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Poésie

Posts Tagged ‘sourire’

AMIS (William Michaelian)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



AMIS

AMIS Sur le trottoir,
La vieille femme est assise
Devant une petite table.
Elle parle à son chien ;
Elle boit un café,
Elle lui donne des miettes
De son assiette en carton
«  Croissant  » dit-elle
Et le chien répond
Par un petit aboiement
Un éternuement
Qui ressemble exactement
Au mot « flocon ».
Ils se sourient,
Puis s’arrêtent un instant
Pour gratter leurs puces.
Le soleil se lève
Au-dessus du bâtiment de brique
En face dans la rue.
C’est un bon soleil
Plein de compréhension
et d’ancienne sagesse.

(William Michaelian)

Découvert ici Poèmes arméniens

Illustration: Chaim Soutine

 

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Aveu dans le Silence (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Charles-Amable Lenoir
    
Aveu dans le Silence

Dans l’orage secret, dans le désordre extrême
Je n’ose m’avouer à moi-même que j’aime !
Cela m’est trop cruel, trop terrible… Mais j’aime !

— Pourquoi je l’aime ainsi ? L’éclat de ses cheveux…
Sa bouche… Son regard !…. Ce qu’elle veut, je veux.
Je ne vis que de la clarté de ses cheveux…

Et je ne vis que du rayon de ce sourire
Qui m’attendrit, et que j’appelle et je désire…
O miracle de ce miraculeux sourire !….

Sa robe a des plis doux qui chantent… Et ses yeux
Gris-verts ont un regard presque… miraculeux…
J’adore ses cheveux et son front et ses yeux…

Elle ne saura point, jamais, combien je l’aime
Cependant ! — Car jamais ma jalousie extrême
Ne lui laissera voir, jamais, combien je l’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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A ma Mère Chérie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
A ma Mère Chérie

Elle ressemble aux blancs lilas
Lorsqu’avril tout en fleurs succombe,
Si léger, si doux est son pas
Qu’on dirait une fleur qui tombe.

Elle est plutôt ma grande soeur
Toujours si blonde et si jolie,
Ses yeux souriant avec douceur
Sa charmante mélancolie.

C’est elle ! la fée aux yeux bleus
Qu’on voit passer mignonne et fière,
Le soleil, sur ses blonds cheveux
Les transforme en fils de lumière.

Et quoiqu’elle ait souffert longtemps,
Elle a gardé dans la tristesse
Au coeur, un éternel printemps,
Au front, l’éternelle jeunesse.

Ses yeux, aux ombres de velours,
Consolent souvent sans rien dire,
Et l’on se souviendra toujours
De la beauté de son sourire.

Quand on souffre d’un mal profond,
Elle vient poser, la première,
Sa main fraîche sur votre front,
Comme l’ange de la prière.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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JANE ÉVEILLÉE (Frank O’Hara)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

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JANE ÉVEILLÉE

Les opales qui se cachent sous tes paupières
quand tu dors, quand tu chevauches des poneys
mystérieusement, surgissent et s’épanouissent
comme les fleurs bleues de l’automne

toujours à neuf heures. Et des boucles
dégringolent langoureusement vers
l’élastique qui bâille, brun,
ta main repoussant tout

ce sommeil noir rebelle dans
la forme tranquille de la lumière du jour
et son indifférence radieuse aux
volutes lumineuses, oh !

et les valses bourgeonnantes
où nous fonçons des nuits durant.
Avant l’aube tu rugis
les yeux fermés, sans sourire,

ta chair volcanique cache
tout au vigile,
et les vrilles des rêves
étranglent les policiers qui courent

trop lentement pour t’échapper,
la course des vagues vertigineuses
de ton besoin murmurant. Mais
c’est le saint gardien du jour

ce policier, et te penchant
par la fenêtre ouverte tu lui
demandes quelle robe porter et comment
modestement te coiffer,

car tel est désormais ton mode.
Seulement par hasard trébuchant dans l’escalier
refais-tu la danse, et
alors, dans la parfaite variété, celle

atténuée, impeccablement déguisée,
ambiance blanche noire rose bleue safran
et dorée, trouvons-nous
le sauvage nocturne, en transe.

(Frank O’Hara)

Illustration: Cayetano De Arquer-Buigas

 

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Une rose pour l’amante (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Une rose pour l’amante, un sonnet pour l’ami,
Le battement de mon cœur pour guider le rythme des rondes ;
L’ennui pour moi, le vin des rois pour mon ennui,
Mon orgueil pour la vanité de tout le monde,
Ô noble nuit de fête au palais de ma vie !

Et la complainte, pour mon secret, dans le lointain,
De la citronnelle, et de la rue, et du romarin…

Le rubis d’un rire dans l’or des cheveux, pour elle,
L’opale d’un soupir, dans le clair de lune, pour lui :
Un nid d’hermine pour le corbeau du blason ;
Pour la moue des ancêtres ma forme qui chancelle
D’illusions et de vins dans les miroirs couleur de pluie.

