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Poésie

Posts Tagged ‘station’

Aimée (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




Illustration: Josephine Wall
    
aimée

moissonne la coulée en toi

aimée d’un plus-que-souffle
la veine bat sur l’aurore

c’est toi-même à fleur de soi

à l’envers dans le temps
à l’envers dans le blanc

aimée d’un toujours-ciel

disparue sitôt surgie
disparue

ouvre le visage
qui meurt de vie
qui meurt de nuit

stations du lointain souffert
tes mains s’offrent

pour trouver
les pierres de monde

aimée
projette l’ombre
du paradis

où finit le ciel
c’est ta prière qui voit
c’est ton bleu
qui se noie

aimée
tu pleus toute parole
en gouttes de nuit

quelque chose
on ne sait où
sans répit sans repos
dans la pulpe du je t’aime

aimée de pur désert noir
ta nuit vient
plus vive que neige

meurs l’oubli
tiens la foudre
en haleine

laisse le temps
s’effondrer
dans ta blessure

aimée
moissonne le monde en nous

éveille les noms
qui s’agrippent aux étoiles
au feu qui forge la joie

l’ébloui n’est pas oubli
la chute tremble de vie

enroulée
dans la signature du vide
en attente pure

nul fond nulle fin
quand saigne la présence

(Zéno Bianu)

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Une station magique (Gilles Guilleron)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Une station magique
pour faire
son plein de sens

(Gilles Guilleron)

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La radio a capté (Søren Ulrik Thomsen)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2016



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La radio a capté une station lointaine
où un choeur d’enfants
dans une langue qui doit être du russe
lit quelque chose qui doit être de la poésie
et pourrait sonner comme une traduction
du poème que j’ai toujours rêvé d’écrire.

***

Radioen har fanget en fjern station
hvor et kor af børn
på et sprog som må være russisk
læser noget som må være poesi
og kunne lyde som en oversættelse
af digtet jeg altid har drømt om at skrive.

***

The radio has picked up a distant station
where a chorus of children
in a language that must be Russian
reads something that must be poetry
and could sound like a translation
of the poem I’ve always dreamed of writing.

(Søren Ulrik Thomsen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Partout, j’ai cherché l’Introuvable (Jean-Aubert Loranger)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



 

Fidel Garcia  (32) [1280x768]

Partout, j’ai cherché l’Introuvable.

Sur des routes que trop de pas
Ont broyées jadis en poussière.

Dans une auberge où le vin rouge
Rappelait d’innombrables crimes,
Et sur les balcons du dressoir,
Les assiettes, la face pâle
Des vagabonds illuminés
Tombés là au bout de leur rêve.

A l’aurore, quand les montagnes
Se couvrent d’un châle de brume.

Au carrefour d’un vieux village
Sans amour, par un soir obscur,
Et le coeur qu’on avait cru mort
Surpris par un retour de flamme,

Un jour, au bout d’une jetée,
Après un départ, quand sont tièdes
Encor les anneaux de l’étreinte
Des câbles, et que se referme,
Sur l’affreux vide d’elle-même,
Une main cherchant à saisir
La forme enfuie d’une autre main,

Un jour, au bout d’une jetée…

Partout, j’ai cherché l’Introuvable.

Dans les grincements des express
Où les silences des arrêts
S’emplissent des noms des stations.

Dans une plaine où des étangs
S’ouvraient au ciel tels des yeux clairs.

Dans les livres qui sont des blancs
Laissés en marge de la vie,
Où des auditeurs ont inscrit,
De la conférence des choses,
De confuses annotations
Prises comme à la dérobée.

Devant ceux qui me dévisagent,

Et ceux qui me vouent de la haine,
Et dans la raison devinée
De la haine dont ils m’accablent.

Je ne savais plus, du pays,
Mériter une paix échue
Des choses simples et bien sues.

Trop de fumées ont enseigné
Au port le chemin de l’azur,
Et l’eau trépignait d’impatience
Contre les portes des écluses.

Ouvrez cette porte où je pleure.

La nuit s’infiltre dans mon âme
Où vient de s’éteindre l’espoir,
Et tant ressemble au vent ma plainte
Que les chiens n’ont pas aboyé.

Ouvrez-moi la porte, et me faites
Une aumône de la clarté
Où gît le bonheur sous vos lampes.

(Jean-Aubert Loranger)

Illustration: Fidel Garcia

 

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LE VOYAGE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016




LE VOYAGE

Dans la station de métro.
Le coude à coude entre les affiches
dans une lumière morte au regard égaré.

Le train arriva pour emmener
les visages et les porte-documents.

À la prochaine, l’obscurité. Nous étions assis
comme des statues dans ces voitures
qui dérapaient dans les cavernes.
Contraintes, rêveries, servitudes.

On vendait les nouvelles de la nuit
aux arrêts situés sous le niveau de la mer.
Les gens étaient en mouvement, chagrins et
taciturnes sous le cadran des horloges.

Le train transportait
les pardessus et les âmes.

Dans tous les sens, des regards
lors du voyage dans la montagne.
Et nul changement en vue.

Près de la surface pourtant, les bourdons
de la liberté s’étaient mis à vrombir.
Nous sortîmes de terre.

Une seule fois, le pays battit
des ailes avant de s’immobiliser
à nos pieds, vaste et verdoyant.

Les épis de blé arrivaient en vol
au-dessus des quais.
Terminus! J’étais allé
bien au-delà.

Combien étions-nous encore? Quatre,
cinq, à peine plus.

Et les maisons, les routes, les nuages,
les criques bleues et les montagnes
ouvrirent leurs fenêtres.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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UNE STATION (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2015



 

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UNE STATION

Tu es liée sur un îlot au milieu de la mer
Un lépreux te nourrit de ses mains pourries
A tes côtés un ours et un cerf sont liés
Tu es liée entre le cerf et l’ours
Et l’ours et le cerf t’ont dit pour te consoler
Que ce n’est là qu’une station.

(André Pieyre de Mandiargues)

 

 

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