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Poésie

Posts Tagged ‘stable’

S’endormir (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: F.A. Moore
    
S’endormir

L’homme qui s’endort, s’abandonne, se fie à quelque chose;
se remet aux choses, et à son corps, première chose ;
s’adapte en dedans,
s’adapte à n’être pas et,
comme il s’adaptait à être,
à se séparer.

Le voici qui s’assimile à ce qui existe de plus stable,
au plus petit potentiel compatible avec la vie,
— à l’état où on ne soit pas encore;
renonce à ce qui est à quelque distance ;
se retire, obéit;
immole le réel, devient tout réel,
consent à n’être que soi-même ;

change d’espèce.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Larme du Christ (Jacqueline Kelen)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    

Larme du Christ, enfermée en une pierre précieuse dans la cathédrale de Vendôme :

Cette bizarrerie ne fera rire que ceux qui n’ont jamais pleuré de beauté,
de reconnaissance et de ferveur.

Les mystiques qui ont connu la grâce des larmes,
les amants qui s’étreignent en pleurant
et tous ceux qui ont le cœur endeuillé
savent bien que ces gouttes d’eau apparemment banales
recèlent le plus précieux d’une existence humaine
parce que c’est une eau d’amour.

Si « tout coule » comme l’assurait le philosophe d’Ephèse,
rien ne demeure stable,
mais seul survit ce qui se joint au flot,
ce qui se baigne dans le fleuve jusqu’à s’y fondre.

Il reste à se faire larme pour devenir océan.

(Jacqueline Kelen)

 

Recueil: Les Larmes
Traduction:
Editions: Alternatives

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J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles,
intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ;
des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources ;

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né,
l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance),
le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…

De tels lieux n’existent pas,
et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question,
cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié.
L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ;
il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.

Mes espaces sont fragiles :
le temps va les user, va les détruire :
rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront,
l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire,
je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés.
Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière :
« Ici, on consulte le bottin » et « Casse-croûte à toute heure» .

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts.
Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose :
arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse,
laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes…

(Georges Perec)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Andrej Gorenkov

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Le chemin de sable (Sabine Sicaud)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2016



Le chemin de sable

Ne pas se rappeler en suivant ce chemin…
Ne pas se rappeler… Je te donnais la main.
Nos pas étaient semblables,
Nos ombres s’accordaient devant nous sur le sable,
Nous regardions très loin ou tout près, simplement.
L’air sentait ce qu’il sent en ce moment.
Le vent ne venait pas de l’Océan. De là
Ni d’ailleurs. Pas de vent. Pas de nuage. Un pin
Dont le jumeau fut coupé dans le temps
Etait seul. Nous parlions ou nous ne parlions pas.
Nous passions, mais si sûrs de la belle heure stable !
Ne te retourne pas sur le chemin de sable.

(Sabine Sicaud)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

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PAYS DU FOND DE MOI (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2015


 


Hugues Roussel Québec 0

 

PAYS DU FOND DE MOI

Pays du fond de moi
Sache que je te suis fidèle
Et que la planète est fragile
Autour de toi

Nul ne franchit jamais
D’autre frontière
Que le doux incertain
De tes mirages
Clôtures mal fermées
De l’enfance juteuse
Je vous franchis à gestes ralentis
Comme dans la lenteur des rêves
Un caillou dans tes puits
Tombe indéfiniment
Dans la patience noire
Vive stable et sereine de l’Eau

Pays du fond de moi
Sache que je te suis semblable
Et que les planètes sont multiples
Autour de toi

Je ne t’écris pas souvent
Aussi n’as-tu point à me répondre
Nous nous sommes parlé
Pour toujours
Je retrouve dans mes bagages
Les premières cartes postales
Du monde

(Gilles Vigneault)

Illustration: Hugues Roussel

 

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