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Esprit invisible, indivisible (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Hommage aux anges
[20]

Esprit invisible, indivisible,
comment as-tu pu venir si près,

comment pouvons-nous oser
nous approcher du grand-autel ?

nous sommes passés sous le portique calciné,
puis par un châssis — sans porte —

entrés dans un lieu saint ; comme un spectre,
nous sommes entrés dans la maison par un mur ;

puis, toujours sans savoir
si (comme le mur)

nous étions là ou bien pas-là,
nous avons vu l’arbre fleurir ;

c’était un arbre ordinaire
dans un vieux square jardin.

***

Invisible, indivisible Spirit,
how is it you come so near,

how is it that we dare
approach the high-altar?

we crossed the charred portico,
passed through a frame—doorless

entered a shrine; like a ghost,
we entered a house through a wall;

then still not knowing
whether (like the wall)

we were there or not-there,
we saw the tree flowering;

it was an ordinary tree
in an old garden-square.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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CAFÉ DU MIDI (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



 

Tamara de Lempicka, Jeune fille en vert

CAFÉ DU MIDI
« Lo cors a fresc, sotil e gai. »

Assis là
dans l’ombre
avec un livre

je vois Mireille
beauté vive
traverser le square

O nuit
donne-moi à lire
le poème de son corps

*

CAFÉ DU MIDI
« Lo cors a fresc, sotil e gai. »

Sitting here
in the shadow
with literature

I see Mireille
keen beauty
crossing the square

O night
please bring me
to her body bare

(Kenneth White)

Illustration: Tamara de Lempicka

 

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Ce premier flocon (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



Ce premier flocon
qui disparaît en silencieuse délicatesse
sur le banc du square
c’était peut-être lui

(Bernard Montini)


Illustration

 

 

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Paroles de Perlimpinpin (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Paroles de Perlimpinpin

Pour qui, combien, quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C’en est assez de vos violences
D’où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire le silence,
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S’il faut absolument qu’on soit
Contre quelqu’un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes
Je suis pour des forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu’il soit de n’importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils,
Est un enfant qui meurt
Que c’est abominable d’avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
Les rires de l’enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c’est bien !
Et pour une rose entrouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d’abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Ne rien savoir avec ivresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et voir jouer la transparence
Au fond d’une cour au murs gris
Où l’aube n’a jamais sa chance
Contre qui, ou bien contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l’eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles,
Et contre rien et contre personne,
Contre personne et contre rien,
Et pour une rose entrouverte,
Pour l’accordéon qui soupire
Et pour un souffle d’abandon
Et pour un jardin qui frissonne !
Et vivre, vivre passionnément,
Et ne combattre seulement
Qu’avec les feux de la tendresse
Et riche de dépossession,
N’avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d’une cour aux murs gris
Où l’aube aurait enfin sa chance.

(Barbara)

 

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VOYAGEUSE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: John William Waterhouse
    
VOYAGEUSE

Nous sommes nés de la douceur. Notre pays
N’appelle pas la mort du chant de ses oiseaux.
Même le sable était tranquille sur les allées,
Comme nous parcourions les roseraies, le long de la rivière.
Le soleil caressait nos cheveux et les feuilles.
Quelle ombre a visité le jour du chêne, quel automne
A jeté sur le dallage ces chevauchées de feuilles cramoisies ?

Souviens-toi, semble dire
La source qui reproche faiblement. Souviens-toi, dit encore
Caché dans la nuit d’arbre, le rossignol de l’ancienne folie
Qui a brisé l’ordonnance du monde et divisé ton coeur.
Tu n’aimeras qu’au prix de douleurs infinies. Tes mains
Se fermeront vainement sur les objets du monde,
Sur l’eau qui t’abandonne, le jour qui t’aimait
Sera comme une nuit.

En vain l’enfant du square pousse un cerceau d’or,
Jason

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu m’avais dit de venir (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



 

Illustration: Irina Karkabi
    
tu m’avais dit de venir:il pleuvait un peu
et c’était le printemps;une lumière maladroite
trébuchait à merveille au-dessus du square,
se tortillaient de petits têtards amoureux

battus de gouttes bégayantes,
tremblotaient les feuilles
au-devant du parfum gigotant du nouveau
—et puis. Mes doigts fous ont aimé ta robe
…ton baiser,ton baiser fut une fragile fleur

distincte, et la chair croustillante a mis
à cran ma dent d’amour.

***

you asked me to come:it was raining a little,
and the spring;a clumsy brightness of air
wonderfully stumbled above the square,
little amorous-tadpole people wiggled

battered by stuttering pearl,
leaves jiggled
to the jigging fragrance of newness
—and then. My crazy fingers liked your dress
….your kiss,your kiss was a distinct brittle

flower, and the flesh crisp set
my love-tooth on edge.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Les mots bleus (Daniel Bevilacqua)(Christophe)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



mots_bleus-jpg

Les mots bleus

Il est six heures au clocher de l’église
Dans le square les fleurs poétisent
Une fille va sortir de la mairie
Comme chaque soir je l’attends
Elle me sourit
Il faudrait que je lui parle
A tout prix

Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu’on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m’élance et puis je recule
Devant une phrase inutile
Qui briserait l’instant fragile
D’une rencontre
D’une rencontre

Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Je l’appellerai sans la nommer

Je suis peut-être démodé
Le vent d’hiver souffle en avril
J’aime le silence immobile
D’une rencontre
D’une rencontre

