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Poésie

Posts Tagged ‘spasme’

Si c’est oui, espère ! (Maurice Bourg)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018




Librement, dans l’épaisseur de la terre,
l’extase de l’arbre, de l’oiseau, de la fleur.
Le chant devient l’oiseau qu’il désire.
La fleur, le soleil même qu’elle efface.
Tout chant, toute fleur, à volonté changera d’oiseau, de soleil.

Que nul ne se fige sur le roc !
mais que la fleur se fasse chant, le soleil,oiseau.

Si c’est oui, espère !

*

Il faudra pourtant bien la partager
cette tendresse propre aux feuilles naissantes.
Ce baiser chlorophyllé.
Ce grand spasme de feu et d’eau.

L’instant du bourgeon, du fruit.
L’aube de l’arbre.

A lire comme une fête, à vivre sans comprendre.
Tout le corps fait nuit pour mieux absorber la verte lumière.
Seul, en cette branche extrême, et pourtant l’autre.

(Maurice Bourg)

Illustration: James LeGros

 

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Regard perdu des falaises (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018




    

regard perdu des falaises
quand pourrons-nous d’un souffle entier
plonger jusqu’à ton spasme blanc
l’été liturgiquement nu
sculptera ses lourds nuages
l’herbe enfin nous voudra pour disciples

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Le soleil (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Illustration: Joseph Galante
    
L’herbe : sur l’herbe je n’ai rien à dire
mais encore quels sont ces bruits
ces bruits du jour et de la nuit
Le vent : sur le vent je n’ai rien à dire

Le chêne : sur le chêne je n’ai rien à dire
mais qui donc chantonne à minuit
qui donc grignote un pied du lit
Le rat : sur le rat je n’ai rien à dire

Le sable : sur le sable je n’ai rien à dire
mais qu’est-ce qui grince ? c’est l’huis
qui donc halète ? sinon lui
Le roc : sur le roc je n’ai rien à dire

L’étoile : sur l’étoile je n’ai rien à dire
c’est un son aigre comme un fruit
c’est un murmure qu’on poursuit
La lune : sur la lune je n’ai rien à dire

Le chien : sur le chien je n’ai rien à dire
c’est un soupir et c’est un cri
c’est un spasme un charivari
La ville : sur la ville je n’ai rien à dire

Le coeur : sur le coeur je n’ai rien à dire
du silence à jamais détruit
le sourd balaye les débris
Le soleil : ô monstre, ô Gorgone, ô Méduse
ô soleil.

(Raymond Queneau)

 

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Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Illustration: Louis Pierre Verwee
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Malanie Quentin
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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A l’ombre des alisiers… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
A l’ombre des alisiers…

A l’ombre des alisiers,
J’écoute la mouille lascive
Et son cantique à la dérive
Si tendrement psalmodié.

Je l’écoute à travers la vase
Le sanglotement jamais las,
Plaintes que vous eûtes, suaves
Livres que l’amour assembla.

J’aime l’odeur des herbes rousses,
Fourrure où s’enfoncent mes mains
Et que l’eau fuyante rebrousse
En se frayant de bleus chemins.

J’aime l’amertume qui rôde,
Forte et puissante comme un cri,
Des bois que l’automne corrode,
Appel que mes sens ont compris.

J’aime me coucher sur la terre
Comme sur un coeur oppressé;
Appuyer mon coeur solitaire
D’immenses désirs harassé;

Sentir mon corps ardent se fondre,
Métal dans un creuset dissous,
Nature, en ta langueur profonde,
Près de la mouille aux spasmes doux.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’amour (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
L’amour

Il est l’errante fuite et l’èternelle attente,
Celui qu’on voit sourire éphémère dans l’eau
Ecartant un moment le fugitif rideau;
La parole des bois que la tempête évente.

C’est en vain qu’on le cherche où son ombre est présente:
Don Juan se drapant aux plis de son manteau;
Roméo soulevant la pierre d’un tombeau,
Il est le revenant dont le secret nous hante,

Et nous, le naufragé périssant sur la nef.
Nulle chair n’a frémi que d’un spasme trop bref;
Ce que vous évoquez, nul coeur ne le possède,
Parfums des ébéniers, montez dans la nuit tiède,

Vers les astres portez mon ténébreux essor:
Bien comprendre l’amour, c’est presque aimer la mort.

(Marie Dauguet)

 

 

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La lande (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La lande

Maléfique, voici la mare
Que l’ombre tremblante bigarre.
Reflets de lune en verts glacis,
Par la lande qui se dénude
Etalant sa décrépitude
Glissent sur les ajoncs moisis.

Le réel absurde s’évade;
La chaotique cavalcade
Surgit des fantômes dressés
Sous les tâtonnantes étoiles
Dont le vent écarte les voiles,
Surgit aux lointains effacés.

Comme un encensoir la braise,
Leur coeur flambant que rien n’apaise,
Pas même le tombeau, reluit
Au creux sombre de leur poitrine;
Des gestes brûlants se devinent
Dont l’éclair traverse la nuit.

Brisant les dalles et les pierres,
Dénouant les rameaux des lierres,
Les amants ont joint leur essor,
Comme les mélèzes frémissent,
Les lèvres ardentes bruissent
Se baisant par delà la mort.

Froissant le houx et la bourdaine
L’âpre galop qui les entraîne,
Rapproche genoux à genoux
Et vertèbres contre vertèbres
Les spectres vêtus de ténèbres
Et secoués de spasmes fous.

La lande étangement fermente…
Plus que toi la mort est clémente
Dont s’entr’ouvre parfois le seuil.
O vie amère!… – D’écarlates
Roses, d’oeillets et d’aromates.
Que l’on remplisse mon cercueil!

D’un linceul aux blancheurs de soie
Qu’on m’enveloppe, que je sois
Prêt aux réveils extasiés;
Que vainqueur de la mort, j’étreigne
Mon rêve à cette heure où se baigne
La lune par les verts bourbiers.

(Marie Dauguet)

 

 

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Cette page, c’est la nuit (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    

Cette page, c’est la nuit, elle brûle.
Toutes les pages et les nuits brûlent,
nuits sans étoiles mais avec beaucoup de formes délirantes
qui sont les constellations de l’homme adulte.
On y entre et nul ne sait quand il en sortira.

Une nuit de draps froissés et d’herbes fortes, une nuit de forêt,
une nuit paysanne, une nuit faite de miroirs, et de chuchotements,
de spasmes, d’arbres qui frottent leurs branches,
une nuit sans suite, de désespoir et de combat.
Une nuit aveugle.

La femme que j’aime est belle et mon sang lui appartient.
C’est une nuit que je poursuis depuis toujours, jamais la même,
puisque je ressemble à l’éclair qui se fraie un passage entre les branches
et déracine la plainte qui habite le cœur de la terre.

Tendu à l’extrême comme pour faire jouir l’amour dans les années,
j’y vais de tout le poids de mon âge et de ma science.
Depuis que j’aime, je sais qu’elle approche quand les feuilles frémissent
et derrière la poésie, par-delà le cercle de feu, dont la Walkyrie.

Je voudrais inventer tous les mots, et cette page, c’est ton corps,
c’est le poème qui chante comme une blessure.

(Jean Malrieu)

 

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Amazone (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Amazone

L’Amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son coeur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fronts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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