Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘squelette’

L’omoplate de la nuit (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2020


 

Duy Huynh -   (39)

I. L’omoplate
II. de la nuit
III. cherche son squelette

IV. Un poème est une affirmation
V. d’apparence contradictoire
VI. ou contraire à l’opinion reçue
VII. qui déborde toutes les opinions

VIII. La part de vérité
IX. d’un poème déborde
X. de la vérité générale

XI. Toute conclusion d’un poème
XII. est un poème lui-même
XIII. qui déborde toute les conclusions
XIV. et le poème lui-même
XV. attaque la conclusion
XVI. qui le déborde
XVII. La posture du poète est
XVIII. celle de l’oeil du cyclone
XIX. Aucun poème n’est extérieur
XX. à la chose qu’il décrit

XXI. À l’intérieur de l’oeil du cyclone
XXII. rien ne se meut
XXIII. et le poète peut observer le mouvement
XXIV. violent des contradictions

XXV. Le seul danger pour le poète est de sortir
XXVI. ou de traverser le cyclone
XXVII. en sortant de l’oeil

XXVIII. Le travail d’un poète
XXIX. consiste à revenir
XXX. d’où il est venu

XXI. L’extrémité du centre
XXII. sa propre disparition

XXXIII. inouïe

(Serge Pey)

Illustration: Duy Huynh

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Peux-tu me vendre (Nicolas Guillén)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



EMIL NOLDE stormy-sea.jpg!HD [1280x768]

 

Peux-tu me vendre l’air qui passe entre tes doigts
et fouette ton visage et mêle tes cheveux?
Peut-être pourrais-tu me vendre cinq pesos de vent,
ou mieux encore me vendre une tempête?
Tu me vendrais peut-être
la brise légère, la brise
(oh, non, pas toute!) qui parcourt
dans ton jardin tant de corolles,
dans ton jardin pour les oiseaux,
dix pesos de brise légère?

Le vent tournoie et passe
dans un papillon.
Il n’est à personne, à personne.

Et le ciel, peux-tu me le vendre
Le ciel qui est bleu par moments
ou bien gris en d’autres instants
une parcelle de ton ciel
que tu as acheté crois-tu, avec les arbres
de ton jardin, comme on achète le toit avec la maison?
Oui, peux-tu me vendre un dollar
de ciel, deux kilomètres de ciel,
un bout -celui que tu pourras- de ton ciel?

Le ciel est dans les nuages
Les nuages qui passent là-haut
ne sont à personne, à personne.

Peux-tu me vendre la pluie, l’eau
qui t’a donné tes pleurs et te mouille la langue?
Peux-tu me vendre un dollar d’eau
de source, un nuage au ventre rond,
laineux et doux comme un agneau,
ou l’eau tombée dans la montagne,
ou l’eau des flaques
abandonnées aux chiens,
ou une lieu de mer, un lac peut-être,
cent dollars de lac?

L’eau tombe et roule
L’eau roule et passe
Elle n’est à personne, non.

Peux-tu me vendre la terre, la nuit
profonde des racines; les dents
des dinosaures, la chaux éparse
des squelettes lointains?
Peux-tu me vendre des forêts enfouies, des oiseaux morts,
des poissons de pierre, le souffre
des volcans, un milliard d’années
montant en spirale? peux-tu
me vendre la terre, peux-tu
me vendre la terre, peux-tu?

Ta terre est aussi bien ma terre
Tous passent, passent sur son sol.
Il n’est à personne, à personne

(Nicolas Guillén)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Emil Nolde

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE SQUELETTE (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2020



LE SQUELETTE

L’immense vent du spectacle
Passait aussi dans le bois sec de mon thorax
Eh! dites-moi quelle différence
Entre ce jour mort
Très haut sous des fumées
Et les pierres glacées du torrent de la mort?
Aujourd’hui quelle différence
Que ce soit ma buée
Mon gémissement
Ou la buée de la terre
Qui traînera ce crâne
Encore tenu par mes joues?

(Pierre Morhange)


Illustration: Paul Delvaux

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le squelette (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2020



Ce qui effraie
Dans le squelette,
Ce n’est pas la matière.

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , | Leave a Comment »

LA NUIT (Reid Zychlinski)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall   
    
LA NUIT

La nuit
Quand je dors
Veille à mon chevet
Mon squelette –
De blanches rotules,
Un violon blanc.
Du trou des orbites
Jaillit
Dans mon rêve
La sonate au clair de lune.

(Reid Zychlinski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

    

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nuits sans sourire (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019



Le plus profond sommeil animal végétal
Me fait naître et survivre dans la nuit sans bornes.

Dans les yeux assez d’ombre pour y voir la nuit
Pour voir la plus ancienne image de la nuit

Prolongée jusqu’à moi bonne nuit sur ce lit.

