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Poésie

Posts Tagged ‘sournois’

Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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Diapasons Tordus (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Diapasons Tordus

Si ma tête était un bocal mes yeux déploieraient leurs nageoires.
Si l’amour n’était pas le pansement il serait la plaie ouverte à la belle étoile et nous pourrions dormir dessus.
Si j’étais double je serais l’amie de l’autre mais je suis une et méfiante à mon égard.
Si la réalité perdait son âme nous ferions des cauchemars moins troglodytes.
S’il n’y avait pas d’oasis cachés dans les sabliers on verrait le temps se promener à dos de chameau.
Si les mots contenaient le réel je tatouerais ton nom sur chaque personne que je rencontre.
Si je pouvais dire la vérité elle me raconterait des mensonges.
Si le hasard ne jouait pas les bouffons à la cour de la mort nous ne serions que fées d’hiver.
S’il n’y avait pas la menace d’un supplice sous la moindre goutte d’eau je craindrais moins de disparaître.
Si le rêve devenait absurde et sournois il s’appellerait la vie et nous aussi.
Si je savais de quoi j’espère être sauvée je cesserais toute résistance.
Si j’attendais l’avenir il viendrait certainement en armure brinquebalante me demander l’aumône.
Si l’oubli ne dirigeait pas l’esprit je serais un livre fermé sans voie aux chapitres.
Si j’étais dupe du malheur je chercherais le bonheur.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

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VAGABOND (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2016



 

VAGABOND

Je n’écoute et je ne vois plus rien
que ce nom qui là-bas scintille
et qui murmure et qui éclate
et qui s’approche
plus rien si ce n’est cette chanson
qui s’enroule autour de ton nom
Ni la distance ni ce temps
qui passe comme le vent et la pluie et les nuages
ne peuvent couvrir
cette tempête au fond de moi
O sang qui bat coeur qui halète
corps vagabond
et vous mes mains
tremblantes écumantes dociles
sources
vous bondissez vers cet océan imbécile
immobile et sournois
vous écartez ces heures
molles draperies
pour atteindre
cette nuit ce jour cette nuit
et j’attends

(Philippe Soupault)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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CHAMBRE AMIE (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



CHAMBRE AMIE

Le livre à moitié lu, corrigeons notre corps,
la table dégarnie, la porte inapaisée…
Ta décadence me réveille. Le décor
fait place au givre qui se penche à la croisée
et qui salue le parc de sa claire chanson.
Je te reproche d’être celle qu’on respire,
toujours sevrée, toujours semblable à la rançon
que réclame la soif, toujours prête à écrire
le testament de notre chair. Tu me reçois
dans ta moiteur, entré ta phrase dévêtue
et ton image à sec. Puis d’un geste sournois,
surprenant un sonnet sur ma peau, tu le tues.

(Alain Bosquet)

Illustration: Edward Hopper

 

 

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La mémoire (Marie Nizet)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016



La mémoire

Nous sommes plus mêlés l’un à l’autre aujourd’hui
Que le mercure et l’or réduits en amalgame;
Et l’on ne peut pas plus me séparer de lui
Que l’arbre de l’écorce et que l’air de la flamme.

La mort sournoise a fait en fait le sombre jeu
De laisser retomber sur lui la morne porte.
J’ai prolongé sa vie avec la mienne un peu…
Il ne sera bien mort que quand je serai morte.

…Je suis le lin du drap dont on fit son linceul,
Le bois de son cercueil, la dalle de sa tombe
Où j’ai muré mon âme afin qu’il soit moins seul
Dans ce définitif silence où tout retombe…

Son coeur mort et le mien tiennent au même fil,
Il est ma longue nuit, ma ténébreuse aurore…
Mon cerveau défaillant même l’oubliât-il
Que mon sang et ma chair s’en souviendraient encore…

(Marie Nizet)

Illustration

 

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Les fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos.

Se traîne et va, moins pour réchauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler.

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
la toux; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son oeil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs!

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
– Que la vitre soit l’art, soit la mysticité –
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté!

Mais hélas! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume

(Stéphane Mallarmé)

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L’invisible poison (Alain Grandbois)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2015




Les jours
Les jours avec une grande douceur

Glissant dans l’air et sur l’eau

Nouant les chaînes d’oubli
Tissent la tunique de l’absence
Les chansons qu’ils chantaient

Retrouvant l’enfance
Et les matins perdus
Se sont évanouies
Dans les régions foudroyées

Des premiers silences
Ah jours d’ange sournois

Dans quelle musique fatale
Avec votre patience de meurtrier

Versez-vous l’invisible poison

Au cœur le plus fidèle
Qui se réveille assassiné
Devant un trésor recommencé

(Alain Grandbois)

Poète-Poème découverts chez Lara ici

 

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SPHERE (Jean Pache)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2015



SPHERE

L’hiver agitait quelques voilures déjà sales.
Elle : impérieuse, docile — piétinant le jour
dont elle adore les barreaux.

*

J’aime délibérément un ciel capable
de toutes les métamorphoses.

*

Désormais le risible fracas des pies évince
la monotonie du bouvreuil :
aussi loin qu’elle porte, la vue ne couvre
ni la distance ni l’effritement sournois
des heures.
Et la rumeur intime a trop de minutie.

*

À l’étape du silence (hors de l’illusion),
la mémoire libère les contours d’une juste
présence.

(Jean Pache)

 

 

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LES TROIS JEUNES FILLES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015



 

Anne-Marie Zilberman (19)

LES TROIS JEUNES FILLES

J’ai rencontré trois jeunes filles :
Mon coeur, pourquoi tant d’émoi ?
Le temps n’est plus des bals sous les charmilles
Ni des propos d’amour sournois
Dont folles têtes se grisent :
Amour n’est point fait pour les barbes grises :
Mon coeur, mon vieux coeur, pourquoi tant d’émoi ?

Le temps n’est plus : me voici solitaire
Et lassé;
Mais de vous qu’est-il donc advenu
O jolie dame du notaire
Dont je baisais la gorge nue
Au temps passé ?

Et de Margot, la belle au dé,
Et de la demoiselle des Adrets,
Que reste-t-il désormais ?
Dents branlantes et mains ridées…
Mais où est le joyeux drille
Que j’étais ?

Le temps n’est plus, hélas! d’aimer :
J’ai rencontré trois jeunes filles.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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FAUNE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2015



FAUNE

Plus sournois qu’un regard, mon silence t’outrage.
L’odeur te fait mourir de mon désir tapi.
Ton corps est violé dans mon coeur, sans répit.
Prométhée envieux du feu de ton visage,
Je le vole à toute heure et rien ne me trahit.

(François Mauriac)

Illustration: Edmond Grandjean

 

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