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Poésie

Posts Tagged ‘sourire’

Je m’enlise (Mireille Havet)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Je m’enlise
et volontairement
m’aveugle
et m’assoupis.

On me le reproche !
Et, cependant,
grâce à cela je vis,
je peux vivre en souriant,

sans mécontentement,
sans reproche !
Que le cœur y soit,
peu importe.

(Mireille Havet)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

Illustration: Henri Matisse

 

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Lourde pend la goutte de pluie (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Lourde pend la goutte de pluie
Au rameau chargé ;
Lourde s’amasse la brume
Au loin, sur les Hautes Terres ;

Lourd plane le ciel maussade.
Lourde déferle la mer —
Et lourd bat le jeune coeur
Sous l’arbre solitaire —

Jamais lueur bleue depuis l’aube
N’a fendu les nuages —
Jamais depuis sa naissance
N’a souri son sinistre Destin —

Menaçant pour le tout-petit,
Ternissant les joies de l’enfant
Il ignore, l’ange gardien,
Ce garçon mélancolique.

Le jour dépasse vite
Son printemps triste et sombre :
Bientôt la jeunesse déborde
Sur l’âge d’homme plus austère —

Il n’est pas de fleur qui ne prie
Le soleil avant de se fermer

***

Heavy hangs the raindrop
From the burdened spray ;
Heavy broods the damp mist
On Uplands far away ;

Heavy looms the dull sky.
Heavy rolls the sea —
And heavy beats the young heart
Beneath that lonely tree —

Never has a blue streak
Cleft the clouds since morn —
Never has his grim Fate
Smiled since he was born —

Frowning on the infant,
Shadowing childhood’s joy ;
Guardian angel knows not
That melancholy boy.

Day is passing swiftly
Its sad and sombre prime :
Youth is fast invading
Sterner manhood’s time —

All the flowers are praying
For sun before they close

(Emily Brontë)

 Illustration

 

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Diamant du coeur (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017


 


 

Albert Asensio   _500

Diamant du coeur

Tout amoureux, de sa maîtresse,
Sur son coeur ou dans son tiroir,
Possède un gage qu’il caresse
Aux jours de regret ou d’espoir.

L’un d’une chevelure noire,
Par un sourire encouragé,
A pris une boucle que moire
Un reflet bleu d’aile de geai.

L’autre a, sur un cou blanc qui ploie,
Coupé par derrière un flocon
Retors et fin comme la soie
Que l’on dévide du cocon.

Un troisième, au fond d’une boîte,
Reliquaire du souvenir,
Cache un gant blanc, de forme étroite,
Où nulle main ne peut tenir.

Cet autre, pour s’en faire un charme,
Dans un sachet, d’un chiffre orné,
Coud des violettes de Parme,
Frais cadeau qu’on reprend fané.

Celui-ci baise la pantoufle
Que Cendrillon perdit un soir ;
Et celui-ci conserve un souffle
Dans la barbe d’un masque noir.

Moi, je n’ai ni boucle lustrée,
Ni gant, ni bouquet, ni soulier,
Mais je garde, empreinte adorée
Une larme sur un papier :

Pure rosée, unique goutte,
D’un ciel d’azur tombée un jour,
Joyau sans prix, perle dissoute
Dans la coupe de mon amour !

Et, pour moi, cette obscure tache
Reluit comme un écrin d’Ophyr,
Et du vélin bleu se détache,
Diamant éclos d’un saphir.

Cette larme, qui fait ma joie,
Roula, trésor inespéré,
Sur un de mes vers qu’elle noie,
D’un oeil qui n’a jamais pleuré !

(Théophile Gautier)

Illustration: Albert Asensio

 

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Lorsque tu voudras bien déposer ce journal (Mona Guérin-Rouzier)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

Alexander Gorenstein 9

Soirée près de la lampe

Lorsque tu voudras bien déposer ce journal,
Et glisser ton regard vers le mien qui te guette,
Tu sauras que mon coeur amoureux et loyal
Est demeuré pareil au jour de sa conquête.
Alors tu me feras un récit machinal
De quelque fait nouveau, sans importance au fond,
En t’écoutant j’aurai ce sourire amical
Qui, tu le sais trop bien, cache un amour profond.

(Mona Guérin-Rouzier)

Illustration: Alexander Gorenstein

 

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J’ai cessé de sourire (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



J’ai cessé de sourire,
Le vent glacé sèche les lèvres,
J’ai perdu encore un espoir.
J’y gagnerai encore une chanson.

Cette chanson, malgré moi,
Je la livre aux rires, aux injures,
Parce que le silence amoureux
Est pour l’âme une souffrance insupportable.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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La poésie c’est comme des lunettes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



La poésie c’est comme des lunettes

On m’a souvent demandé : la poésie, à quoi ça sert ?
Avec l’air de dire, sourire en coin :
Mon pauvre Monsieur, ne vous donnez pas tant de mal,
avec la télévision, le cinéma, le foot et le loto, on a bien ce qu’il nous faut !

Et je ne savais pas que répondre
parce que la poésie pour moi a toujours été une chose naturelle
comme l’eau du ruisseau.

Mais j’ai beaucoup réfléchi, et aujourd’hui, je sais :
la poésie, c’est comme des lunettes.
C’est pour mieux voir.

