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Posts Tagged ‘(Stéphane Mallarmé)’

Apparition (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



 

Bogdan Prystrom 3040

Apparition

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au coeur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Bogdan Prystrom

 

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Petit air (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



Petit air

Quelconque une solitude
Sans le cygne ni le quai
Mire sa désuétude
Au regard que j’abdiquai

Ici de la gloriole
Haute à ne la pas toucher
Dont main ciel se bariole
Avec les ors de coucher

Mais langoureusement longe
Comme de blanc linge ôté
Tel fugace oiseau si plonge
Exultatrice à côté

Dans l’onde toi devenue
Ta jubilation nue.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Guillaume Seignac

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Les Fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Les Fenêtres

Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
— Que la vitre soit l’art, soit la mysticité —
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume
— Au risque de tomber pendant l’éternité ?

(Stéphane Mallarmé)


Illustration

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Les fenêtres (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos.

Se traîne et va, moins pour réchauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler.

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
la toux; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son oeil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs!

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
– Que la vitre soit l’art, soit la mysticité –
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté!

Mais hélas! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume

(Stéphane Mallarmé)

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Tristesse d’été (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Tristesse d’été

Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l’or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l’encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.

De ce blanc Flamboiement l’immuable accalmie
T’a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux,
« Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l’antique désert et les palmiers heureux! »

Mais ta chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l’âme qui nous obsède
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.

Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s’il sait donner au coeur que tu frappas
L’insensibilité de l’azur et des pierres.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Giorgione

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La danseuse n’est pas une femme qui danse (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



 

La danseuse n’est pas une femme qui danse,
pour ces motifs juxtaposés qu’elle n’est pas une femme,
mais une métaphore résumant un des aspects élémentaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc…
et qu’elle ne danse pas, suggérant, par le prodige de raccourcis ou d’élans,
avec une écriture corporelle ce qu’il faudrait des paragraphes en prose dialoguée autant que descriptive,
pour exprimer, dans la rédaction : poème dégagé de tout appareil du scribe.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Isadora Duncan

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Une dentelle s’abolit (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
Une dentelle s’abolit
Dans le doute du Jeu suprême
A n’entr’ouvrir comme un blasphème
Qu’absence éternelle de lit.

Cet unanime blanc conflit
D’une guirlande avec la même,
Enfoui contre la vitre blême
Flotte plus qu’il n’ensevelit.

Mais, chez qui du rêve se dore
Tristement dort une mandore
Au creux néant musicien

Telle que vers quelque fenêtre
Selon nul ventre que le sein,
Filial on aurait pu naître.

(Stéphane Mallarmé)

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Placet futile (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Placet futile

Princesse! à jalouser le destin d’une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.

Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du rouge, ni jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres!

Nommez-nous… toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau d’agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,

Nommez-nous… pour qu’Amour ailé d’un éventail
M’y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Auguste Toulmouche

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Angoisse (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Angoisse

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

 

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Agir et penser comme un chat (3) (Stéphane Garnier)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



 
Illustration: ArbreaPhotos
    

Le chat est comme la sauce bolognaise,
il retombe toujours sur ses pâtes.

(Philippe Geluck)

Si l’on pouvait croiser l’Homme avec le Chat,
ça améliorerait l’Homme
mais ça dégraderait le Chat.

(Mark Twain)

Le silence des chats
est contagieux.

(Annie Duperey)

On ne choisit jamais un chat
c’est lui qui vous choisit.

(Philippe Ragueneau)

Quand je réveille mon chat,
il a l’air reconnaissant de celui à qui
l’on donne l’occasion de se rendormir.

(Michel Audiard)

J’aime bien les chats,
ils réfléchissent
et ils le gardent pour eux.

(Jean-Marie Gourio)

La devise du chat:
Qu’importe ce que tu as fait,
essaie toujours de faire croire que c’est la faute du chien.

(Jeff Valdez)

J’aime les chats parce que j’aime ma maison.
Et qu’ils en deviennent peu à peu l’âme visible.

(Jean Cocteau)

On ne peut se fier à personne.
Les chats, c’est autre chose.
Une fois qu’ils t’acceptent dans leur vie,
c’est pour toujours.

(André Brink)

Le refus des chats de comprendre
est délibéré.

(Louis Nucéra)

Les chats sont des êtres faits
pour emmagasiner la caresse.

(Stéphane Mallarmé)

 

Auteur: Stéphane Garnier
Recueil: Agir et Penser comme un Chat
Editions: De l’Opportun

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