Il n’y a plus d’horloge, plus de clocher
Dans le square les arbres sont couchés
Je reviens par le train de nuit
Sur le quai je la vois
Qui me sourit
Il faudra bien qu’elle comprenne
A tout prix

Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu’on dit avec les yeux
Toutes les excuses que l’on donne
Sont comme les baisers que l’on vole
Il reste une rancœur subtile
Qui gâcherait l’instant fragile
De nos retrouvailles
De nos retrouvailles

Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Une histoire d’amour sans paroles
N’a plus besoin du protocole
Et tous les longs discours futiles
Terniraient quelque peu le style
De nos retrouvailles
De nos retrouvailles

Je lui dirai les mots bleus
les mots qu’on dit avec les yeux
Je lui dirai tous les mots bleus
Tous ceux qui rendent les gens heureux
Tous les mots bleus

(Daniel Bevilacqua)(Christophe)

 

 

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Où trouver l’amour? (Michel Bonté)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



Où trouver l’amour?

Dans la rue de la solitude,
prendre le passage du changement
et descendre la côte du passé,
ensuite à gauche
après le square du coeur,
emprunter la rue du désir
pour arriver au carrefour des plaisirs
et puis toujours tout droit
jusqu’à la place du bien-être.

(Michel Bonté)

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Les murs ne tombent pas (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Les murs ne tombent pas
[1]

Un incident ici et là,
grilles confisquées (pour les canons)
dans ton (et mon) vieux square :

brume et gris brumeux, pas de couleur,
mais abeille, poussin et lièvre de Luxor
poursuivent un but inaltérable

en vert, rose-rouge, lapis ;
ils continuent à prophétiser
depuis le papyrus de pierre :

là-bas, comme ici, ruine ouvre
la tombe, le temple ; entre
là-bas comme ici, aucune porte :

le lieu saint est ouvert au ciel,
la pluie tombe, ici, là-bas
le sable glisse ; l’éternité endure :

ruine partout, or comme le toit tombé
laisse la chambre scellée
ouverte à l’air,

ainsi, dans notre désolation,
des pensées s’éveillent, l’inspiration nous traque
dans l’obscurité :

sans le savoir, Esprit annonce la Présence ;
nous sommes pris de frissons,
comme autrefois, Samuel :

tremblant à un coin de rues connu,
nous ignorons et sommes ignorés ;
la Pythie prononce — nous nous rendons

dans une autre cave, vers un autre mur tranché
où de pauvres ustensiles sont montrés
comme des objets rares dans un musée ;

Pompéi n’a rien à nous apprendre,
nous connaissons la fissure volcanique,
le flot lent de la terrible lave,

pression sur le coeur, les poumons, cerveau
prêt à rompre dans son fragile écrin
(tout ce que le crâne peut endurer !) :

au-dessus de nous, feu apocryphe,
au-dessous, la terre tangue, le sol penche,
déclivité d’un trottoir

où des hommes titubent, ivres
d’une nouvelle confusion,
sorcellerie, possession :

la structure d’os n’était pas faite pour
un tel choc tissé dans la terreur,
pourtant le squelette a résisté :

la chair ? elle a fondu,
le coeur, brûlé, braises mortes,
tendons, muscles brisés, bogue externe démembrée,

pourtant la charpente a tenu :
nous avons passé la flamme : surpris —
sauvé par quoi ? pour quoi ?

***

The walls Do Not Fall

An incident here and there,
and rails gone (for guns)
from your (and my) old town square:

mist and mist-grey, no colour,
still the Luxor bee, chick and hare
pursue unalterable purpose

in green, rose-red, lapis;
they continue to prophesy
from the stone papyrus:

there, as here, ruin opens
the tomb, the temple; enter,
there as here, there are no doors:

the shrine lies open to the sky,
the rain falls, here, there
sand drifts; eternity endures:

ruin everywhere, yet as the fallen roof
leaves the sealed room
open to the air,

so, through our desolation,
thoughts stir, inspiration stalks us
through gloom:

unaware, Spirit announces the Presence;
shivering overtakes us,
as of old, Samuel:

trembling at a known street-corner,
we know not nor are known;
the Pythian pronounces—we pass on

to another cellar, to another sliced wall
where poor utensils show
like rare objects in a museum;

Pompeii has nothing to teach us,
we know crack of volcanic fissure,
slow flow of terrible lava,

pressure on heart, lungs, the brain
about to burst its brittle case
(what the skull can endure!) :

over us, Apocryphal fire,
under us, the earth sway, dip of a floor,
slope of a pavement

where men roll, drunk
with a new bewilderment,
sorcery, bedevilment:

the bone-frame was made for
no such shock knit within terror,
yet the skeleton stood up to it:

the flesh? it was melted away,
the heart burnt out, dead ember,
tendons, muscles shattered, outer husk dismembered,

yet the frame held:
we passed the flame: we wonder
what saved us? what for?

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Pour elle (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    
Pour elle, proprement mise, mal cheminante dans un square,
les minutes s’écoulent
mais elle les refuse
des profondeurs de son vieux corps.

Elle rencontre une fleur inconnue.

A propos de son bleu délicat, elle veut écrire à ses parents,
cherche en vain leur adresse.

Et tout à coup, pour une minute, elle se rappelle
qu’ils sont depuis longtemps disparu

que son tour est venu

qu’elle n’a plus, comme on dit, toute sa tête.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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