De grandes femmes nues annulent le désert
Ce monde est sous l’empire de la chair glorieuse.

Tout est en un instant réduit à l’abandon
Du reflet d’une robe dans un miroir vide.

Pour connaître la forme et le poids de ses seins
La plus belle au matin s’enferme dans ses bras.

Le coeur dissimulé dans ce blanc coquillage
Elle échappe à la crue sanglante des aurores.

Des corps filigranés de leur squelette pâle
Confirment le fossile éclaircissent la gangue.

Les voûtes de la nuit caresses idéales
Herbes jamais nouées vont plus haut que le temps.

L’espace de la terre ainsi s’entrouvre et vit.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CECI EST MA JOURNÉE (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
CECI EST MA JOURNÉE

Ce matin, je me suis réveillé dans le rêve
de quelqu’un qui habite une peau de chair.

Je ne pouvais m’enfuir, je n’étais pas Tchouang-Tseu
qui avait rêvé qu’il était un papillon

et se demandait au point du jour si lui,
Tchouang-Tseu, avait rêvé être un papillon

ou si le papillon rêvait qu’il se réveillait
Tchouang-Tseu, non, j’étais un homme,

un squelette tenace avec trente-deux dents,
deux mains et une intelligence tragique

entachée d’angoisse devant les horloges.
Mais lentement, presque religieusement, je me levai,

serrai la main à mon visage et boutonnai
mes pensées. Ceci est ma journée, je le savais.

Ici, un miroir louche vers la lumière qui s’étonne.
Là, un papillon s’évade. Et ça, c’est moi.

***

DIT IS MIJN DAG

Vanochtend werd ik wakker in een droom
van iemand die een huid van vlees bewoont

lk kon niet vluchten, ik was geen Tsjwang Tse
die had gedroomd dat hij een vlinder was

en zich bij ochtendlicht afvroeg of hij,
Tsjwang Tse, gedroomd had een vlinder te zijn

of dat de vlinder droomde als Tsjwang Tse
te ontwaken, nee, ik was een mens,

een taxi skelet met tweeëndertig tanden,
twee handen en een tragisch intellect

dat met een angst voor klokken was behept.
Maar langzaam, bijna heilig, stond ik op,

gaf mijn gezicht een hand en ritste mijn
gedachten dicht. Dit is mijn dag, wist ik.

Hier lonkt een spiegel naar verwonderd licht.
Daar breekt een vlinder uit. En dat ben ik.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

mon amoureuse (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


P1011415

te perdre,
c’est retrouver le néant des sables
avec ses os de seiches obstruant ma bouche,
c’est retrouver le jour encombré d’épluchures,
jonché de squelettes épineux.

toi perdue,
mes mains se videront de tout ce qui les faisait gémir ou trembler,
mes lèvres n’atteindront plus aux voiles du ciel frais,
les épines des rosiers ne serviront plus qu’à composer au monde
un visage barbelé.

toi perdue,
je serai ce corps neutre
où les angoisses font halte.

toi perdue,
je ne tiendrai dans mes bras
que ce tas de sable qui coule,
avec la mort embusquée dans le dernier grain.

(Tahar Djaout)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

mon amoureuse (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019


2155365_1350

te perdre,
c’est retrouver le néant des sables
avec ses os de seiches obstruant ma bouche,
c’est retrouver le jour encombré d’épluchures,
jonché de squelettes épineux.

toi perdue,
mes mains se videront de tout ce qui les faisait gémir ou trembler,
mes lèvres n’atteindront plus aux voiles du ciel frais,
les épines des rosiers ne serviront qu’à composer au monde
un visage barbelé.

toi perdue,
je serai ce corps neutre
où les angoisses font halte.

toi perdue,
je tiendrai dans mes bras
que ce tas de sable qui coule,
avec la mort embusquée dans le dernier grain.

(Tahar Djaout)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 4 Comments »

Et moi je voudrais d’abord (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Chris Peters  
    
Et moi je voudrais d’abord
être lavé, nettoyé, rincé
n’avoir plus que la netteté
janséniste des os seuls,
donner ma chair aux vautours,
marquer dans les déserts
la route des caravanes,
indiquer par mon squelette.

Et moi, je voudrais aussi
me débarrasser à jamais,
me laver, me nettoyer, me rincer,
quitter mes affiches politiques,
cesser de promettre en mentant,
en vert, bleu, rouge ou blanc,
que ma pierre soit nue sur le ciel,
dût-elle, nue, se désagréger.

Et moi je voudrais enfin
être plus propre et plus nu,
et vivant, que je sois lavé
comme les morts sous la terre.

(Max-Pol Fouchet)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :