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Poésie

Posts Tagged ‘statue’

L’Amour au Luxembourg (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



L’Amour au Luxembourg

Le couchant violet tremble au fond du jour rouge.
Le Luxembourg exhale une odeur d’oranger.
Et Manon s’arrête à mon bras:
plus rien ne bouge,
les arbres, les passants, ce nuage éloigné.

Il n’est plus une fleur où l’air lourd ne se pose,
et qui ne sente en elle un coeur battre et mourir,
un coeur d’air étouffant sa corolle;
et les roses défaillent vers la terre,
sous le poids du zéphyr.

Il semble que le monde entier n’ait plus qu’une âme.
La poussière du jour retombe parfumée;
et le bassin respire un jet d’eau qui se pâme et,
sur sa propre image,
en mourant, vient chanter.

Tout meurt, et tout renaît
pour une vie chantante, aromatique,
éparse et mêlée aux nuances,
et comme dans la bouche un fruit délicieux,
les arbres veloutés me fondent dans les yeux.

Et le jet d’eau s’est tu:
c’est la rosée qui chante là-bas,
dans les gazons où rêvent les statues,
et pour rendre, ô sens-tu?
la nuit plus défaillante,
les orangers en fleurs ont enivré la nue.

Manon, près de mon coeur,
et devant tout l’espace que prennent les étoiles
pour graviter vers nous,
de vos beaux yeux voilés,
Manon regardez-vous flotter dans la nuit bleue
la blancheur des terrasses?

C’est aux lueurs dernières que l’ombre est embaumée,
et Manon sur mon bras couche son front pâmé,
et je luis crois une âme en cette heure irréelle,
lui faisant une part dans l’âme universelle.

(Paul Fort)

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La pierre (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

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La pierre

Devant la pierre abandonnée
Fleurie de quelques fleurs fanées,
Juste une croix qui déchire le vent,
Mes souvenirs sont les seuls survivants,
Juste une croix qui déchire le vent,
Mes souvenirs sont les seuls survivants.

Combien faudra-t-il de prières
Devant la pierre au cœur de pierre
Pour éveiller une âme qui s´est tue
Dans l´éternel silence des statues,
Pour éveiller une âme qui s´est tue
Dans l´éternel silence des statues?

Mais rien ne peut plus ranimer
Les cendres mortes et enfermées.
Dessous la pierre nue comme la mort,
Tendre d´amour, plus lourde qu´un remord,
Dessous la pierre nue comme la mort,
Tendre d´amour, plus lourde qu´un remord.

Devant la pierre…

(Georges Moustaki)

Illustration

 

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LE SILENCE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

Xue Jiye  (20)

LE SILENCE

Le silence est peut-être une voix qui s’est tue
Comme le dieu se tait debout en sa statue,
Et par elle n’a plus de vivant aujourd’hui
Que son ombre, au soleil, qui tourne autour de lui.
Le silence est peut-être une voix qui sait tout
Comme un dieu taciturne en son marbre debout,
Dont le geste éternel fait signe qu’on écoute
Ce que dira son ombre aux passants de la route,
Qui regardent, d’en bas et le genou plié,
L’ordre silencieux du dieu pétrifié.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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LE VENT EST BLEU (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



LE VENT EST BLEU

Le vent est bleu, la mer est blanche,
et s’envolent les dimanches,
les dimanches bénévoles,
ceux d’hier et d’aujourd’hui.
Quais de Rio, quais d’ici,
embarquez vos clairs de lune,
les sirènes se sont tues
et dans le tunnel des gares,
les hommes sont des statues.

(Géo Libbrecht)

 

 

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L’HEURE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

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L’HEURE

L’invariable buis et le cyprès constant
Bordent l’allée égale et le parterre où songe
Dans le bassin carré l’eau qui reflète et ronge
Un Triton fatigué de sa conque qu’il tend;

En sa gaîne de pierre aussi l’hermès attend
Que tourne autour de lui son socle qui s’allonge;
Un Pégase cabré, le pied pris dans sa longe,
Lève un sabot de bronze et gonfle un crin flottant.

L’heure est longue pour ceux qui, figés en statues,
Vol brisé, saut captif, dont les voix se sont tues,
Demeurent au jardin vaste et monumental;

Et le Temps qui s’en va, hibou noir ou colombe,
Dessine au vieux cadran de pierre et de métal
Une aile d’ombre oblique où fuit le jour qui tombe.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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L’OMBRE NUE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

L’OMBRE NUE

J’ai fait de mon Amour cette blanche statue.
Regarde-la. Elle est debout, pensive et nue,
Au milieu du bassin où la mire son eau
Qui l’entoure d’un double et symbolique anneau
De pierre invariable et de cristal fidèle.
La colombe en passant la frôle de son aile,
Car l’Amour est vivant en ce marbre veiné
Qui de son long regard que rien n’a détourné,
Contemple, autour de lui dans l’eau proche apparue,
La fraîcheur de son ombre humide, vaine et nue.

(Henri De Régnier)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LE BASSIN VERT (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019



 

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LE BASSIN VERT

Son bronze qui fut chair l’érige en l’eau verdie,
Déesse d’autrefois triste d’être statue;
La mousse peu à peu couvre l’épaule nue,
Et l’urne qui se tait pèse à la main roidie;

L’onde qui s’engourdit mire avec perfidie
L’ombre que toute chose en elle est devenue,
Et son miroir fluide où s’allonge une nue
Imite inversement un ciel qu’il parodie.

Le gazon toujours vert ressemble au bassin glauque.
C’est le même carré de verdure équivoque
Dont le marbre ou le buis encadrent l’herbe ou l’eau.

Et dans l’eau smaragdine et l’herbe d’émeraude,
Regarde, tour à tour, errer en ors rivaux
La jaune feuille morte et le cyprin qui rôde.

(Henri De Régnier)

 

 

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LE BASSIN ROSE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2019



 

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LE BASSIN ROSE

Si le jet d’eau s’est tu dans la vasque, si l’or
De la statue en pleurs au centre du bassin
S’écaille sur la hanche et rougit sur le sein,
Si le porphyre rose en l’onde saigne encor;

C’est que tout, alentour, s’engourdit et s’endort
D’avoir été charmant, mystérieux et vain,
Et que l’Écho muet dans l’ombre tend la main
Au Silence à genoux auprès de l’Amour mort.

L’allée est inquiète où l’on ne passe plus;
La terre peu à peu s’éboule du talus;
La porte attend la clef, le portique attend l’hôte,

Et le Temps, qui survit à ce qu’il a été
Et se retrouve toujours tel qu’il s’est quitté,
Fait l’eau trop anxieuse et les roses trop hautes.

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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LES STATUES (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2019



 

Aristide Maillol

LES STATUES

Les feuilles, une à une, et le temps, heure à heure,
Tombent dans le bassin dont le jet d’eau larmoie;
Iphigénie en sang près d’Hélène de Troie,
Danaé, Antigone, Ariane qui pleure,

Marbres purs que le vent soufflette ou qu’il effleure!
Si le torse se cambre ou si la tête ploie,
Héroïque au destin qui caresse ou rudoie,
La statue aux yeux blancs persévère ou demeure.

L’éternelle beauté subsiste à jamais belle.
Le Silence a ployé le crêpe de son aile
Et songe, assis, le coude au socle où il inscrit

Le nom de l’héroïne énergique ou morose
Qui dérobe un sourire ou cache un sein meurtri
Derrière les cyprès ou derrière des roses.

(Henri De Régnier)

Illustration: Aristide Maillol

 

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LE REPOS (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



 

Degas 21

LE REPOS

Le bronze grave étreint de son sommeil pesant
Ton corps au geste las et ta face verdie;
Et quelle douloureuse et douce tragédie
T’a faite la statue où tu dors à présent?

Le marbre de ton socle est rouge et l’on y sent
Partout la pourpre encor d’une tache agrandie;
Est-ce la flèche aiguë ou la hache hardie
Qui t’a couchée ainsi plus belle dans ton sang?

Le bronze jaune et vert qui souffre et qui suppure,
Dont s’aigrit la patine et suinte la coulure,
Sculpte de ton repos un cadavre éternel;

Et la matière où tu survis te décompose;
Mais, puisque tendre fut ton Destin ou cruel,
Laisse croître à tes pieds la ciguë ou la rose.

(Henri De Régnier)

Illustration: Edgar Degas

 

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