Parce que nos yeux ne savent plus,
ils sont fatigués, usés.

Croyez-moi, tous ces gens autour de vous,
ils ont les yeux ouverts et pourtant petit à petit,
sans s’en rendre compte,
ils deviennent aveugles.
Il n’y a qu’une solution pour les sauver :
la poésie.

C’est le remède miracle :
un poème et les yeux sont neufs.
Comme ceux des enfants.

A propos des enfants d’ailleurs,
j’ai aussi un conseil à donner :
les vitamines A, B, C, D, ça ne suffit pas.
Si on ne veut pas qu’en grandissant
ils perdent leurs yeux magiques,
il faut leur administrer un poème par jour.
Au moins.

(Jean-Pierre Siméon)

 Illustration

 

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Les juifs gelés (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Les juifs gelés

Avez-vous déjà vu parmi les champs de neige
en rangs l’immobile cortège?

Sans un souffle étendus, marbrifiés et bleus
Leurs corps sont là, pourtant la mort n’est pas en eux

Car leur âme gelée a des lueurs fugaces,
Poisson doré saisi dans sa vague de glace,

Ni muets ni bavards: chacun pense sans bruit;
Le soleil a gelé aussi dans la nuit.

Aux lèvres roses par le gel déjà figées,
Un sourire est resté qui ne peut plus bouger.

Couché près de sa mère un enfant semble attendre
Ces bras pour le nourrir qui ne peuvent se tendre.

D’un vieillard nu le poing serré se pétrifie,
Il ne peut libérer de la glace sa vie.

J’ai connu jusqu’ici des morts de toutes sortes,
Je ne suis point surpris des masques qu’elles portent.

Pourtant dans ce Juillet si chaud, en pleine rue,
Comme un vent de folie un froid m’a parcouru.

Elles viennent vers moi les dépouilles bleuies
Des juifs gelés en rangs dans la neige éblouie.

Des sédiments marbrés s’étendent sur ma peau,
Et s’arrêtent soudain la lumière et les mots.

Et du vieillard gelé mon corps prend l’inertie,
Qui ne peut libérer de la glace sa vie.

***

Frozen Jews

Have you seen, in fields of snow,
frozen Jews, row on row?

Blue marble forms lying, not breathing, not dying.
Somewhere a flicker of a frozen soul – glint of fish in an icy swell.

All brood. Speech and silence are one.
Night snow encases the sun.

A smile glows immobile
from a rose lip’s chill.

Baby and mother, side by side.
Odd that her nipple’s dried.

Fist, fixed in ice, of a naked old man:
the power’s undone in his hand.

I’ve sampled death in all guises.
Nothing surprises.

Yet a frost in July in this heat – a crazy assault in the street.
I and blue carrion, face to face. Frozen Jews in a snowy space.

Marble shrouds my skin. Words ebb.
Light grows thin.

I’m frozen, I’m rooted in place
like the naked old man enfeebled by ice.

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Samuel Bak

 

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Je cherche dans le temps mon vrai visage… (Gatien Lapointe)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2017



 

Je cherche dans le temps mon vrai visage…
L’Univers n’est pas plus grand que mon coeur
Le temps ne va pas plus loin que mon sang…
O apprendre le terrestre sourire
Et cela d’une saison sans angoisse…

(Gatien Lapointe)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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Si tu revenais (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2017



 

Si tu revenais

Mais si tu revenais, comme revient l’été,
Comme ça, simplement,
Sans même l’appeler… mon amie.

Mais si tu revenais, comme revient l’été,
Comme ça, simplement,
Sans même l’espérer… mon amie.

Ne pourrais que chanter les chansons qu’autres fois
Tout ébloui d’amour, nous chantâmes à deux,
Ne pourrais que te dire, tous les mots qui parfois
Font d’un couple d’amant un sourire des dieux.

Et fou de ce cadeau que serait ton retour,
J’embrasserai ma vie en embrassant ton corps,
J’embrasserai ma vie et ma vie, à son tour,
Embrasserait ta vie pour qu’on l’embrasse encore.

Oui, oui si tu revenais comme revient l’été
Comme ça, simplement,
Sans même l’appeler… mon amie.

Oui, oui si tu revenais, comme revient l’été
Comme ça, simplement,
Sans même l’espérer.. pour la vie.

(Jacques Brel)

Illustration

 

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LES ARAIGNEES (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2017



 

LES ARAIGNEES

Dans les maisons où les enfants meurent
Il entre de très vieilles personnes.
Elles s’asseyent dans l’antichambre
Leur canne entre leurs genoux noirs.
Elle écoutent, hochent la tête.

Toutes les fois que l’enfant tousse
Leurs mains s’agrippent à leurs coeurs
Et font des grandes araignées jaunes
Et la toux se déchire au coin des meubles
En s’élevant, molle comme un papillon pâle
Et se heurte au plafond pesant.

Elles ont de vagues sourires
Et la toux de l’enfant s’arrête
Et les grandes araignées jaunes
Se reposent, en tremblant,
Sur les poignées de buis poli
Des cannes, entre les genoux durs.

Et puis, lorsque l’enfant est mort
Elles se lèvent, et vont ailleurs…

(Boris Vian)

Illustration: Odilon Redon

 

 

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