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Posts Tagged ‘stérile’

Litanies des derniers quartiers de la lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

la-joconde

Litanies des derniers quartiers de la lune

Eucharistie
De l’Arcadie,

Qui fais de l’œil
Aux cœurs en deuil,

Ciel des idylles
Qu’on veut stériles,

Fonts baptismaux
Des blancs pierrots,

Dernier ciboire
De notre Histoire,

Vortex-nombril
Du Tout-Nihil,

Miroir et Bible
Des Impassibles,

Hôtel garni
De l’infini,

Sphinx et Joconde
Des défunts mondes,

Ô Chanaan
Du bon Néant,

Néant, La Mecque
Des bibliothèques

(Jules Laforgue)

 

 

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Par l’appel souriant de sa claire étendue (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019



 

Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants,
La mer, magicienne éblouissante et nue,
Eveille aux grands espoirs les meurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile,
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: William Bouguereau

 

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PRODIGUE NUIT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




Illustration: ArbreaPhotos Saint Jean Pied de Port – Roncevaux
    

PRODIGUE NUIT
Rater dan

Au bout du chemin le jour s’éteint,
l’heure du chant se meurt que voici —
que te reste-t-il pour passer la nuit ?

Elle n’est point stérile la nuit,
elle qui dans l’obscurité fait éclore
la fleur aux regards dérobée,
celle qui sous l’âpre feu du jour
ne put s’épanouir,

celle dont le grain de miel
fut au coeur du bois si enfoui
que l’abeille de ton jardin
lasse d’en requérir vainement
la grâce s’en fut par le ciel
il y a longtemps.

La fleur dans les ténèbres éclose
ne se porte pas à la chambre
ni ne sera tressée en couronne ;
seulement à la faveur de sa fragrance
elle me rend sensible au coeur
le regard que jadis je perdis
parmi l’épaisse foule du jour,
les mots sombrés dans le silence.

Elle n’apporte que le nom
de ce que je ne pus saisir,
que l’éperdue souvenance
de ce qui pût advenir.

La brassée d’étoiles lointaines
de mon rêve que portait la nuit
jamais ne se fit prendre.
La fleur de nuit me parlera
dans mon recueillement du distant,
me fera ressentir l’insaisissable
accomplissement des choses.

Ce don ultime du chemin
don hors visibilité hors atteinte
te comblera à l’heure du départ.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Je crie (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: France Mondello
    
Je crie
J’écris

Mes mots n’y sont pour personne

Envolés
Bouquet fugace

Durs et affilés
Jetés comme des pierres
Dans les jardins stériles

Ils s’accrochent
Les uns derrière les autres
Wagons dépareillés

Ni en train
Ni en phrase

Comment écrire les cris

(Josée Tripodi)

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il fut le premier à voler (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



La floraison du bâton

[11]
Il fut le premier à voler
(le héraut céleste)

mais non content d’abandonner
le troupeau éparpillé,

Il va et revient à jamais
entre les pôles du ciel et de la terre,

Il fut le premier à prendre vol
depuis cet Arbre si triste,

mais s’étant envolé, l’Arbre de Vie
porte des roses sur l’épine

et un vin odorant,
sur le bois stérile ;

Il fut le premier à dire,
pas aux quelques élus,

ses amis fidèles,
les sages et les bons,

mais à un paria et à un vagabond,
aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis.

***

He was the first that flew
(the heavenly pointer)

but not content to leave
the scattered flock,

He journeys back and forth
between the poles of heaven and earth forever;

He was the first to wing
from that sad Tree,

but having flown, the Tree of Life
bears rose from thorn

and fragrant vine,
from barren wood;

He was the first to say,
not to the chosen few,

his faithful friends,
the wise and good,

but to an outcast and a vagabond,
to-day shalt thou be with me in Paradise.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Vie (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018



Illustration
    
Vie, don stérile et fortuit,
de quoi me sers-tu, ma vie ?
Pourquoi un destin caché
à la mort t’a-t-il vouée ?

Qui, dans un dessein hostile,
m’a tiré hors du néant,
liant à mon âme ardente
un esprit rongé de doutes ?

Nul but au bout de ma route :
un coeur vide, un esprit vain
qu’empoisonne d’amertume
le bruit morne de mes jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Ivre (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018




    
Ivre, les yeux ouverts dans la maison stérile,
n’évitant pas les feux dans le creux des collines,
si je tiens un roseau leur souffle le consume
et laisse dans ma chair une longue brûlure
et la sensation de la fragilité.

