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Poésie

Posts Tagged ‘souterrain’

Frais ô ruisseau du regard (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018



    

Frais ô ruisseau du regard glissant sur nous
Où brille vive ablette un temps nouveau comme
Le premier rire de l’été vers les rives.
Qui dira si la vasque se nommait hasard
Moins rencontre dans le jeu que souterrain désir
Ou si par la nuit l’ordre était écrit.
Que longtemps se poursuive en nous secret l’accord
Et que luise au-delà un silence rêvé.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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Obscurs (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Obscurs

En nous, pour nous, poète ouvre des portes,
Sois sans bagage autre que béante
Cette ouverture où nous nous engouffrons
Pour inventer nous-mêmes nos issues.

Te traduisant, tu me traduis, mon frère,
En cette langue où tout texte paraît
Celui du temps, de la nature et d’herbes
Par l’écriture adorant leurs racines.

Qui connaissait dans les maisons de l’être
Ces lieux obscurs, ces salles souterraines,
Sinon celui de la plus haute tour
Accomplissant son chemin vertical ?

Je n’étais rien que pauvre silhouette,
Vaine apparence, et je suis l’habitacle
Du monde en moi coulé comme une cire.
Amour au vent, mon esquif et ma voile !

(Robert Sabatier)

 

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SACRE ET MASSACRE DE L’AMOUR (Roger Gilbert-Lecomte)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Illustration: Salvador Dali
    
SACRE ET MASSACRE DE L’AMOUR (IV)

Visitation blême au désert de l’amour

Aveugle prophétesse au regard de cristal
Que les oreilles de ton cœur
Entendent rugir les lions intérieurs
Du cœur

Le grand voile de brume rouge et la rumeur
Du sang brûlé par le poison des charmes

Et les prestiges du désir
Suscitant aux détours de ta gorge nocturne
La voracité des vampires

Danse immense des gravitations nuptiales
Aux palpitations des mondes et des mers
Au rythme des soleils du cœur et des sanglots
Vers le temple perdu dans l’abîme oublié
Vers la caverne médusante qu’enfanta
L’ombre panique dans la première nuit du monde
Voici l’appel la trombe et le vol des semences
L’appel au fond de tout du centre souterrain

Danseuse unissant la nuit à l’eau-mère
Végétal unissant la terre au sang du ciel

(Roger Gilbert-Lecomte)

 

Recueil: La Vie, l’Amour, la Mort, le Vide et le Vent:
Traduction:
Editions:

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Conte ancien (Nikolaï Zabolotski)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Conte ancien

Dans ce monde où notre rôle est obscur
Nous vieillirons toi et moi
Comme le roi du conte au déclin des jours.

En patiente lumière s’éteindra notre vie
Sur les terres secrètes où sans rien dire
On rencontre l’inéluctable.

Quand les mèches d’argent brilleront sur ta tempe
Je déchirerai en deux mes cahiers
Et prendrai congé du dernier poème.

Puisse l’âme comme un lac
Battre au seuil des portes souterraines
Et le frisson du feuillage pourpre

Ne rien troubler à la surface de l’eau.

***

Старая сказка

В этом мире, где наша особа
Выполняет неясную роль,
Мы с тобою состаримся оба,
Как состарился в сказке король.

Догорает, светясь терпеливо,
Наша жизнь в заповедном краю,
И встречаем мы здесь молчаливо
Неизбежную участь свою.

Но когда серебристые пряди
Над твоим засверкают виском,
Разорву пополам я тетради
И с последним расстанусь стихом.

Пусть душа, словно озеро, плещет
У порога подземных ворот
И багровые листья трепещут,
Не касаясь поверхности вод.

(Nikolaï Zabolotski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le loup toqué
Traduction: Jean-Baptiste Para
Editions: La rumeur libre

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Que j’aime au fond des bois… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Que j’aime au fond des bois…

Que j’aime au fond des bois la plainte souterraine,
Fuyant sous le gravier, d’une source captive!
L’anneau de fer verdit au pavé qui le rive
Parmi l’amas des glands, des cornes et des faînes.

Partout la mousse étend autour de la fontaine
Son velours moite; à peine, amoureuse et pensive,
Murmure obscurément, à travers la bourdaine
Et le houx, l’eau suintant aux glèbes de la rive.

