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Posts Tagged ‘sournois’

Ainsi, à notre façon secrète (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



William Turner plaie-egypte-5

Les murs ne tombent pas
[12]

Ainsi, à notre façon secrète, sournoise,
nous sommes fiers et défiants

de toute compagnie avec vous autres,
nos supérieurs, qui semblez indiquer

que nous serons bientôt écartés,
loques froissées, bons à rien pour les bannières,

trop courts pour un bandage ;
mais quand les bardeaux ont sifflé

dans la pluie des incendiaires,
d’autres valeurs nous ont été révélées,

d’autres étendards nous ont consacrés ;
étrange texture, une aile nous couvrait,

et bien que très haut l’air ait vrombi et grondé,
il y avait une Voix plus forte,

bien que sa parole ait été plus basse
qu’un murmure.

***

So, in our secretive, sly way,
we are proud and chary

of companionship with you others ,
our betters, who seem to imply

that we will soon be swept aside,
crumpled rags, no good for banner-stuff,

no fit length for a bandage;
but when the shingles hissed

in the rain of incendiary,
other values were revealed to us,

other standards hallowed us;
strange texture, a wing covered us,

and though there was whirr and roar in the high air,
there was a Voice louder,

though its speech was lower
than a whisper.

(Hilda Doolittle)

Illustration: William Turner

 

 

 

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Le feu sournois (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Le feu sournois

Je ne sais ni quand ni pourquoi
a pu s’infiltrer en mon âme
ce feu si sournois si sournois
que je n’en ai pas vu la flamme.

(Armand Lanoux)


Illustration: John William Waterhouse

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NI L’UN NI L’AUTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
NI L’UN NI L’AUTRE

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses meilleurs amis.

La nuit par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange,
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n’est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n’en point parler ici !

(Jean Tardieu)

 

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Les fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos.

Se traîne et va, moins pour réchauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler.

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
la toux; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son oeil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs!

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
– Que la vitre soit l’art, soit la mysticité –
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté!

Mais hélas! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume

(Stéphane Mallarmé)

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Amour, toi le Larron… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Amour, toi le Larron…

Amour, toi, le larron éternel, qui dérobes
Les lourds trésors des coeurs et le secret des robes !

Tu te glisses et te dissimules la nuit,
Et ton pas est le pas du traître qui s’enfuit…

Ton pas est plus léger que le doux pas du Songe !
Et l’on n’entend jamais ce bruit sournois qui ronge.

N’as-tu point d’amitié ? N’as-tu point de raison ?
Voici que s’insinue en mon coeur ton poison.

Epargne-moi ! Vois mon visage et mon front blême…
Mon ennemi. l’Amour, je te hais et je t’aime.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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LES TROIS JEUNES FILLES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Anne-Marie Zilberman (19)

LES TROIS JEUNES FILLES

J’ai rencontré trois jeunes filles :
Mon coeur, pourquoi tant d’émoi ?
Le temps n’est plus des bals sous les charmilles
Ni des propos d’amour sournois
Dont folles têtes se grisent :
Amour n’est point fait pour les barbes grises :
Mon coeur, mon vieux coeur, pourquoi tant d’émoi ?

Le temps n’est plus : me voici solitaire
Et lassé;
Mais de vous qu’est-il donc advenu
O jolie dame du notaire
Dont je baisais la gorge nue
Au temps passé ?

Et de Margot, la belle au dé,
Et de la demoiselle des Adrets,
Que reste-t-il désormais ?
Dents branlantes et mains ridées…
Mais où est le joyeux drille
Que j’étais ?

Le temps n’est plus, hélas! d’aimer :
J’ai rencontré trois jeunes filles.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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A L’ennemie aimée (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Gustav Klimt

    
A L’ennemie aimée

Ses mains ont saccagé mes trésors les plus rares,
Et mon coeur est captif entre tes mains barbares.

Tu secouas au vent du nord tes longs cheveux
Et j’ai dit aussitôt : Je veux ce que tu veux.

Mais je te hais pourtant d’être ainsi ton domaine,
Ta serve… Mais je sens que ma révolte est vaine.

Je te hais cependant d’avoir subi tes lois,
D’avoir senti mon coeur près de ton coeur sournois…

Et parfois je regrette, en cette splendeur rare
Qu’est pour moi ton amour, la liberté barbare…

(Renée Vivien)

 

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Bête sournoise (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Johann Heinrich Füssli
    

Bête sournoise

Mon mal insinuant est la bête qui ronge,
Qui ronge et se repaît insatiablement ;
Et mon mal se blottit pour guetter le moment
Où se croit délivré l’essor triste du songe.

Je crois tout oublier de l’ancienne rancoeur…
Dans la splendeur du soir mon âme se pavoise
De l’or des étendards… Mais la bête sournoise
M’enfonce lentement ses griffes dans le coeur.

Jamais ne s’adoucit un peu, ni ne s’arrête
La volonté du mal dans ses regards ardents…
Mon coeur garde toujours l’empreinte de tes dents,
O chagrin d’autrefois, vile et puante bête !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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Diapasons Tordus (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Diapasons Tordus

Si ma tête était un bocal mes yeux déploieraient leurs nageoires.
Si l’amour n’était pas le pansement il serait la plaie ouverte à la belle étoile et nous pourrions dormir dessus.
Si j’étais double je serais l’amie de l’autre mais je suis une et méfiante à mon égard.
Si la réalité perdait son âme nous ferions des cauchemars moins troglodytes.
S’il n’y avait pas d’oasis cachés dans les sabliers on verrait le temps se promener à dos de chameau.
Si les mots contenaient le réel je tatouerais ton nom sur chaque personne que je rencontre.
Si je pouvais dire la vérité elle me raconterait des mensonges.
Si le hasard ne jouait pas les bouffons à la cour de la mort nous ne serions que fées d’hiver.
S’il n’y avait pas la menace d’un supplice sous la moindre goutte d’eau je craindrais moins de disparaître.
Si le rêve devenait absurde et sournois il s’appellerait la vie et nous aussi.
Si je savais de quoi j’espère être sauvée je cesserais toute résistance.
Si j’attendais l’avenir il viendrait certainement en armure brinquebalante me demander l’aumône.
Si l’oubli ne dirigeait pas l’esprit je serais un livre fermé sans voie aux chapitres.
Si j’étais dupe du malheur je chercherais le bonheur.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

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