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HOMMAGE AUX ANGES (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



Renata Ratajczyk  _Revelations_1
HOMMAGE AUX ANGES

Ceci n’est ni rune ni symbole,
ce que je veux dire est ― c’est si simple

pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau
ne pourrait capter cette impression ;

ce que je voulais indiquer était
une nouvelle phase, une nouvelle distinction de couleur ;

je voulais dire, j’ai dit
qu’il n’y avait ni éclat, ni reflet,

ni ombre ; quand j’ai dit blanc,
je ne voulais pas dire blanc de sculpteur ou de peintre,

ni porcelaine ; blanc pâle ne pourrait pas
en donner l’idée, car quand

la neige fraîchement tombée (ou la neige
au moment où elle tombe) est-elle pâle ?

pourtant maintenant, nous titubons, nous sommes perdus ―
que pouvons-nous dire ?

elle n’était pas impalpable comme un spectre,
elle n’était pas terrifiante comme un Esprit,

elle n’était même pas atterrante
comme un Ange.

***

TRIBUTE TO THE ANGELS

This is no rune nor symbol,
what I mean is — it is so simple

yet no trick of the pen or brush
could capture that impression;

what I wanted to indicate was
a new phase, a new distinction of colour;

I wanted to say, I did say
there was no sheen, no reflection,

no shadow; when I said white,
I did not mean sculptor’s or painter’s white,

nor porcelain; dim-white could
not suggest it, for when

is fresh-fallen snow (or snow
in the act of falling) dim?

yet even now, we stumble, we are lost —
what can we say?

she was not impalpable like a ghost,
she was not awe-inspiring like a Spirit,

she was not even over-whelming
like an Angel.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Renata Ratajczyk

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À GENTILLY (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Georges-Henri Manesse
    
À GENTILLY

Il est pour tout mortel, soit que, loin de l’envie,
Un astre aux rayons purs illumine sa vie ;
Soit qu’il suive à pas lents un cercle de douleurs,
Et, regrettant quelque ombre à son amour ravie,
Veille auprès de sa lampe, et répande des pleurs ;

Il est des jours de paix, d’ivresse et de mystère,
Où notre coeur savoure un charme involontaire,
Où l’air vibre, animé d’ineffables accords,
Comme si l’âme heureuse entendait de la terre
Le bruit vague et lointain de la cité des morts.

Souvent ici, domptant mes douleurs étouffées,
Mon bonheur s’éleva comme un château de fées,
Avec ses murs de nacre, aux mobiles couleurs,
Ses tours, ses portes d’or, ses pièges, ses trophées,
Et ses fruits merveilleux, et ses magiques fleurs.

Puis soudain tout fuyait : sur d’informes décombres
Tour à tour à mes yeux passaient de pâles ombres ;
D’un crêpe nébuleux le ciel était voilé ;
Et, de spectres en deuil peuplant ces déserts sombres,
Un tombeau dominait le palais écroulé.

Vallon ! j’ai bien souvent laissé dans ta prairie,
Comme une eau murmurante, errer ma rêverie ;
Je n’oublierai jamais ces fugitifs instants ;
Ton souvenir sera, dans mon âme attendrie,
Comme un son triste et doux qu’on écoute longtemps !

(Victor Hugo)

 

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PAROLES SUR LA DUNE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



 

 

PAROLES SUR LA DUNE

Où donc s’en sont allés mes jours évanouis ?
Est-il quelqu’un qui me connaisse ?
Ai-je encor quelque chose en mes yeux éblouis,
De la clarté de ma jeunesse ?

Tout s’est-il envolé ? Je suis seul, je suis las ;
J’appelle sans qu’on me réponde ;
O vents ! ô flots ! ne suis-je aussi qu’un souffle, hélas !
Hélas ! ne suis-je aussi qu’une onde ?

Ne verrai-je plus rien de tout ce que j’aimais ?
Au dedans de moi le soir tombe.
O terre, dont la brume efface les sommets,
Suis-je le spectre, et toi la tombe? …

Et je pense, écoutant gémir le vent amer,
Et l’onde aux plis infranchissables ;
L’été rit, et l’on voit sur le bord de la mer
Fleurir le chardon bleu des sables.

(Victor Hugo)

Illustration

 

 

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Longtemps si j’ai demeuré seul (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2019




    
Longtemps si j’ai demeuré seul,
Ah! qu’une nuit je te revoie.
Perce l’oubli, fille de joie,
Sors du linceul.

D’une figure trop aimée,
Est-ce toi, spectre gracieux,
Et ton éclat, cette fumée
Devant mes yeux ?

