Malgré leur morne torpeur,
Les bois ont un air d’attente,
L’air d’attendre du bonheur.

Une sève neuve emmielle
Les bourgeons tout vernissés
Où fuit un premier bruit d’aile
Qu’à peine on entend glisser.

Puis c’est, interrogative
Dans sa troublante douceur,
Soudain la chanson des grives
Qui roule en bémol mineur.

Et toi que pourchasse l’heure,
Attarde au bord des taillis,
Dans l’incertaine demeure,
Hôte un moment accueilli,

Tes pas! Jouis, coeur misérable,
Conscient pour peu d’instants,
De tout cet inexprimable
Charme d’un soir de printemps,

Participe au grand mystère;
Gonfle-toi, ô fleur de chair,
Comme les bourgeons dans l’air,
Comme les germes sous terre.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’exode (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
L’exode

Rentrer en la substance aveugle d’un seul coup
Et tel à son liteau vient s’endormir le loup.
Ah! n’être pas celui dont tout désir avorte,
Qui va traînant sa chair comme un lourd vêtement!
Dans son tournoiement d’or que la nuit me remporte,
Qu’une étoile me mêle à son ruissellement!

Ah! que je ne sois pas celui qui se résigne
Et pâlement sourit en l’automne attiédi,
Dont la décrépitude a marqué de son signe
La lèvre détendue et le pas engourdi!
Je veux, dans du soleil, d’un bras plein de révolte,
Violer l’inconnu dont j’ai forcé la porte

Et devenir chanson, mouvement ou rayon,
Le vol de la tempête ou l’aile d’un grillon,
N’être pas le vieillard dont la force agonise
Lentement; mais debout, jeune et audacieux,
Puisque j’ai blasphémé et la vie et les dieux,
Que sur les hauts sommets l’éclair me pulvérise.

(Marie Dauguet)

 

 

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Les amitiés (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Les amitiés

Mes yeux sont fatigués de lire.
Mon cœur est triste et mon corps las.
J’attends quelqu’un qui ne vient pas…
J’aurais besoin d’un clair sourire.

J’écoute le vent froid bruire.
Une cloche sonne, là-bas.
Si j’entendais monter des pas !…
J’aurais tant de choses à dire !

Je pense aux chères amitiés,
Aux réconfortantes pitiés,
Aux regards, aux doux mots des femmes…

Elles seules savent guérir
Les langueurs des corps et des âmes,
Rien qu’à nous regarder souffrir…

(Albert Lozeau)

Illustration: Bernard Rolland

 

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L’absence (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



 

Steven Rushefsky  The-Letter [1280x768]

L’absence

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d’être loin.

On s’écrit, on se dit que l’on s’aime, on a soin
D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l’être en qui l’on met son bonheur, et l’on reste
Des heures à causer tout seul avec l’absent.
Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent
Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh! l’absence! le moins clément de tous les maux!
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l’infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n’en rien remonter que de fade et d’amer!

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu’accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,
N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses?
Qui sait ? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

(Paul Verlaine)

Illustration: Steven Rushefsky

 

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LA NUIT OÙ ELLE VINT (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



LA NUIT OÙ ELLE VINT

Je lui dis un jour en la quittant
Que si lourde soit l’inquiétude qui puisse
Menacer notre amour, le simple assaut du Temps
Ne pourrait rien changer.
Et dans la nuit, elle m’apparut
Brèche-dent, blafarde, vieillie,
Les orbites cernées de plomb
Et de nombreuses rides.

Je m’écriai tout frissonnant :
« Pourquoi m’apparais-tu ainsi !
J’ai dit que nous resterions saufs
De l’horrible usure du temps ».
« Et dis-tu ta vérité ? », s’écria-t-elle
D’une voix chancelante.
Je balbutiai : « Mais… Je ne pensais pas
Que tu en ferais si tôt la preuve ! »

Elle s’en fut, avec un étrange sourire
Qui, plus que par des mots, me dit
Que ma sincère promesse ne pouvait guère
Apaiser sa crainte manifeste.
Son doute en moi creusa son chemin,
En lui prodiguant le lendemain
Les caresses qui lui étaient dîtes, une ombre
Sembla nous séparer.

***

IN THE NIGHT SHE CAME

I told her when I left one day
That whatsoever weight of care
Might strain our love, Time’s mere assault
Would work no changes there.
And in the night she came to me,
Toothless, and wan, and old,
With leaden concaves round her eyes,
And wrinkles manifold.

I tremblingly exclaimed to her,
`O wherefore do you ghost me thus !
I have said that dull defacing Time
Will bring no dreads to us.’
`And is that true of you’ she cried
In voice of troubled tune.
I faltered : ‘ Well… I did not think
You would test me quite so soon !’

She vanished with a curious smile,
Which told me, plainlier than by word,
That my staunch pledge could scarce beguile
The fear she had averred.
Her doubts then wrought their shape in me,
And when next day I paid
My due caress, we seemed to be
Divided by some shade.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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SAINTE CHAPELLE (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




SAINTE CHAPELLE

Monte la plus fine
Taille de Paris
Robe de dauphine
Le dessin suffit
Le geste d’ondine
La reine des gris

Ami, disait Blanche
Qu’amour ne t’enivre
Sourire de l’ange
Qui lit dans le livre
Louis fait vendange
Les oiseaux sont ivres

Sainte libellule
Le roi peut entrer
Sans lampe qui brûle
Mon coeur est gardé
Dieu dans ma cellule
Ne fait que chanter.

(Henry Bauchau)

Illustration

 

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Ici me vint (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




    
Ici me vint l’espoir ici la crainte,
ici la certitude et le remords.
Ô souffles ranimant la flamme éteinte,
quelle fumée aux marges de la mort!

Pour avancer je tourne sur moi-même,
cyclone par l’immobile habité;
de tout éclair j’attends le calme et j’aime
du fond d’un gouffre entrevoir des clartés.

Fleurs! Flammes! Jeux et chants du jour léger,
je puis enfin sourire à vos images :
je n’aurai plus à craindre vos mirages
si je vous vois d’un regard étranger!

(Jean Tardieu)

 

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