Ô réserve et repos, dans un étrange exil,
sur tous les bords du ciel, des sources et des brises,
où l’étincelle change en parcelle de neige,
où de grandes clartés éblouissant l’espace,
ignorent que je marche à travers les périls,

parfois dévale un des torrents de l’insomnie,
là vivent à leur aise et trouvent leurs amours
les animaux sans nom, les charmantes figures
qui fixeront sur moi pendant une seconde
leur œil étincelant d’un singulier génie,

l’un d’eux va me sauver, l’un d’eux va me guider,
son pelage inondé de l’innocente averse,
vers le seuil ruisselant, siège des arcs-en-ciel
où viennent s’abreuver les oiseaux des présages,
le sang nouveau se mêle à la jeune rosée
et la biche aux yeux clairs qui vint guider mes pas
disparaît, quand mes bras s’ouvrent dans le printemps.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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À COMPLIES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À COMPLIES
In manus tuas, Domine.
(Office de Complies.)

Ton ange a pris le bien et le mal que j’ai faits,
Ô Père, tes moissons exactes sont rentrées.
Les routes de salut se sont enchevêtrées…
Ferme le jour stérile ou plein, bon ou mauvais.

Mon âme en vain cherche le fil de sa mémoire
Et se heurte dans l’ombre à des pensers confus,
Démesurés, béants et comme un bois touffus,
Ou si petits que je les perds en la nuit noire.

C’est l’heure où lentement des orbites sans yeux
S’ouvrent comme des puits fixes dans les ténèbres,
Où le ver des tombeaux ondoie en nos vertèbres.
Délivre-nous du mal, notre Père des cieux.

Aux quatre murs les navettes des araignées
Tissent à petits coups l’ombre en mille filets.
Une à une j’entends derrière les volets,
Une à une mourir les lampes éloignées.

Que reste-t-il du soir ? À quand le jour nouveau ?
Sans le savoir vais-je aux ténèbres éternelles ?
Je ne vois rien, plus rien qu’au bord de mes prunelles
Le reflet tournoyant de mon propre cerveau.

J’entre dans le sommeil, aveugle et sans défense.
O mon Père, voici la clef de ma maison.
Garde tout ce que j’ai, ma vie et ma raison,
Et ta Grâce : le Ciel dont tu me fais l’avance.

Bonsoir Père ! J’ai mis mes deux mains dans ta main.
Le sommeil — ou la mort — traverse la nuit brève.
Souffle un peu sur la bulle errante de mon rêve
Pour qu’elle apporte en moi mes roses de demain.

Bonsoir Père ! Tes doigts ont scellé mes paupières,
Le sommeil — ou la mort — s’en vient à pas légers
Et vers minuit m’appelleront douze dangers.
Mais je m’endors sans crainte en chantant mes prières.

Car je te sais, ô Père, assis à mon chevet
Et si quelque vertige affole et perd mon âme,
Tu la retourneras vers Toi, comme une femme
Retourne dans le lit son petit qui rêvait.

Je ne suis pas un saint, mon Dieu, pour que tu veuilles
Me bercer dans tes bras et chasser mes frissons.
Je ne suis qu’un enfant, je n’ai que mes chansons
Et je ne vaux pas mieux qu’un oiseau sous les feuilles.

Et je ne sais pourquoi tu m’aimes… Les chemins
Me mènent tous à Toi, sans lutte, sans secousse ;
Le sommeil — ou la mort — glisse dans la nuit douce…
Bonsoir Père, reçois mon âme entre tes mains.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Paris, balcon, herbes (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

balcon

Paris, balcon, herbes

Le calme d’un balcon
la liberté
des mauvaises herbes
kakis
pas encore mûrs.
Tes doigts longs
et agiles
ne courent plus
sur mon dos brûlé
par
la lune.
Paris te protège
dans ses carrefours
et ses allées
sans
visage.
La terre lourde
fait
de chacun
de mes pas
un sillon
stérile.

(Balbino)

Illustration: Arno Gisinger

 

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Don aveugle, don stérile (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



 Alexandre Pouchkine   
    
Don aveugle, don stérile,
Vie, pourquoi m’es-tu donnée,
Toi qu’une puissance hostile
Au supplice a condamnée?

Quel dessein que je redoute
M’a fait naître du néant,
M’a rongé l’esprit de doute,
Brûlé de passion le sang?

J’erre ainsi sans but au monde,
Sans pensée et sans amour,
Dans l’ennui poignant où gronde
L’uniforme bruit des jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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