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Poésie

Posts Tagged ‘stupide’

BERCEUSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
BERCEUSE

Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j’ai mis l’éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous bois, à de félins museaux…
Moi rêver d’Elle.

Nous n’avons pas pris de café,
Et, dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure.)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J’oublierai l’heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l’horreur d’être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
De crocodile.

Si tu t’éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D’une épée au bout du bras long
Du fat qu’elle aime.

Puis, hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l’homme et le matou
Sont bien stupides.

(Charles Cros)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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PRINTEMPS DE GUERRE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2022




    

PRINTEMPS DE GUERRE

J’étais boueux et las
Et le soir dans les bois
M’étreignait la poitrine.
Je m’étais étendu
Sur un sombre tapis
D’herbes froides et lisses.
Un papillon d’argent
Errait dans l’air inerte
Avant d’aller mourir.
Des troncs d’arbres gisaient,
Sciés depuis l’hiver ;
Mais il surgissait d’eux
Des pousses condamnées,
De tendres pousses vertes
Qui regardaient le ciel
Et croyaient au bonheur.
Pour le cœur, nul repos ;
Pour l’âme, nul sourire
Que celui de la mort !
Je me suis relevé,
J’ai regardé, stupide,
L’herbe longue brisée par le poids de mon corps.
Je me suis mis en marche.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’adore ces grands oiseaux stupides (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2020



    
J’adore ces grands oiseaux stupides
qui traînent en laisse le firmament
qui trahit cela même que les oiseaux brident :
le ciel est une caverne bleue, limpide

(Inger Christensen)

 

Recueil: La chambre peinte
Traduction:
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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RELATIVITÉ (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019



Illustration
    
RELATIVITÉ

« Aussi stupide qu’une vache
Qui regarde passer les trains »
Comme disent les voyageurs
Des chemins de fer à vapeur
En rigolant dans leurs moustaches.

« Aussi bête qu’un voyageur
Qui regarde brouter les vaches »
Comme pensent les bovidés
Sur leurs coteaux à romarins
En ruminant plus d’une idée.

(Bernard Lorraine)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE CORDONNIER (Eliezer Steinbarg)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Max Liebermann
    
LE CORDONNIER

Petit cordonnier dans son atelier
Cloue et recloue au marteau les souliers,
Et plante une pointe, et frappe, et répète.
Alors lui parle la clochette:
– Tête !
Pourquoi tintes-tu, si bête,
Toc, toc, toc et toc, toc, toc, toc…
Sonne clair! Clair, clair, clair! Écoute-moi,
Je sais sonner, moi, moi, moi.
Moi j’ai de l’esprit, je suis…
– Tu es fille à tête vide
Avec ta langue stupide,
Lui réplique le marteau,
Toi qui toute la journée
Dans la tête veut sonner
Mais que laisse ton écho ?
Nulle pensée, aucun chant,
Clair, clair, clair, son de néant
Et rien de plus !
Moi je frappe et travaille dur
Car l’enfant s’en va nu-pieds
Et je lui fais des souliers !

(Eliezer Steinbarg)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La chatte replète de soleil (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
La chatte
replète de soleil
scandaleusement béate

Le scandale n’est-ce pas
d’être trop stupide
pour en faire autant ?

La bêtise
de ne pas savoir
être animale

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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À la mémoire d’une chatte naine que j’avais (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



À la mémoire d’une chatte naine que j’avais

Ô mon beau chat frileux, quand l’automne morose
Faisait glapir plus fort les mômes dans les cours,
Combien passâmes-nous de ces spleeniques jours
À rêver face à face en ma chambre bien close.

Lissant ton poil soyeux de ta langue âpre et rose
Trop grave pour les jeux d’autrefois et les tours,
Lentement tu venais de ton pas de velours
Devant moi t’allonger en quelque noble pose.

Et je songeais, perdu dans tes prunelles d’or
— Il ne soupçonne rien, non, du globe stupide
Qui l’emporte avec moi tout au travers du Vide,

Rien des Astres lointains, des Dieux ni de la Mort?
Pourtant!… quels yeux profonds !… parfois… il m’intimide
Saurait-il donc le mot? — Non, c’est le Sphinx encor.

(Jules Laforgue)

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Ne sois pas stupide! (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



ne sois pas stupide!
le Temps c’est un obus
qui traverse le vide
et n’atteint pas son but

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Catherine Millet

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AUX SONS D’UNE MUSIQUE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Aux sons d’une musique endormie et molle
Comme le glouglou des marais de la lune,
Enfant au sang d’été, à la bouche de prune Mûre ;

Aux sons de miel de tes chevrotantes paroles
Ici, dans l’ombre humide et chaude du vieux mur
Que s’endorme la bête paresseuse Infortune.

Aux sons de ta chanson de harpe rouillée,
Tiède fille qui luis comme une pomme mouillée,
— (Ma tête est si lourde d’éternité vide,
Les mouches d’or font un bruit doux et stupide
Qui prennent tes grands yeux de vache pour des fenêtres),
Aux sons de ta dormante et rousse voix d’été.
Fais que je rêve à ce qui aurait pu être
Et n’a pas été…

Quels beaux yeux de n’importe quel animal tu as,
Blanche fille de juin, grande dormeuse !
Mon âme, mon âme est pluvieuse.
D’être et de n’être pas je suis tout las.

Tandis que ta voix d’eau coule comme du sable
Que je m’endorme loin de tout et loin de moi
Entre les trois bouteilles vides sous la table.

— Noyé voluptueux du fleuve de ta voix…

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

 

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La belle Luca j’aimai, mais (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Ron Mueck   
    
La belle Luca j’aimai,
Mais Luca ne m’aimait pas.
J’ai les ombres pour meublé,
Les amis ont fui mes pas.

Plus de malheurs désormais,
Ils sont déjà dans mon âme.
Je m’en vais vivre à jamais
Stupide, seul et sans rame.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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