Ta pâleur, tes sombres dentelles,
Le bal qui berçait nos pieds las,
Un corps qui plie entre mes bras :
je me rappelle…

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Clair de lune à Reims (René Maublanc)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2019



 

cathédrale Reims [1280x768]

Clair de lune à Reims.
Un spectre de cathédrale
Lève ses bras blancs.

28 Mars 1922.

(René Maublanc)

Illustration: Philippe Collard

 

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DÉCOR (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



DÉCOR

Les arbres blancs, les arbres noirs
Sont nus dans le parc solitaire ;
Un décor de deuil, funéraire…
Les arbres blancs, les arbres noirs.

Dans le parc
Pleurent les regrets de naguère…
Plumage blanc, plumage noir
Un triste oiseau à voix amère
Traverse le parc séculaire…
Plumage blanc, plumage noir…

Dans le parc
Les spectres vont sous la lumière…

Feuillage blanc, feuillage noir ;
Les arbres blancs, les arbres noirs ;
Plumage blanc, plumage noir
Un décor de deuil, funéraire…

(George Bacovia)

Illustration

 

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Esprit invisible, indivisible (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Hommage aux anges
[20]

Esprit invisible, indivisible,
comment as-tu pu venir si près,

comment pouvons-nous oser
nous approcher du grand-autel ?

nous sommes passés sous le portique calciné,
puis par un châssis — sans porte —

entrés dans un lieu saint ; comme un spectre,
nous sommes entrés dans la maison par un mur ;

puis, toujours sans savoir
si (comme le mur)

nous étions là ou bien pas-là,
nous avons vu l’arbre fleurir ;

c’était un arbre ordinaire
dans un vieux square jardin.

***

Invisible, indivisible Spirit,
how is it you come so near,

how is it that we dare
approach the high-altar?

we crossed the charred portico,
passed through a frame—doorless

entered a shrine; like a ghost,
we entered a house through a wall;

then still not knowing
whether (like the wall)

we were there or not-there,
we saw the tree flowering;

it was an ordinary tree
in an old garden-square.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Le dernier souvenir (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Euan MacLeod  - Diver

Le dernier souvenir

J’ai vécu, je suis mort. – Les yeux ouverts, je coule
Dans l’incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule.

Inerte, blême, au fond d’un lugubre entonnoir
Je descends d’heure en heure et d’année en année,
À travers le Muet, l’Immobile, le Noir.

Je songe, et ne sens plus. L’épreuve est terminée.
Qu’est-ce donc que la vie ? Étais-je jeune ou vieux ?
Soleil ! Amour ! – Rien, rien. Va, chair abandonnée !

Tournoie, enfonce, va ! Le vide est dans tes yeux,
Et l’oubli s’épaissit et t’absorbe à mesure.
Si je rêvais ! Non, non, je suis bien mort. Tant mieux.

Mais ce spectre, ce cri, cette horrible blessure ?
Cela dut m’arriver en des temps très anciens.
Ô nuit ! Nuit du néant, prends-moi ! – La chose est sûre :

Quelqu’un m’a dévoré le coeur. Je me souviens.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Euan MacLeod

 

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LE SPECTRE INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Marc Chagall
    
LE SPECTRE INVISIBLE

Que j’apprenne, si je l’ose, l’ordre du vent,
Du feu, de la tempête, et de la mer.
Que j’apprenne si je l’ose dans quel mode de l’être
Tombe la feuille de l’arbre.

Partout
Il y a des brèches dans l’air,
Des tombes ouvertes pour nous recevoir,

Après la septième couleur
Et avant la première
C’est l’obscurité.

Au-delà du son, le silence
Qu’entendent les chauves-souris
Et le poisson des profondeurs qui perçoit le pouls des vagues,

Au-delà des sens, les sphères qui tournent, ces fileuses,
Atomes et étoiles
Qui tissent nos vies.

Les amants cherchent un refuge
Dans l’abîme
D’où ils s’élancent,

Car dans les profondeurs de l’amour nous sondons
Le vide
Derrière la vie mortelle,

Et à travers notre sommeil
Se meuvent des puissances cachées
Étranges comme des nébuleuses,
Les rêves qui ne sont pas les nôtres.

***

THE INVISIBLE SPECTRUM

Learn, if I dare, the order of the wind,
Fire, tempest and the sea.
Learn if I dare into what mode of being
The leaf falls from the tree.

Everywhere
There are bolet in the air,
Graves open to receive us,

After the seventh colour
And before the first
Lies darkness.