Et pour consoler mon secret, le son
Des rouets qui tissent la robe des moribonds.

Un quart d’heure et une bague pour la plus rieuse,
Un sourire et une dague pour le plus discret ;
Pour la croix du blason, une parole pieuse.
Le plus large hanap pour la soif des regrets,
Une porte de verre pour les yeux des curieuses.

Et pour mon secret, la litanie désolée
Des vieilles qui grelottent au seuil des mausolées.

Mon salut pour la révérence de l’étrangère,
Ma main à baiser pour le confident,
Un tonneau de gin pour la gaie misère
Des fossoyeurs ; pour l’évêque luisant
Dix monnaies d’or pour chaque mot de la prière.

Et pour la fin de mon secret
Un grand sommeil de pauvre dans un cercueil doré.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

 

 

 

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LE FOND DU COEUR (Ouyang Xiu)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



femme

LE FOND DU COEUR

Le matin son rideau est couvert de givre
Elle souffle sur ses doigts glacés
Et essaie d’épingler des fleurs de prunier
dans ses cheveux
Tourmentée par la longue absence de son amoureux
Elle peint ses sourcils en arcs de collines lointaines

Revoir en pensée le passé
Regarder le temps filer
Dans le chagrin l’âme trempée
Elle a sa gorge serrée
Avant même de fredonner
Les sourcils se tordent sous un sourire forcé
Par la douleur le cœur brisé

(Ouyang Xiu)

 

 

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Au printemps (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cœurs
Comme des artichauts
Qui s’effeuillent en battant
Pour s’offrir aux badauds
Vois tous ces cœurs
Comme de gentils mégots
Qui s’enflamment en riant
Pour les filles du métro

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois même en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pâturage
Pour troupeaux d’amoureux
Aux bergères peu sages
Vois tout Paris
Joue la fête au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages

Au printemps au printemps
Et mon cœur et ton cœur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour l’ombre d’un regard en riant

Toute la Terre
Se changera …

(Jacques Brel)

Illustration: Claude Monet

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La pluie chante en nous (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
La pluie chante en nous son retour éternel,
En nous la terre oublieuse retrace son chemin.

Senteur des collines en fête,
Murmure des pêchers en fleur,
Sourire des auvents en larmes,
Tout feu pris toute fumée bue,
Toute chair au sang délivré,
Et tout mot soudain souvenu.

Dans le coeur désert, nous reprenons goutte à goutte
La source que nous avions cédée aux saisons.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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LA ROSE DU BAISER (Victor Marguerite)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



    

LA ROSE DU BAISER

Quand vous m’avez souri, vous croyiez être quitte.
Le feu grandit, le feu par vous-même attisé ;
Mais vous ne voyez pas l’incendie et vous dites :
Quand on a le sourire, à quoi bon le baiser ?

Comme des ramiers blancs vos jeunes seins palpitent.
Laissez sur leur émoi mon front se reposer;
Et peut-être ce cœur où le sang bat plus vite
Sentira son désir éternel s’apaiser.

Alors je jouirai de cette heure profonde,
Car il est tel silence où peut tenir le monde !
Je vous regarderai jusqu’au fond de vos yeux…

Mais est-il nécessaire, ô petite farouche,
Que chaque jour — j’y songe et je m’attriste un peu —
La rose d’un baiser se fane à votre bouche ?

(Victor Marguerite)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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EGEIA (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



EGEIA

Pourquoi ce front si triste, Egeia, forme de mon âme,
Pourquoi ces larmes dans les yeux de ma bien-chère ?
Le sourire de mon amie est comme un blâme,
Ses yeux sont comme un grand silence sur la mer…

Egeia, Egeia ! C’est l’atroce insomnie
De la Vie, ô ma douce, qui psalmodie en vous
Sa berceuse sans fin, dont la monotonie
N’endort ni les regrets, ni les frayeurs, ni les dégoûts !

Je me penche sur mon mirage en l’eau grise de vos pensées
Et ma tristesse est un vertige de parfums fades,
Et les doux flots lents sont un troupeau bêlant d’agnelles malades,
Là-bas, sur la plage nocturne où nos pas se sont effacés…

Nos âmes sont la mort de la mer sur les sables
Où tremble le vieux clair-de-lune des regrets,
Et les jours que nous regrettons sont misérables,
Et les jours que nous espérons sont des désespérés…

Adieu les mots chanteurs, adieu les nobles attitudes,
Adieu l’amour de la Douleur, adieu le mépris de la Gloire !
— Ecoutons sangloter, dans les lointaines solitudes,
L’eau faible et résignée où défaille le Soir…

(Oscar Milosz)

Illustration: Carolus-Duran 

 

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