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Posts Tagged ‘souris’

Les Vieux (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



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Les Vieux

Le vieux est assis dans la cuisine.
Ses yeux ont la même couleur que le vieux fauteuil.
Sa main posée sur la table est une étrangère, un gros nœud tout seul.
Le vieux creuse une idée.

Le feu et le chien se regardent.

La vieille éveille mille souris
– mille besognes surgissent dans tous les coins.

Le balancier de l’horloge va de l’un à l’autre…
D’année en année, l’ombre des arbres a envahi la pièce.
Et maintenant il y fait mi-jour même en plein été.

La vieille monte vite vite l’étroit escalier.
Où en est la provision de soleil ?
La fenêtre du grenier est si petite,
si bas contre le sol, juste pour une tête d’enfant.
Le lit craque de lavande sèche.
Des enfants ont laissé leur ombre,
des enfants font encore la ronde dans les murs.

La vieille redescend précipitamment, elle a dérobé une pomme,
elle l’enfouit au fond de sa longue poche,
comme si quelqu’un allait lui faire des reproches…

Le vieux n’a pas bougé, il tourne un peu la tête,
puis lentement il reprend le cours de son idée.
Ses joues sont un peu plus creuses que tout à l’heure.

Un calendrier suspendu par un ruban bleu très pâle
fait une tache insolite sur le mur.
Des visages montent de la profondeur de la pierre.

La vieille fait briller ses bougeoirs, et ses doigts
s’allongent s’allongent dans l’univers métallique.
Elle a donné toutes les étincelles de ses yeux à son vieux cuivre…
Elle y a enfermé toute l’eau du printemps,
tout le soleil des feuilles…

Le vieux reprend sa main posée sur la table,
comme un fardeau il la met sur son genou.
Sa tête penche, elle non plus il ne sait trop où la mettre.

Le chien s’aplatit contre le sol.
Le feu est bas, une petite frange de coquelicots surgit timidement de la souche de bois.
Dans l’œil du chien subsiste une petite, toute petite lueur.
Il essaye de maintenir la vie, mais la vie s’échappe
et le vieux a perdu son idée.

La vieille est raide sur sa chaise, solennelle pour personne.
Soudain elle n’a plus rien à faire.
Elle trouve que l’éternité met du temps à venir…

Le balancier va toujours doucement, de l’un à l’autre.
Depuis longtemps, ils ne se parlent pas autrement.

(Renée Rivet)

Illustration: Carl Kronberger

 

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La pluie (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



 

La pluie

Suspendue à ses fils en chemise de nuit
La pluie lit le journal au soleil de midi.

Elle lit, et bientôt les nouvelles l’ennuient.
Quelle Terre à soucis! Que de mélancolie!
Et l’on croit qu’elle pleure alors qu’elle, la pluie,
Ne cesse dans son coeur de rire à la folie!

– Si je tenais ici l’animal qui a dit:
« Triste comme la pluie », il verrait du pays!

En s’étirant, la pluie reprend le journal gris
– Que dit la Météo? « Aujourd’hui: de la pluie ».

Alors elle soupire et s’en va dans Paris
Arroser les jardins, les chats et les souris.

(Marc Alyn)

Illustration

 

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Une souris morte (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2016



souris

Une souris morte
Flotte dans un seau de crème —
Aube de printemps.

***

A dead mouse floating
Atop a bucket of cream
In the dawn spring light.

(Richard Wright)

 

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Maintenant dans cette nuit qui échappe aux yeux (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2016




Maintenant
dans cette nuit qui échappe aux yeux
j’ai enterré
vingt chats
mille souris
et trois scorpions
J’ai mangé la chair de mon épaule

(Aïcha Arnaout)

Illustration: Christoff Baron

 

 

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Alter Ego (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2016



Une souris s’échappe
(Ce n’en était pas une)

Une femme s’éveille
(Comment le savez-vous?)

Et la porte qui grince
(On l’huila ce matin)

Près du mur de clôture
(Le mur n’existe plus)

Ah je ne puis rien dire
(Eh bien, vous vous tairez!)

Je ne puis pas bouger
(Vous marchez sur la route)

Où allons-nous ainsi?
(C’est moi qui le demande)

Je suis seul sur la Terre
(Je suis là près de vous)

Peut-on être si seul
(Je le suis plus que vous,
Je vois votre visage
Nul ne m’a jamais vu).