Beyond sound, silence
Audible to bats
And deep-sea fish that feel the throb of waves,

Beyond senne, the spinning spheres,
Atoms and stars
That weave our dives

Loyers seek sanctuary
In the abyss
From which they fly,

For in love’s depths we sound
The void
Beyond mortality

And through our sleep
Move latent powers
Strange as nebulae,
Dreams not ours.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Laisse entrer le vent (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Laisse entrer le vent
Laisse entrer la pluie
Laisse entrer la lande cette nuit,

L’orage bat contre ma vitre,
La nuit se dresse au pied de mon lit,
Laisse entrer la peur,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer les arbres qui se tordent et gémissent,
Laisse entrer le nord cette nuit.

Laisse entrer la puissance sans nom et sans forme
Qui frappe à la porte,
Laisse entrer la glace, laisse entrer la neige,
La fée funeste qui hurle sur- la lande,
Le buisson de fougère sur la colline déserte,
Laisse entrer les morts cette nuit.

Le fantôme qui siffle derrière le muret de pierres,
Les morts qui pourrissent dans la fondrière,
Laisse entrer la foule des ancêtres,
Le désir inassouvi,
Laisse entrer le spectre du seigneur mort,
Laisse entrer les jamais nés cette nuit.

Laisse entrer
Laisse entrer
Laisse entrer
le froid,
l’humide,
la solitude,
les vivants,
les morts,
les ciels inhabités.

Oh comment les doigts vierges peuvent-ils tisser
Une couverture pour le vide ?
Mon coeur craintif concevoir
La gigantesque solitude ?
Une si petite maison contenir
Une assemblée si nombreuse ?
Laisse entrer les morts,
Laisse entrer l’obscurité,
Laisse entrer ton amour cette nuit.

Laisse entrer la neige qui engourdit la tombe,
Laisse entrer le chêne,
Le torrent de montagne et la pierre de montagne,
Laisse entrer la mer amère.

Craintif mon coeur vierge,
Frêle mon corps vierge,
Et dois-je alors avoir pitié
De la furie de l’orage
Qui s’est levé du grand abîme
Avant que la terre soit créée,
Qui verse des cataractes d’étoiles
Et secoue ce monde violent ?

Laisse entrer le feu,
Laisse entrer la puissance,
Laisse entrer la force envahissante.

Que doux soient mes doigts,
Mon coeur plein de pitié,
Puisque je dois lier dans une forme humaine
Une puissance de vie si grande,
Un grand élan de vie sauvage
Qui crie autour de ma maison
Avec tout le désir violent
Ne désirant que ma paix.

Plein de pitié mon coeur doit maintenir
Les étoiles solitaires au repos,
Avoir pitié du cri du corbeau,
Du torrent, des ailes de l’aigle,
De l’eau glacée du petit lac
Et du vent mordant.

Laisse entrer la blessure,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer ton enfant cette nuit.

***

Let in the wind
Let in the rain
Let in the moors tonight,

The storm beats on my window-pane,
Night stands at my bed-foot,
Let in the fear,
Let in the pain,
Let in the trees that toss and groan,
Let in the north tonight.

Let in the nameless formless power
That beats upon my door,
Let in the ice, let in the snow,
The banshee howling on the moor,
The bracken-bush on the bleak hillside,
Let in the dead tonight.

The whistling ghost behind the dyke,
The dead that rot in mire,
Let in the thronging ancestors
The unfulfilled desire,
Let in the wraith of the dead earl,
Let in the unborn tonight.

Let in the cold,
Let in the wet,
Let in the loneliness,
Let in the quick,
Let in the dead,
Let in the un peopled skies.

Oh how can virgin fingers weave
A covering for the void,
How can my fearful heart conceive
Gigantic solitude ?
How can a house so small contain
.A company so great ?
Let in the dark,
Let in the dead,
Let in your love tonight.

Let in the snow that numbs the grave,
Let in the acorn-tree,
The moutain stream and mountain stone,
Let in the bitter sea.

Fearful is my virgin heart
And frail my virgin form,
And must I then take pity on
The raging of the storm
That rose up from the great abyss
Before the earth was made,
That pours the stars in cataracts
And shakes this violent world?

Let in the fire,
Let in the power,
Let in the invading might.

Gentle must my fingers be
And pitiful my heart
Since I must bind in human form
A living power so great,
A living impulse great and wild
That cries about my house
With all the violence of desire
Desiring this my peace.

Pitiful my heart must hold
The lonely stars at rest,
Have pity on the raven’s cry
The torrent and the eagle’s wing,
The icy water of the tarn
And on the biting blast.

Let in the wound,
Let in the pain,
Let in your child tonight.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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