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Posts Tagged ‘Spleen’

Les spleens exceptionnels (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Les spleens exceptionnels

Heureux celui qui l’âme et la chair bien d’accord,
À son gré, n’importe où, soûle, amuse sa bête!
Pourquoi ne puis-je, moi, traverser une fête,
Aimer, avoir bon cœur, vivre enfin sans remords ?

Je sais que nul ne voit la chute ni l’essor,
Et qu’on est seul, et qu’on peut tout! Qui donc m’arrête
Devant ces noirs opiums dont la rancoeur hébète,
Et qui stupéfieraient mes terreurs de la Mort [?]

Ah bien des jours de spleen, de ces jours roux d’automne,
Où tout pleure d’ennui dans le vent monotone,
M’ont chassé de ma chambre! — à la fin, décidé

A m’en aller croupir sur les seins et les cuisses
D’une catin géante, aux chairs ointes d’épices
Qui me bercerait comme un pauvre enfant vidé.

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Spleen (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Spleen

Tout m’ennuie aujourd’hui. J’écarte mon rideau.
En haut ciel gris rayé d’une éternelle pluie,
En bas la rue où dans une brume de suie
Des ombres vont, glissant parmi les flaques d’eau.

Je regarde sans voir fouillant mon vieux cerveau,
Et machinalement sur la vitre ternie
Je fais du bout du doigt de la calligraphie.
Bah! sortons, je verrai peut-être du nouveau.

Pas de livres parus. Passants bêtes. Personne.
Des fiacres, de la boue, et l’averse toujours…
Puis le soir et le gaz et je rentre à pas lourds…

Je mange, et bâille, et lis, rien ne me passionne…
Bah! Couchons-nous. — Minuit. Une heure. Ah! chacun dort!
Seul, je ne puis dormir et je m’ennuie encor.

(Jules Laforgue)

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Arabesques de malheur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Arabesques de malheur

Nous nous aimions comme deux fous;
On s’est quittés sans en parler.
(Un spleen me tenait exilé
Et ce spleen me venait de tout.)

Que ferons-nous, moi, de mon âme
Elle de sa tendre jeunesse!
Ô vieillissante pécheresse,
Oh! que tu vas me rendre infâme!

Des ans vont passer là-dessus;
On durcira chacun pour soi;
Et plus d’une fois, je m’y vois,
On ragera : « Si j’avais su! »….

Oh! comme on fait claquer les portes,
Dans ce Grand Hôtel d’anonymes!
Touristes, couples légitimes,
Ma Destinée est demi-morte!….

— Ses yeux disaient: « Comprenez-vous!
« Comment ne comprenez-vous pas! »
Et nul n’a pu le premier pas;
On s’est séparés d’un air fou.

Si on ne tombe pas d’un même
Ensemble à genoux, c’est factice,
C’est du toc. Voilà la justice
Selon moi, voilà comment j’aime.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Les yeux secs (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2016



Les yeux secs

Les yeux secs qu’aucun pleur n’humecte
Défendant au soleil d’entrer
Dans l’âme où le spleen se délecte
Des plus sombres pensera.

Ils ne brillent plus de la flamme
Qui consume tout en dedans
Et l’on peut mentir à la Femme
Lui mentir aisément.

Hélas les larmes non tombées
Peu à peu corrodent le cœur
Comme une pierre imbibée
D’infernales liqueurs.

Le pleur qui n’a pas chu augmente
La sourde rumeur des sanglots
Et la rumeur monte pesante
Ainsi qu’un lourd fardeau.

(Birago Diop)

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Chanson d’automne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2016



Chanson d’automne

Voici venir l’automne aux averses moroses
Noyant l’été banal béni des amoureux
Qui stupides et lents vont par les chemins creux
Complotant l’héritier de leurs sales névroses.

Adieu lilas, blés d’or, poussière, robes roses.
Dans le spleen désolé des orgues douloureux,
Prés du feu tisonnant aux regrets des jours heureux,
Nous sauvons la tristesse incurable des choses…

Jouir ! Gloire immortelle ! – O temps !
Spleen ! Gloire ! Amour, argent.

Des clairons éclatants,
Des héros nus et beaux
A l’assaut de l’olympe ardent de l’Iliade !
Oh ! Pourquoi suis-je né dans ce siècle si triste,
Pourquoi suis-je ici bas !
L’Univers le sait-il?
Oh ! Si j’avais un but !
Aimer ! Vivre ! Jouir !
Ma vie est-elle un rêve?
J’existe !- Est-ce bien vrai?
Gloire ! Aimer ! Epuiser ma vie unique !