Mon coeur est cette source en pleurs au fond des bois,
Qu’entoure le silence et voile le mystère,
Que nul rayon ne frôle, où nul oiseau ne boit;

Mais vers la sombre dalle approche et penche-toi,
Ecoute pour toi seul du flot crépusculaire
La chanson s’égrener comme un divin rosaire!

(Marie Dauguet)

 

 

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Margarita Sikorskaia
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (VII)

Je cherche dans ta bouche la source
du fleuve souterrain qui te parcourt
en rejetant en haut des cuisses
son écume de plante fraîchement coupée.

Quand tu écrases ton ventre contre moi,
quand mes doigts aiguisent ta gorge,
tu as des mots doux comme la salive,
des mots qui auraient poussé après un orage.

De ton corps je fais un pont
qui me conduit dans un monde
où nos dents se cognent contre le même verre d’air,
où nos regards à force d’être proches font la nuit entre eux.

Je ne vis plus au jour le jour
puisque tes baisers font partie de mon avenir
et nous allons jusqu’au bout de la lueur
que la foudre trace en remontant nos veines.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (III) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Maria Amaral
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (III)

Le couple que nous formons ne naît bien que dans l’ombre
et, nus, nous allons à la conquête des eaux dormantes
d’où le désir surgit comme un continent toujours nouveau,
à celle des orages qui tombent en nous, lourds et chauds,

à celle de tous les végétaux dont il nous faut,
lèvres à lèvres, briser l’écorce tendue,
à celle des fenêtres dans lesquelles ta chair dérive
comme une jetée qui a rompu son point d’attache.

Parce qu’ils sont les yeux de la terre,
les carreaux se tournent vers ta gorge
qui brille comme un peu de foudre
en regagnant les fonds marins de la ville.

Flanc contre flanc, nous descendons tous deux
dans les souterrains où l’on perd corps
et où les baisers que tu me donnes, que je te donne
sont autant de pas que nous faisons l’un dans l’autre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je suis ce nu minéral (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Je suis ce nu
minéral :
écho du souterrain :
je suis joyeux
de venir de si loin,
du fond de tant de terre :
je suis dernier, à peine
viscères, corps et mains,
qui sans savoir pourquoi ont déserté
la roche maternelle,
sans espoir de trouver ici la permanence,
décidé à l’humain, au transitoire,
destiné à vivre et à s’effeuiller.

Ah! ce destin
de la perpétuité enténébrée,
de l’être en soi — granite sans statue,
matière pure, irréductible, froide :
j’ai été pierre : pierre obscure
et violente fut la séparation,
une blessure dans ma naissance étrangère :
je veux revenir
à cette certitude,
à ce repos central, à la matrice
de la pierre mère
d’où je ne sais comment et d’où je ne sais quand
on m’a détaché pour que je me désagrège.

(Pablo Neruda)


Illustration: Lehmbruck

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Jadis la nuit s’armait d’épouvantables mains (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



Jadis la nuit s’armait d’épouvantables mains.
La géante couvrait le dormeur replié
comme ces morts rendus aux matrices pierreuses.

Voyage souterrain,
longue errance que clôt l’offrande d’une torche.

(Jean Joubert)

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La terre que je tire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017




    
La terre que je tire est moins lourde que mon corps
et je suis lié à elle par les pas que je fais.
Devant moi elle est toujours prête à s’ouvrir
d’une tombe qu’il me faut sauter à chaque instant.

Minute par minute, je réchauffe mon coeur pour vivre.
Dès que j’entends le sang ruisseler sous mes tempes
l’amour se met à battre de mon regard à un autre regard
et de deux vies fait deux fleuves qui se côtoient.

Le soleil en plongée dans les bois
remonte en prenant la couleur de la terre,
tandis que mes yeux regardent le monde
comme des souterrains qui viennent du fond d’une existence.

Ma main tendue est une cime
dont le ciel se détourne avec indifférence
parce qu’elle ne peut se libérer du poids
qui la fait se rabattre sur un front sans chaleur.

Toute vie se passe renvoyée à un autre être
comme les carreaux se renvoient certains reflets
et c’est pour toujours l’obscurité des eaux
dont on ne connaît pas la profondeur.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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