(Jules Supervielle)

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ANTIENNE POUR RAPPELER LES CREATURES PERDUES (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2016




ANTIENNE POUR RAPPELER LES CREATURES PERDUES

Revenez, revenez,
Oiseaux sauvages, revenez!
Alouette vers l’herbe,
Roitelet vers la haie,
Corneilles au faîte des arbres,
Hirondelles sur le toit,
Aigle vers son nid,
Corbeau vers sa pierre,
Oiseaux, tous, revenez !

Revenez, revenez,
Les égarés, revenez,
Lapin au terrier,
Renard à la tanière,
Souris sous les lambris,
Rat au grenier,
Bétail à l’étable,
Chien au foyer,
Animaux, tous, revenez !

Revenez, revenez,
Les errants, revenez,
Cormoran au rocher,
Mouettes loin de l’orage,
Bateau vers le port,
Sains et saufs revenez!

Enfants, revenez
Le soir, revenez,
Garçons et filles,
Des routes revenez,
Loin de la pluie,
Fils, revenez,
De l’obscurité qui grandit,
Adolescents, revenez !

Revenez, revenez,
Toutes les âmes, revenez,
Morts au cimetière,
Vivants vers les lampes,
Vieillards près du feu,
Filles loin du crépuscule,
Nouveaux-nés vers le sein
Et le coeur vers son havre,
Tous les perdus, revenez !

***

SPELL TO BRING LOST CREATURES HOME

Home, home,
Wild birds home!
Lark to the grass,
Wren to the hedge,
Rooks to the tree-tops,
Swallow to the eaves,
Eagle to its crag
And raven to its stone,
All birds home!

Home, home,
Strayed ones home,
Rabbit to burrow
Fox to earth,
Mouse to the wainscot,
Rat to the barn,
Cattle to the byre,
Dog to the hearth,
All beasts home!

Home, home,
Wanderers home,
Cormorant to rock
Gulls from the storm,
Boat to the harbour
Safe sail home!

Children home,
At evening home,
Boys and girls
From the roads come home,
Out of the rain
Sons come home,
From the gathering dusk,
Young ones home!

Home, home,
All souls home,
Dead to the graveyard,
Living to the lamplight,
Old to the fireside,
Girls from the twilight,
Babe to the breast
And heart to its haven
Lost ones home!

(Kathleen Raine)

Illustration: Adèle Steyn

 

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Chanson pour le roi de la nuit (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2016



Connais-tu le Roi noir
qui a dans le coeur
une épée et des fleurs?

Connais-tu ses sœurs?

La première réveille le vent,
cheveux dénoués, les bras levés.

La seconde soulève l’océan :
Elle a cent ans.

La troisième est une souris
que le Roi pendit
à la cravate de son fils.

Trente princes jaloux,
un matin,
assassinèrent leur souverain.

Ceci est la triste histoire de
Malakou le Roi noir qui a
dans le cœur
trois fantômes qui pleurent.

(Edmond Jabès)

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Il est midi (Comptine)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



— Il est midi.
— Qui-c’ qui l’a dit?
— C’est la souris.
— Où est-elle?
— Dans la chapelle.
— Que fait-elle?
— De la dentelle.
— Pour qui?
— Pour ces demoiselles.
— Combien la vend-elle?
— Trois quarts de sel.

(Comptine)

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Des souris et des hommes (Oktay Rifat)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016




Des souris et des hommes

Rends grâce, souris
Rends grâce à cette souricière
Ne me regarde pas si tristement
T’ai-je crevé les yeux
Écorché la peau
Tordu le sexe
Je pouvais t’embrocher
Je pouvais t’asphyxier
Je pouvais, vivante, te brûler
Je pouvais, vivante, t’enterrer
Mets donc la main sur ton coeur et parle
Ai-je pendu ta femme
Ai-je égorgé ta fille
Ai-je ruiné ton foyer
No-on, souris
Impossible, souris
Cette fois-ci, c’est une toute petite, petite souricière
Pas un tank
Pas un canon
Pas un bombardier

(Oktay Rifat)

Illustration

 

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La souris grignote (Pierre Menanteau)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2016




La souris grignote
Le fil de la nuit,
Toute la bobine
Se déroule ainsi:

Les gens sont posés
Dans leurs grands tiroirs
Qui ne laissent voir
Que le bout du nez.

Un meuble parfois
Se souvient du temps
Qu’il était vivant
Et parle à mi-voix.

Parfois un dormeur
Soulève sa main
Et cherche en chemin
La place du coeur.

Quelques chants d’oiseaux:
Serait-ce l’aurore?
Non, flottons encore
Au fil du repos.

La souris grignote
Le fil de la nuit,
Toute la bobine
Se déroule ainsi:

(Pierre Menanteau)

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