(Jules Laforgue)

 

 

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Sa voix est triste encor d’un spleen plus volatil (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



[…]

Sa voix est triste encor d’un spleen plus volatil :
La voilà s’affligeant du départ en exil
De la fumée, au loin, que la bise balaie,
Et qui, violentée, abandonne dans l’air
Ses voiles, et dans l’eau vient mourir toute nue…
Que de choses enfin, brèves comme un éclair,
Que la voix de l’eau mire et qu’elle continue,
Survivance de tant de reflets dans sa voix!
Voix qui prolonge un peu les voix qui se sont tues,
Voix triste qu’on dirait posthume et d’autrefois,
Voix qui parle comme regardent les statues.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

 

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Bouquet à la Graefin (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2015



Anna Dorothea Therbusch Gräfin_Lichtenau [800x600]

Bouquet à la Graefin

Parc ducal. Le ciel fige en du smalt les branches.
Dans les nids, gazouillis d’oisels et d’oiselles.
Seigneurs très chamarrés, gentes damoiselles.
Des fleurs rouges, des fleurs jaunes, des fleurs blanches.

Cheveux longs à la brise épars, courbes hanches.
Vos lèvres s’irisaient de vin de Moselle.
J’ai humé longuement vos yeux de gazelle,
Derrière les buissons piqués de pervenches.

Vieux chambellan gâteux en culotte courte,
Vous offrit, sur un plat d’argent, de la tourte,

Avec un madrigal suranné, Graefin ;
Il vous baisa le bout de votre main lisse ;
Vous lui fîtes, je crois, des yeux en coulisse
Et vous ne sûtes point que j’avais le spleen.

(Jean Moréas)

Illustration: Anna Dorothea Therbusch

 

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SPLEEN DE FIN D’OISE (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015




SPLEEN DE FIN D’OISE

Rien n’est tant déprimant qu’un ennui sans partage,
Quand le choc d’aucun verre au contact du comptoir,
Ne vient porter secours au broyage du noir ;
La nuit dort sans étoile et sans Lune en servage.

Le charme désuet d’un très vieux paysage,
Oublié dans le lit d’un affluent miroir,
N’ose quitter le fond, du matin jusqu’au soir,
Et laisse gésir seul son voile de veuvage.

La brume au ras du sol emmitoufle un chat gris,
Aux rives des trottoirs se butent les aigris ;
Le talus sous le joug d’une bête de somme,

Nous concède un long train pesant comme un intrus,
Au milieu des vergers sans groseille et sans pomme,
En rupture d’ailleurs, que nul n’espère plus.

(Jean-Charles Michel)

 

 

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SPLEEN (Léon-Paul Fargue)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2015



 

SPLEEN

Dans un vieux square où l’océan
Du mauvais temps met son séant
Sur un banc triste au yeux de pluie
C’est d’une blonde
Rosse et gironde
Que je m’ennuie
Dans ce cabaret du Néant
Qu’est notre vie.

(Léon-Paul Fargue)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Qu’il neige sur la Ville (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2015



 

Qu’il neige sur la Ville

Qu’il neige sur la Ville et neige dans le coeur,
qu’il neige, ô lente neige, à travers notre songe,
qu’il neige sur l’oiseau, dans la main du veilleur
où l’ombre et la durée à l’infini s’allongent ;
qu’il neige sur le temps, sur la feuille et l’écorce,
qu’il neige sur la vie aux visages sans nom,
avec le chant du soir, l’oubli des jours à naître,
que sur les morts debout neigent tous les hivers.
Plus pauvre que le pauvre, ô neige pardonneuse,
qu’il neige du silence et neige sur l’esprit ;
ne sommes-nous ce peu qu’un peu de neige efface
et pourquoi tant de bruit pour un peuple qui passe ?
Pour reculer en nous les révélations,
qu’il neige avec le spleen, qu’il neige avec l’angoisse,
neige de l’absolu, qu’il neige sur la race,
qu’il neige sur moi-même ainsi que sur l’ami,
est-il un souvenir qui n’ait sa neige aussi ?
Qu’il neige sur les Rois, qu’il neige sur Marie,
douce neige, qu’il neige, ô bénédiction,
et que l’aurore soit, qu’il neige et qu’on oublie.
La pâle odeur des lys épanche le sommeil,
ô neige patiente où s’endort le soleil,
pour le pardon de l’homme et le pardon du crime,
qu’il neige, neige étrange, au creux de nos chagrins,
sur toute vanité, sur la vigne et la tombe,
je veux rester ici parmi les pèlerins
à contempler la neige avec le ciel qui tombe.

(Géo Libbrecht)

Illustration: ArbreaPhotos

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