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LA COLOMBE POIGNARDEE (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



 

colombe poignardée

LA COLOMBE POIGNARDEE

Il existe un oiseau, dont le pâle plumage,
Des forêts du tropique étonne la gaieté ;
Seul sur son arbre en deuil, les pleurs de son ramage
Font gémir de la nuit le silence attristé.

Le chœur ailé des airs, loin de lui rendre hommage,
Insulte, en le fuyant, à sa fatalité ;
Lui-même se fuirait, en voyant son image
Poignardé de naissance, il naît ensanglanté.

Et le poète aussi, merveilleuse victime,
Qui mêle de son sang dans tout ce qu’il anime,
Arrive dans ce monde, un glaive dans le cœur ;

Et l’on n’a point encore inventé de baptême,
Qui puisse en effacer le stigmate vainqueur :
Cette tache de mort, c’est son âme elle-même.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration

 

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Interrogations (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



Interrogations

Comment dorment-ils donc, Seigneur, les suicidés ?
Un caillot sur la bouche et les deux tempes vides,
les lunes de leurs yeux blanches, écarquillées,
et les mains orientées vers une ancre invisible ?

Ou arrives-Tu quand les hommes sont partis
pour fermer leurs paupières sur leurs yeux aveugles,
pour sans douleur ni bruit disposer leurs viscères
et pour croiser leurs mains sur leur poitrine muette ?

Le rosier que sur eux arrosent les vivants,
ne donne-t-il à ses fleurs formes de blessures ?
Son parfum n’est-il âcre et sombre sa beauté ?
Des serpents tressent-ils son feuillage chétif ?

Réponds, réponds, Seigneur : Quand leur âme s’enfuit
par la porte mouillée des longues déchirures,
entre-t-elle en tes lieux fendant l’air avec calme
ou entend-on claquer des ailes affolées ?

Livide, un cercle étroit se ferme-t-il sur eux ?
L’éther est-il un champ où fleurissent les monstres ?
Dans leur effroi retrouvent-ils pourtant ton nom ?
Ou crient-ils sans espoir sur ton cour endormi ?

Un rayon de soleil les atteint-il un jour ?
Est-il une eau qui lave leurs stigmates rouges ?
Pour eux seuls tes entrailles restent-elles froides,
sourds tes tympans parfaits, à jamais clos tes yeux ?

C’est ce que l’homme affirme, égaré ou pervers ;
mais moi qui t’ai goûté comme du vin, Seigneur,
laissant les autres t’appeler sans fin Justice,
je ne te donnerai jamais qu’un nom : Amour !

L’homme a toujours été, je le sais, griffe dure ;
vertige, la cascade ; âpreté, la sierra.
Mais Toi tu es la coupe où mêlent leur douceur
les nectars de tous les jardins de cette Terre !

(Gabriela Mistral)

Illustration:John Everett Millais

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TOTEM (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




Illustration
    
TOTEM

Arborant
Les blessures
De nos faiblesses
Les cicatrices
De nos vaillances
Les stigmates gravés
Dans nos chairs
Tu brandis les figures
Aux yeux obliques
De nos destins
Totem
Fidèle
Et vivante vigie
Au royaume
Des ancestrales sagesses.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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Tout cela par amour (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Marc Chagall
    
Tout cela par amour

On renverse les géants des bois pour faire un dormeur,
On renverse les instincts comme des fleurs,
Des désirs comme des étoiles,
Pour ne faire qu’un homme et son stigmate d’homme.

Qu’on renverse aussi des empires d’une nuit,
Monarchies d’un baiser,
Ne signifie rien ;
Qu’on renverse les yeux, qu’on renverse les mains comme des statues vides,
En dit peut-être moins.

Mais cet amour fermé de ne voir que sa forme,
Sa forme écarlate parmi la brume
Veut imposer la vie, comme un automne soulevant tant de feuilles
Vers l’ultime ciel
Où des étoiles
Donnent leurs lèvres à d’autres étoiles,
Où mes yeux, ces yeux-là,
S’éveillent en d’autres yeux.

***

Todo esto por amor

Derriban gigantes de los bosques para hacer un durmiente,
Derriban los instintos como flores,
Deseos como estrellas,
Para hacer sólo un hombre con su estigma de hombre.

Que derriben también imperios de una noche,
Monarquías de un beso,
No significa nada;
Que derriben los ojos, que derriben las manos como estatuas
vacías,
Acaso dice menos.

Mas este amor cerrado por ver sólo su forma,
Su forma entre las brumas escarlata,
Quiere imponer la vida, como otoño ascendiendo tantas
hojas
Hacia el último cielo,
Donde estrellas
Sus labios dan a otras estrellas.
Donde mis ojos, estos ojos,
Se despiertan en otros.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Les musiques scellées (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Les musiques scellées

Je déplie l’étoile de beau temps
je sens battre la décrue du destin
dans l’éclair subit d’un chemin royal
je tends l’urne et le vin
mon piolet ma soif et le puits
Beauté je ressens l’impression des stigmates
d’une Présence en moi qui me domine

(Gemma Tremblay)

Illustration

 

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La blessure du bonheur (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



La blessure du bonheur
veut dire stigmate, et non cicatrice.
Seule en témoigne
la parole du poète.
La fable écrite par lui
est demeure et non refuge.

***

Des Glückes Wunde
heißt Stigma, nicht Narbe.
Hiervon gibt Kunde
nur Dichters Wort.
Gedichtete Sage
ist Stätte, nicht Hort.

(Hannah Arendt)

Illustration

 

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Ophélie (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2016


 

Ophélie a laissé sombrer à pic ses nattes
Qui se sont peu à peu tout à fait dénouées
Ses yeux ouverts sur l’eau sont comme deux stigmates;
Ses mains pâles sont si tristement échouées;
Pourtant elle sourit, sentant sur son épaule
Ruisseler tout à coup sa chevelure immense,
Qui la fait ressembler au mirage d’un saule.
«Suis-je ou ne suis-je pas ? » a songé sa démence…
Les cheveux d’Ophélie envahissent l’eau grise,
Tumulte inextricable où sa tête s’est prise;
Est-ce le lin d’un champ, est-ce sa chevelure,
L’embrouillamini vert qui rouit autour d’elle ?
Ophélie étonnée a tâché de conclure :
«Suis-je ou ne suis-je pas ?», songe-t-elle, fidèle
Au souvenir des mots d’Hamlet, seigneur volage.

Ses cheveux maintenant se nouent comme un feuillage
Qui jusqu’au bout de l’eau, sans fin, se ramifie.
Ophélie est trop morte, elle se liquéfie…
Les bagues ont quitté ses mains devenant nulles;
Ses derniers pleurs à la surface font des bulles;
Ses beaux yeux, délogés des chairs qui sont finies,
Survivent seuls, au fond, comme deux actinies.
Et ses cheveux verdis, dont la masse persiste
Dans les herbes aquatiques qui leur ressemblent,
Sont si dénaturés d’avoir trempé qu’ils semblent
Un fouillis végétal issu de cette eau triste.

(Georges Rodenbach)

Illustration: John Everett Millais

 

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Vous souvient-il (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



 

Pierre Mornet 1

Vous souvient-il de ces choses que l’on a perdues le lendemain ?
Une dernière fois, elles vous implorent en vain
de rester auprès de vous encore.
Mais l’ange des pertes les a frôlées de son aile distraite ;
on ne les tient plus, on les arrête.
Elles ont reçu, sans que nous sachions quand
les stigmates d’absence,
malgré les fenêtres fermées, un vent
subtil vers elles s’avance.
Elles vont sortir de cet ordre précis
de la possession qui les nomme;
bientôt, quelle sera leur vie
qui ne sera plus la vie de l’homme
qui les avait aimées ? Auraient-elles aussi
de longs regrets parmi les poussières moroses ?
Ou est-ce que les choses
s’entre-aident vers un oubli
plus prompt ? Le vague bonheur d’être matière
les reprend-il, les rendant à l’aveugle mère
qui les touche et leur reproche à peine
d’avoir subi la pensée humaine.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Pierre Mornet

 

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